Contrairement à ce qu'a annoncé l'IA, l'attaquant danois Miklos Molnar (ex-Standard) n'est pas mort : "Cet arbitre stupide a brisé mon rêve"
Préparer l'interview de Miklos Molnar nous a réservé quelques surprises. Bonnes, pour la plupart. D'abord des vidéos de ses buts (assez simples à trouver puisqu'il a marqué partout où il est passé) ou de son carton rouge reçu dans le seul match de Coupe du monde auquel il a participé.
Ensuite, un coup de fil chaleureux et nostalgique avec Benoit Thans, son ancien équipier au Standard. "Un super mec. Remets-lui mes amitiés !" Enfin, la lecture d'anciens articles de presse dans lesquels on apprend notamment que Molnar fut le premier Danois à évoluer en MLS, où il a terminé sa carrière en 2000.
Gustav Mortensen a fait connaissance avec le Standard : "Je n'avais jamais connu ça contre Gand puis j'ai senti l'énorme soutien contre Anderlecht"Par curiosité, quelques minutes avant notre appel, on a tenté un exercice : demander à ChatGPT ce qu'est devenu Miklos Molnar. Stupeur ! La machine infernale nous répond qu'il est décédé. On lui rétorque qu'elle s'est trompée, qu'on échange avec lui par message. L'IA nous demande des preuves (le comble !) et maintient que l'ancien attaquant est décédé.
Allô Miklos ? "Je suis bien vivant, nous confirme l'homme de 56 ans. Depuis quatre, cinq ans, je vis en Espagne avec ma femme et mes trois enfants. Je n'ai plus rien à voir avec le monde du football.'
Il s'interrompt. "Maintenant que j'y pense ! Un Hongrois qui jouait au Portugal portait un nom ressemblant au mien (NdlR : Miklos Feher) et est décédé d'une crise cardiaque il y a une dizaine d'années. La confusion vient peut-être de là… Vous savez, l'intelligence artificielle, ça peut être génial pour certaines choses mais tu as aussi 50 % de bêtises."
Bref. Il est temps d'ouvrir la boîte à souvenirs. Les vrais.
Ses années Standard

L'IA n'existait pas encore en janvier 1990 quand vous avez débarqué au Standard. Il paraît que lors de votre premier entraînement, sur un terrain cabossé et gelé, vous tentiez des reprises acrobatiques. Vos équipiers vous prenaient pour un fou !
Je ne m'en souviens pas précisément mais j'étais jeune et j'ai fait quelques folies ; donc, c'est bien possible.
guillementHenk Vos était un peu plus âgé que moi et m'a vite mis à l'aise.
Le 13 janvier : premier match et premier but, contre Gand en huitième de finale retour de Coupe de Belgique.
Inoubliable ! Je n'étais pas encore là à l'aller mais le Standard avait perdu (NdlR : 5-2, fin décembre). Au retour, en janvier, je marque après vingt minutes, on gagne 4-0 et on se qualifie. Fantastique ! Je venais d'un petit club danois, je découvrais Sclessin et me voilà déjà décisif. Des frissons. Je formais un super duo avec Henk Vos. Il était un peu plus âgé que moi et m'a vite mis à l'aise.
Avant le Standard, d'autres grands clubs s'intéressaient à vous. Chelsea, Lyon…
Oui, ça marchait bien pour moi au Danemark. Mais il y a eu quelques couacs dans les discussions à l'étranger ; donc, j'ai finalement opté pour le Standard. Pas un trop petit club, ni un trop grand. L'étape parfaite pour continuer à jouer, à seulement dix-neuf ans.
guillementJ'aimais sortir de temps en temps; par exemple, pour un snooker avec Danny Muller.
Un jeune garçon réservé…
Je n'étais pas le genre de gars à aligner les bières mais j'aimais sortir de temps en temps ; par exemple, pour un snooker avec Danny Muller. C'est l'un des seuls gars avec lequel je suis encore en contact. Il m'a envoyé une photo récemment. L'époque des longs cheveux, c'était quelque chose…
Des phases arrêtées à corriger, Epolo pas plus sollicité mais des transitions à améliorer : comment le Standard doit s'ajuster en défenseOn vous qualifiait aussi de gros bosseur.
Je suis heureux de l'entendre ; c'est une valeur que j'essaie d'inculquer à mes enfants. Il fallait que je bosse parce que, techniquement, je n'étais pas le plus doué. Mais je n'avais pas peur de faire des extras, en salle ou sur le terrain.
guillementKessler nous disait : "Tu ne sais pas le faire en courant ? Fais-le en marchant. Tu ne sais pas marcher ? Fais-le en rampant !"
Le coach Georg Kessler n'était pas toujours tendre.
Disons qu'il avait ses idées (sourire). Même blessé, on devait venir sur le terrain pour l'entraînement. Il disait : ''Tu ne sais pas le faire en courant ? Fais-le en marchant. Tu ne sais pas marcher ? Fais-le en rampant !'' Un personnage.
Votre carrière aurait-elle été identique sans votre passage au Standard ?
Probablement pas. C'était avant l'arrêt Bosman. Il y avait cinq ou six joueurs étrangers dans l'effectif mais seulement trois pouvaient figurer sur la feuille de match. Vous imaginez donc la concurrence à l'entraînement… Ça m'a forgé.
Votre plus beau but ?
Le premier de mes deux buts dans le derby contre le FC Liège dans ce stade entouré d'une piste (NdlR : défaite 4-2, le 1er mars 1991). Une frappe contrée me revient et je marque d'une bicyclette. Finalement, c'était utile d'en tenter sur le sol gelé à l'entraînement (rire).
Un plan de jeu qui a gêné les Rouches, des transitions mal maîtrisées et un retour insuffisant : comment le Standard a chuté à WesterloSa carrière de bourlingueur
En 1991, vous partez au Servette Genève, avant de bourlinguer : Saint-Étienne (92-93), deux passages à Lyngby (93-94 et 96-97), une saison à Francfort (94-95) avant le FC Séville (97-99) et les États-Unis (2000). Un regret ?
Pas vraiment parce que je pars du principe que j'ai appris partout où je suis passé. Peut-être la saison à Saint-Étienne. C'était un grand club mais on jouait très défensivement avec le coach Jacques Santini et cela ne me convenait pas du tout.
Mais vous comptez y retourner un jour ?
Pour l'instant, avec mes enfants de cinq, neuf et treize ans, ce n'est pas facile de voyager. J'ai arrêté ma carrière en 2000 et j'ai connu ma femme après ça. On ne parle jamais de football ou de ma carrière. Mais quand les enfants seront plus grands, je leur expliquerai et j'essaierai de rendre visite à chacun des clubs par lesquels je suis passé.

Pourquoi avoir terminé votre carrière en MLS ?
J'étais dans une période de ma vie où je voulais découvrir autre chose. À Francfort, j'avais joué avec Chris Henderson (NdlR : ancien international américain, devenu directeur sportif de Seattle, de l'Inter Miami puis d'Atlanta) et il est devenu l'un de mes meilleurs amis. Il jouait à Kansas City et m'a proposé de le rejoindre. On blaguait souvent sur l'idée de rejouer ensemble. Un jour, sans prévenir, je reçois un appel du coach Bob Gansler. Il voulait me transférer. J'ai cru à une blague mais, en réalité, j'ai adoré. Je jouais avec Chris, je marquais des buts, on gagnait… Et le Kansas, l'Amérique profonde, c'était dépaysant.
guillementUn but pour un trophée : difficile de faire mieux pour refermer une carrière.
Il paraît que le 15 octobre 2000 reste une date marquante pour vous.
(Ému). Ouf ! Quelle émotion ! Cette finale à Washington contre le Chicago de Hristo Stoichkov… Je savais que c'était le dernier match de ma carrière, j'avais pris la décision quelques semaines auparavant. J'ai marqué l'unique but du match qui nous a offert la MLS Cup. La fête qui a suivi… Difficile de faire mieux pour refermer une carrière.
Malgré son superbe but, Bruny Nsimba n'a pu empêcher la défaite du Standard : "On a été trop naïf"L'équipe nationale
Votre histoire avec la sélection danoise est contrastée. Trois grands tournois mais aucun réussi…
Aux JO de 1992, on avait une bonne équipe mais on n'a pas été au niveau. À l'Euro 2000, on était juste trop court (NdlR : trois défaites en phase de groupes). En revanche, je garde un goût amer de la Coupe du monde 1998.
guillementCet arbitre a brisé mon rêve.
Cette carte rouge…
Pfff ! Je savais qu'il y avait de meilleurs attaquants que moi, dont Michael Laudrup, le meilleur joueur avec lequel j'ai joué mais j'étais super fit, super prêt ! C'était mon moment, mon rêve de gosse. Je ne partais pas titulaire mais je savais que si je recevais ma chance, je la saisirais. Au deuxième match, contre l'Afrique du Sud, je monte au jeu. Et, sur cette action qui méritait à peine un coup franc, cet arbitre stupide m'a donné une carte rouge. Il a brisé mon rêve. Je n'ai plus joué après.

Sa nouvelle vie
À quoi ressemble votre vie en Espagne ?
On est installé près de Marbella. Les enfants vont à l'école internationale. Je ne sais pas si j'ai eu de la chance ou si j'ai bien géré mes affaires mais je suis tranquille financièrement grâce à mes investissements immobiliers. J'ai découvert le padel et j'ai méchamment accroché.

Plus que l'Ironman et le marathon ?
Je sais que certains joueurs n'ont jamais aimé courir. Moi j'adore, autant que la natation. Mais ma plus grande fierté, c'est d'être passé sous les trois heures sur marathon ; 2 h 59 et 20 secondes précisément. Je suis pratiquement plus fier de ce chrono que d'avoir été meilleur buteur du Servette (en 91-92) ou sélectionné en équipe nationale. Ça peut sembler fou mais, ce chrono, j'ai mis des années pour l'atteindre et j'en ai bavé.
guillementCe chrono sur marathon, j'ai mis des années pour l'atteindre et j'en ai bavé.
Vous suivez encore le football ?
Très peu. L'équipe nationale et les affiches de Ligue des champions.
Vous ne saviez donc pas qu'un jeune Danois, Gustaf Mortensen, avait signé au Standard ?
Non. Je ne le connais pas et je n'ai pas accès aux matchs du championnat de Belgique. Mais Lyngby est un bon petit club formateur, avec une bonne atmosphère. Je lui souhaite de réussir.
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