Mode d'emploi: comment gagner une élection au Conseil fédéral
Quel membre de l'UDC succèdera à Guy Parmelin? Les intéressés ont jusqu'à vendredi pour se déclarer, date butoir fixée par le parti. Outre Céline Amaudruz, qui s'est déjà lancée dans la course, d'autres noms, surtout alémaniques, devraient émerger. Mais une fois tous les candidats sur la piste de départ, la route s'annonce longue.
Si, selon la Constitution fédérale, "tout citoyen ou citoyenne ayant le droit de vote est éligible au Conseil fédéral", dans la pratique, pour être élu, il faut être membre d'un des quatre plus grands partis de Suisse, formule magique oblige. Une fois cette première condition remplie, il faut attendre qu'un siège de son propre parti se libère. Et c'est là que la vraie course commence.
Pour devenir l'un des sept Sages, c'est une campagne à huis clos qui débute. Car ce n'est pas le peuple qui élit le Conseil fédéral, mais bien tous les parlementaires, Conseil national et Conseil des Etats réunis.
Le job le plus dur dans la politique suisse, c'est être candidat pour le Conseil fédéral. Être conseiller fédéral, c'est moins dur
Mais pour commencer, il faut obtenir le soutien de son groupe politique, en l'occurrence l'UDC, afin d'être désigné comme un des deux candidats officiels du parti.
En général, les groupes politiques présentent des candidats qui remplissent un certain nombre de critères. L'ancienneté est souvent primordiale. Le fait d'avoir occupé un poste à responsabilité comme la direction du parti est également un plus, tout comme un passage par un exécutif cantonal.
L'importance du réseautage... et du café
Une fois cette étape passée, il faut encore faire campagne auprès de l'ensemble des 246 parlementaires. Et pour parler à ces personnes, rien ne sert de multiplier les interviews dans les médias. Il faut payer des cafés, réseauter, échanger dans les couloirs du Palais fédéral.
Le socialiste Jon Pult l'a fait il y a trois ans, lorsqu'il s'est présenté sans succès pour succéder à Alain Berset au Conseil fédéral. "Il faut parler avec beaucoup, beaucoup de gens. La chose la plus importante, c'est de parler avec les collègues, avec les 245 autres membres du Parlement. Ce sont eux qui peuvent vraiment décider qui va être élu. Quelqu'un qui a beaucoup d'expérience m'a dit un jour que le job le plus dur dans la politique suisse, c'est être candidat pour le Conseil fédéral. Être conseiller fédéral, c'est moins dur", ironise le conseiller national.
J'ai bu un café avec Martin Pfister et je lui ai posé des questions très personnelles. (...) Ce sont des choses très importantes
Ces rencontres servent même parfois à faire connaissance avec certains parlementaires, en particulier lorsque le candidat au gouvernement n'est pas élu à Berne. C'était le cas par exemple de Martin Pfister. Avant d'être conseiller fédéral, il a dû se présenter aux parlementaires.
Une opération de charme qui a été appréciée par le conseiller national UDC jurassien Thomas Stettler. "J'ai bu un café avec lui et je lui ai posé des questions très personnelles, au lieu de questions politiques, parce que dans les auditions avec les partis, c'est justement très politique. Mais je pense que ces échanges personnels, ce sont des choses très importantes", explique-t-il mardi dans la Matinale de la RTS.
L'entregent et la collégialité, des compétences souvent essentielles
Les capacités sociales sont également un enjeu important des élections au Conseil fédéral. Entre deux profils légitimes pour accéder à la fonction suprême, le plus sympathique l'emporte souvent.
Puis viennent les auditions devant les partis politiques ou des groupes d'intérêts. Elles sont l'occasion de disséquer la vision du monde d'un prétendant au Conseil fédéral, même si le positionnement politique des candidats est déjà connu des parlementaires, qui les côtoient déjà sous la Coupole.
Les candidats doivent surtout convaincre qu'ils sont prêts aux contorsions nécessaires pour devenir conseiller fédéral, analyse Sean Müller, politologue à l'Université de Berne. "Il y a différentes attentes, parfois contradictoires, parce qu'on est élu en tant que représentant d'un parti politique, donc on devrait avoir une ligne claire. Mais en même temps, on doit oublier ce qu'on représente et travailler avec les autres collègues et avec les majorités. (...) C'est assez exigeant comme attentes."
Ce qui est donc recherché pour entrer gouvernement, ce sont des personnalités avec lesquelles la discussion est possible. Avec l'UDC s'ajoute d'ailleurs la crainte d'un candidat qui maltraite les institutions, une peur bien ancrée depuis le passage de Christoph Blocher au Conseil fédéral. L'Assemblée fédérale devrait donc privilégier un conseiller fédéral collégial.
>> Voir aussi le sujet de Mise au point sur la succession de Guy Parmelin :
Sujet radio: Philéas Authier
Adaptation web: Julien Furrer