Le logo de Radio-Canada « plagié » dans un jeu populaire

Arc Raiders, un jeu vidéo de tir qui amuse des dizaines de milliers de personnes par jour, a lancé en grande pompe mardi matin un nouveau costume. Or, un détail a attiré l’attention de plusieurs joueurs : il était présenté avec le logo de Radio-Canada. Pourtant, le diffuseur public n’a jamais donné son aval à une telle chose.

Le studio suédois Embark, qui développe Arc Raiders, a passé les derniers jours à Cologne, en Allemagne, pour la Gamescom, une des plus importantes conférences annuelles de l’industrie vidéoludique. Comme plusieurs autres, l’entreprise en a profité pour annoncer quelques nouveautés pour son jeu. Jusque-là, aucune trace du logo de Radio-Canada.

Ce n’est qu’une fois les bagages repliés, mardi, à 6 h, que la mise à jour a été lancée, et que le studio a diffusé sur les réseaux sociaux et à sa communauté le nouveau costume nommé Static, étiqueté de l’emblématique pizza.

Le personnage « Static » a été conçu pour « comprendre les courants cachés du monde ».

Photo : Arc Raiders

Sur le forum Reddit et sur le serveur Discord du jeu, des dizaines d’internautes ont immédiatement remarqué la bourde, se moquant du développeur à coup de gifs animés de personnages de la série télévisée de CBC Schitt’s Creek. Certains ont aussi remarqué qu'un plus ancien costume, Cavalier, avait la même étiquette.

Il s’agit d’un plagiat pur et dur, selon Jonathan Bonneau, professeur associé à l’École des médias de l’UQAM. C’est exactement le même logo. Il n’y a pas de pixels de différence, pas de variation, ajoute-t-il.

Six heures après le lancement, le studio a annoncé retirer temporairement ces ensembles de la boutique et des écrans de personnalisation, afin d’ajuster des éléments visuels mineurs. Les ensembles seront remis en ligne dès que possible, précise-t-on.

Le message publié par Embark fait sourire Thomas Burelli, professeur en droit du jeu vidéo à l’Université d’Ottawa.

Ils ont utilisé une marque protégée dans certains pays, et potentiellement une marque notoire. Ce n’est pas un élément visuel mineur.

Retirer les costumes rapidement, c’était la chose à faire, concède-t-il. Parce que le studio s’exposait à des poursuites, pour la reproduction non autorisée d’un logo protégé, et potentiellement pour atteinte à l’image, d’après l’expert.

Un homme portant des lunettes, et habillé d'un complet bleu marin, prend la pose.

Thomas Burelli, professeur en droit du jeu vidéo à l'Université d'Ottawa

Photo : Thomas Burelli

L’IA en cause?

Une question demeure : comment un studio de plus de 300 employés, qui développe un jeu vidéo aussi populaire et lucratif, a-t-il pu faire une telle erreur?

On sait que l'industrie va vite; on travaille tout le temps; on travaille fort sur plein de projets, fait valoir M. Bonneau. Dans ce dossier, il y a beaucoup de discours qui entourent le mythe de la génération d’images, le manque de travail humain, le manque de supervision, le remplacement, précise-t-il.

Le mouvement de la communauté [d’Arc Raiders concernant l’incident du logo] s’est rapidement attaché au soulèvement anti-intelligence artificielle.

Or, pour ce professeur en design de jeu et en méthodologies de recherche et IA, ce n'est clairement pas une intelligence artificielle qui a fait ce travail pur et dur. Pourquoi? Parce que les grands modèles de langage ont des garde-fous les prévenant de générer des logos existants, et permettant même de les détecter.

D’après lui, il s’agit plutôt d’une faille dans la méthode de travail humain-machine. Certains outils internes ont des fonctionnalités d’IA qui permettent d’accéder localement à des fichiers d’inspiration pour faire des tempêtes d’idées, par exemple.

C'est très facile de déplacer une image – par exemple le logo de Radio-Canada –, de le mettre dans un dossier qui, plutôt que d'être celui d'inspiration, est celui de la direction artistique.

Cependant, les rendus finaux doivent être approuvés par des chefs d’équipe : On a affaire à une compagnie qui est suédoise et coréenne, qui n'a clairement pas vu la télé radio-canadienne, souligne-t-il.

Un design dessiné à la main

Contactée par Radio-Canada, une porte-parole d’Embark, Rebecca Rodriguez, mentionne que le geste n’était pas intentionnel.

Il s’agissait d’un élément de design dessiné à la main, qui a immédiatement été modifié lorsque ça nous a été signalé.

De l'avis de Jonathan Bonneau, c'est très difficile à croire. Ce qui est certain, c'est qu'ils auraient pu valider le tout avant la publication en faisant une rapide recherche par image.

Le logo de Radio-Canada dans sa forme actuelle remonte à 1992.

Photo : Radio-Canada

Dessiner à la main un logo protégé ne rend pas la chose légale, et n’est pas une excuse. C’est quand même une utilisation non autorisée, affirme pour sa part le professeur en droit du jeu vidéo Thomas Burelli.

Marie Tétreault, cheffe de la promotion et des relations publiques de Radio-Canada, a indiqué que l’usage inapproprié du logo de Radio-Canada a été porté à l'attention [des équipes concernées] et que le studio a modifié l'image avant qu'une action soit posée.

Pour le moment, les deux costumes n’ont pas été réintégrés à la boutique d'Arc Raiders.

À lire aussi :

  • L’industrie québécoise du jeu vidéo est plongée dans l’incertitude
  • Les livres ont un dépôt légal. Pourquoi pas les jeux vidéo?
  • Quel avenir pour vos jeux vidéo dématérialisés?