Comment un ordinateur en plastique de deux mètres fonctionnant à l'eau a révolutionné l'enseignement de l'économie ?
En 1949, un étudiant inventif présentait à Londres une machine hydraulique capable de simuler les flux financiers nationaux. Ce système mécanique permettait d’observer en temps réel les effets de chaque décision budgétaire sur la santé économique d’un pays.

La naissance à Croydon d’un prototype économique assemblé dans un garage avec des pièces de bombardier
L’histoire du MONIAC débute loin des amphithéâtres prestigieux. Bill Phillips, alors simple étudiant néo-zélandais à la London School of Economics, fabrique un premier appareil dans un garage de Croydon. Il investit l’équivalent de 400 livres sterling de l’époque.
Lire aussi À Sangatte une galerie souterraine de 1840 mètres construite en 1883 dort sous la mer sans avoir vu le moindre trainSans moyens financiers majeurs, le jeune homme utilise son savoir-faire technique précoce. Il récupère divers équipements issus des surplus de guerre pour monter sa structure. Il découpe notamment des composants de vieux bombardiers Lancaster pour concevoir les circuits d’eau.
Un soutien financier décisif permet de concrétiser le projet à l’été 1949. Walter Newlyn, chercheur à l’université de Leeds, obtient une avance de 100 livres de sa hiérarchie. Les deux associés fixent ensuite des réservoirs transparents sur un panneau rigide en acier.
La circulation de l’eau colorée matérialise en temps réel les équations complexes des revenus nationaux
L’appareil d’environ deux mètres traduit visuellement la formule fondamentale du revenu national. Les flux d’eau colorée représentent la demande agrégée à travers la consommation, l’investissement, les dépenses publiques et la balance commerciale. Les canaux guident le liquide vers différents bassins communicants.
Lire aussi En Amazonie, cette obscure civilisation précolombienne aurait compté jusqu’à 3 millions d’âmesL’utilisateur modifie l’ouverture des vannes pour observer l’effet d’une baisse d’impôts ou d’une hausse des taux d’intérêt. À une époque privée d’écrans informatiques, cette machine offre une précision de 2 % pour matérialiser instantanément les variations budgétaires.
Des amphithéâtres britanniques aux institutions financières, une dizaine d’exemplaires conquièrent le monde
La démonstration réussie devant les spécialistes londoniens lance une production à petite échelle. Une dizaine de modèles sont rapidement fabriqués pour équiper divers établissements d’enseignement supérieur. Le prototype initial rejoint définitivement le département d’économie de Leeds.
Ces systèmes hydrauliques traversent les frontières pour rejoindre des universités prestigieuses comme Harvard aux États-Unis ou Melbourne en Australie. De grands organismes privés s’y intéressent également pour former leurs cadres. C’est le cas de la Ford Motor Company.
Lire aussi Le plus ancien monorail suspendu électrique encore en service circule toujours dans cette ville allemandeDes institutions financières nationales font aussi le choix d’acquérir cet outil pédagogique original. La Banque centrale du Guatemala intègre ainsi cet ordinateur liquide dans ses locaux. L’invention de garage se retrouve ainsi déployée sur trois continents différents.
Seulement deux exemplaires de cette plomberie savante demeurent en état de marche à travers le monde
La plupart de ces machines dorment désormais immobiles dans des espaces d’exposition universitaires. Cependant, l’université de Cambridge conserve un exemplaire en état de marche qu’elle active régulièrement lors de démonstrations pédagogiques destinées au grand public.
L’autre version fonctionnelle réside à la Banque centrale de Nouvelle-Zélande depuis sa restauration. Cet appareil historique de la LSE a même figuré à la Biennale de Venise en 2003. Il est désormais protégé derrière une vitrine équipée d’un système de drainage.
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