Dans les jumelles des pompiers : à Figanières, les jeunes ont les yeux rivés sur l’horizon pour traquer le moindre départ de feu
Une tour de bois dressée au sommet de la colline, un panorama à 360 degrés sur les massifs varois et, au loin, une fine traînée jaunâtre qui s’élève dans le ciel. Un départ de feu ? « Non, c’est juste la poussière soulevée par les voitures. »
Perché dans ce nid construit en 1994, Maxime, 18 ans, apprend à reconnaître le moindre frémissement du paysage. À force de couver l’horizon du regard, plus rien ne lui échappe. Pour son premier emploi d’été, il partage ce cocon suspendu au-dessus de Figanières avec Alyssa, 19 ans, qui découvre elle aussi le monde du travail.
Depuis le 1er juillet, tous deux prêtent leurs yeux aux pompiers.
Leur mission est simple sur le papier : repérer la moindre fumée. Dans les faits, elle demande une attention de chaque instant. Dans un espace d’à peine trois mètres carrés, chacun surveille sa moitié d’horizon. Dès qu’un panache suspect apparaît, ni une, ni deux, le duo localise précisément son point cardinal, saisit le talkie-walkie et transmet l’information aux autorités de Figanières. Les guetteurs s’occupent ensuite de prévenir le centre opérationnel des pompiers du Muy.
Un été sur le qui-vive
De 11 heures à 15 heures, un premier binôme assure la surveillance avant de laisser sa place au second, de 15 heures à 19 heures, 7 jours sur 7. Mais cet été, les journées sont loin d’être ordinaires. Entre les épisodes de canicule, le vent et les incendies qui se multiplient, les périodes de vigilance rouge extrême s’enchaînent.
« On en a connu cinq ou six d’affilée ces derniers jours. On commence plus tôt, on finit plus tard et il faut être encore plus vigilant. C’est plus intense », raconte Maxime.
Ce jour-là, manque de chance, le second binôme était en repos. Résultat : dix heures de surveillance d’affilée pour Alyssa et Maxime jumelles vissées sur le nez, regard fixé vers l’horizon, radio constamment allumée.
« Nous, on prévient. Eux, ils agissent »
Depuis la vigie, leur champ de vision couvre toute la commune de Figanières et s’étend bien au-delà. Par temps clair, Fréjus et Saint-Raphaël se dessinent au loin.
« Quand les incendies de Taradeau et de Pontevès se sont déclarés, on pouvait voir la fumée », racontent-ils.
L. D.
Il y a quelques jours encore, un feu s’est déclaré entre le village et Callas. Immédiatement repéré depuis la tour, il a été signalé sans attendre, permettant une intervention rapide des secours. « Nous, on prévient. Eux, ils agissent », clament-ils comme une devise.
Recrutés par la mairie, les deux jeunes assurent cette mission pendant tout le mois de juillet avant de passer le flambeau, en août, à un nouveau binôme. Rémunérés au Smic horaire, ils retirent de ce premier emploi bien plus qu’un simple salaire.
« Ça fait de l’expérience et, surtout, on travaille au profit de la population de notre village. On le fait avec plaisir », sourit Maxime.
Occuper les heures de veille
Derrière les longues heures passées face au paysage, il faut aussi savoir vivre en duo. Les journées peuvent sembler interminables. « Je vais voir sa tête pendant tout le mois ! », plaisante Alyssa.
Pour faire passer le temps, un peu de musique accompagne parfois la surveillance, toujours à faible volume pour ne pas couvrir les échanges radio. Quelques parties de cartes sont également autorisées. Mais jamais au détriment de la vigilance.
L. D.
« Les secondes qu’on gagne sont des secondes de gagnées pour éteindre le feu », rappelle Maxime.
Dans cette tour de bois suspendue entre ciel et forêt, la jeunesse prête ainsi ses yeux aux pompiers. Un travail discret, mais pas moindre : une trentaine de vigies surveille tout le territoire du Var.