Votre plein va-t-il vraiment baisser de quinze centimes ?
Ouf, notre gouvernement, qui semblait plus enlisé que jamais, est encore capable de faire des tours de magie. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé hier une baisse de 12 à 18 centimes par litre de diesel. En moyenne, quinze centimes. Tadaaam. Mais attention à la désillusion. 20 Minutes fait le point.
Comment ça fonctionne ?
La France va injecter 10 millions de barils de gazole issus de ses stocks stratégiques sur le marché. Des barils qu’elle avait payés bien moins cher, puisque achetés avant la crise du détroit d’Ormuz. Les géants de la distribution (TotalEnergies, Carrefour, Leclerc…) paieront donc leur matière première à un tarif préférentiel. En échange, Matignon exige d’eux une répercussion « intégrale » et immédiate sur le prix à la pompe. Pour s’en assurer, les inspecteurs de la DGCCRF surveilleront chaque semaine les marges des opérateurs. « Ça ne peut pas ne pas marcher, c’est mathématique », assure Sylvain Bersinger, chef économiste.
Non seulement les barils achetés sont moins chers que les prix actuels, mais l’État « inonde » le marché : il y a donc une simple loi de l’offre et de la demande en prime. « Si l’offre augmente massivement, les prix baissent », poursuit le spécialiste.
Pourquoi le gazole ?
Rappel important : la mesure ne concerne que le diesel, qui représente certes la plus grande part du parc automobile en France (46,1 % contre 39,9 % de voitures à essence thermique, le reste étant des électriques, hybrides et autres énergies). Surtout, le diesel représente plus de 90 % des véhicules utilitaires légers, utilisés massivement par les professionnels.
Dernier point pour justifier ce choix du diesel : ce dernier a bien plus augmenté que l’essence. En France, le prix à la pompe a bondi de + 37 % depuis la guerre en Iran, contre « seulement » + 25 % pour le sans-plomb, en raison de stocks mondiaux bien plus importants.
Pour combien de temps ?
Sébastien Lecornu n’a pas fait de mystère sur le sujet : la mesure est prévue pour 90 jours, à compter du 1er novembre. Pour une raison très simple : les stocks ne sont pas infinis. Certes, l’État a encore une petite marge. Selon les données récentes, il a 100 millions de barils en stock. Ils représentent entre 15 et 17 millions de tonnes de carburant, ce qui équivaut à environ 118 jours de consommation nationale.
L’idée : passer l’hiver. Novembre à mars concentre 60 % de la facture annuelle d’électricité d’un foyer français en moyenne et de 80 à 90 % de la facture en gaz. Donc la période où la précarité énergétique est la plus forte. Sur un plein de 50 litres, l’économie représente neuf à dix euros. « C’est donc une vraie rustine, mais momentanée. Cela ne règle pas du tout la crise actuelle, mais ça permet d’alléger la dépense », analyse Sylvain Bersinger.
Pourquoi ne pas l’avoir fait avant si c’est si simple ?
Parce que cela reste une manœuvre à utiliser « avec grande parcimonie », rappelle l’expert. Comme on l’a vu, les stocks ne sont pas illimités, d’autant que la réglementation internationale imposée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) exige un minimum de 90 jours de réserve.
Surtout, le conflit en Iran « est loin d’être fini, et la situation mondiale reste déréglée, sans qu’on sache pour combien de temps », avertit Sylvain Bersinger. Dit autrement, les choses pourraient encore empirer. « Il faut donc faire attention à ne pas griller nos cartouches trop tôt. »
Autre raison d’y aller mollo : la crise énergétique actuelle représente sans doute une bonne nouvelle pour la France sur le long terme. En raison de la flambée du prix des carburants, le marché de l’automobile français voit une explosion des ventes de véhicules électriques, passées de 10 % des voitures neuves avant la guerre en Iran à un plus haut historique de 42 %. Le tout en quelques mois. Une aubaine future, dans un pays qui cherche à électrifier son économie et à s’écarter des énergies fossiles.