Carnet de campagne | D’amour et de «frenchs»
Ruba Ghazal avait la blague facile ce mardi matin aux abords de la piste d’athlétisme du parc Étienne-Desmarteau, à Montréal. Peut-être la cheffe solidaire veut-elle réchauffer l’atmosphère, refroidie par l’arrivée de l’automne. Peut-être aussi que la fatigue accumulée au cours d’une longue campagne fait de l’humour une bonne façon d’évacuer la pression.
Alors que la co-porte-parole de Québec solidaire vient de terminer son message à la jeunesse pour l’inciter à aller voter, une femme apparaît dans le décor, sac à dos sur les épaules et foulard léopard autour du cou. Il s’agit d’Isabelle Laperrière, l’attachée politique de Gisèle Pouhe Njall, la candidate solidaire dans Rosemont.
Ruba Ghazal l’aperçoit, les deux se tombent alors dans les bras. Ça fait longtemps qu’elles ne se sont pas vues. L’accolade est chaleureuse, elle dure plusieurs secondes. « On va se frencher. Tout est possible, c’est la fin de la campagne », laisse finalement tomber à la rigolade la cheffe solidaire, suscitant les rires de l’assistance.
Après 34 jours de campagne, les organismes sont fatigués, les cernes un peu plus prononcés, autant dans les rangs solidaires que chez les journalistes suiveurs. Tout le monde a hâte au 5 octobre.
Pour Ruba Ghazal, en tout cas, les jours qui arrivent sont décisifs. Il faut motiver l’électorat à voter et le temps n’est plus aux grandes déclarations d’amour. Pas le temps de niaiser. « C’est rendu que les gens me disent : “Oh, je t’aime !” Moi, je leur réponds : “Parfait, va voter.” Donner de l’amour, c’est bien. Donner un vote, c’est mieux », plaisante-t-elle encore.
Parlant d’amour, le french qui n’a pas eu lieu un peu plus tôt est sur toutes les lèvres. Il continue d’alimenter les discussions entre les journalistes présents, la cheffe solidaire et quelques membres de son équipe.
« Les jeunes se frenchent-ils moins qu’avant ? » La question est posée. « Les téléphones portables sont-ils un rempart contre les frenchs ? » « À mon époque, ça se frenchait plus », constate même Ruba Ghazal.
Jusqu’au moment où tombe la question cruciale. « Dans l’éventualité où Québec solidaire était porté au pouvoir le 5 octobre, est-ce que le parti réhabiliterait les frenchs ? » La question méritait d’être posée.