Cyberattaques : la création d'une "nouvelle unité cyber" voulue par Sébastien Lecornu interroge déjà les spécialistes

l'essentiel Après les attaques ayant visé plusieurs administrations, Sébastien Lecornu veut accélérer la réponse de l’État. Le Premier ministre demande au SGDSN de constituer, autour de l'ANSSI, une unité capable d'intervenir immédiatement après la compromission d'un accès sensible. Une annonce qui suscite déjà des interrogations chez les spécialistes.

Sébastien Lecornu a-t-il pris conscience que la réponse de son gouvernement face aux cyberattaques qui ont visé Bercy et le ministère de l’Éducation nationale, après bien d’autres ces derniers mois, n’était pas à la hauteur ? Qu’une visioconférence depuis la Gironde, la demande d’un simple audit à l’ANSSI ou l’exercice de contrition du ministre des Comptes publics – qui a présenté ses excuses aux Français mais pas sa démission – n’étaient pas suffisants alors que les hackers narguent les autorités en multipliant les interviews, et que de nombreux experts pointent le retard de la France pour prendre la mesure de la menace ? En tout cas ce mercredi soir, le Premier ministre a haussé le ton et demandé la création d’une « nouvelle unité cyber ».

« Arrêtons de découvrir la lune à chaque cyberattaque », a lancé Sébastien Lecornu sur X, décrivant une menace « massive, organisée, hybride », dans laquelle États compétiteurs, réseaux criminels et hackers isolés peuvent désormais s’entremêler. Le Premier ministre rappelle avoir lancé dès avril un plan d’urgence de 40 actions, mobilisé 200 millions d’euros supplémentaires et créé une première cellule interministérielle de crise cyber, qu’il a présidée lundi.

Mais les dernières fuites semblent avoir changé le rythme. M. Lecornu demande désormais au SGDSN (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale) de constituer sous trois jours, autour de l’ANSSI, une « unité de première intervention », appelée à être engagée dès la violation d’un accès sensible et à rester mobilisée jusqu’au rétablissement. L’objectif affiché est de disposer d’une capacité opérationnelle immédiatement projetable lorsque l’État est frappé.

L'ANSSI existe déjà...

Une nuance qui n’empêche pas les questions. Le hacker éthique Clément Domingo a rappelé sur X au Premier ministre… que l’ANSSI existe déjà, tout comme d’autres structures spécialisées, dont le Commandement cyber. Il demande donc quelle sera précisément la finalité de cette nouvelle unité, si elle sera temporaire ou pérenne et sous quelle autorité politique elle travaillera.

Sébastien Lecornu a par ailleurs insisté sur un autre chantier : celui de la discipline. Hygiène numérique, détection précoce, commandement, exercices et retours d’expérience doivent, selon lui, irriguer tout l’appareil d’État. Une culture régalienne qu’il dit avoir apprise au ministère des Armées et qu’il entend désormais généraliser. En revanche pas un mot sur la transposition de la directive européenne NIS2 qui aurait pu imposer depuis 2024 une meilleure sécurisation des administrations sensibles comme Bercy…

Reste dans cette affaire, gravissime pour l’État, une absence politique devenue difficile à ne pas relever : Emmanuel Macron, président pourtant féru de numérique, n’a toujours pas dit un mot. Pourquoi ?