Comment Bodø/Glimt est passé en dix ans de la D2 à une équipe qui élimine l'Inter en Ligue des champions : "Un petit conte de fées"
C'est l'histoire d'un petit club qui évoluait encore en D2 il y a quelques années et qui a débarqué sans rougir dans l'élite pour bousculer l'oligarchie en place et aller chercher des titres. On ne parle pas de l'Union Saint-Gilloise, mais bien de "Glimt", devenu Bodø-Glimt, puis Bodø/Glimt pour éviter de croire à un match entre Bodø et Glimt. Voilà un club atypique ; le plus au nord de tout le plateau des Coupes d'Europe, dont le stade de 8 000 places est implanté dans une ville adossée à un fjord, grande de 1 300 kilomètres carrés… mais habitée par 50 000 âmes seulement. "C'est l'endroit le plus froid sur terre", avait un jour dit Victor Boniface de son ancien club, où il a été repéré par l'Union avant d'exploser.
Au-dessus du cercle polaire, où les maxima sont actuellement d'environ 12 degrés, les Unionistes auront le bonheur de goûter au soleil de minuit, avec un astre qui se couche à 22 heures, mais continue à livrer de la lumière jusqu'à minuit et fait déjà son retour peu après 2 heures du matin. Mais il peut aussi y faire noir plus de 18 heures par jour, l'hiver. Et l'attaquant nigérian l'avait dit : il avait connu une dépression, à Bodø.
Pas les supporters de Glimt, – "l'éclair" en norvégien –, qui ont vu leur petit club monter en puissance au point d'être champion pour la première fois en 2020. Rosenborg garde un palmarès intouchable, mais Bodø, qui en a chipé quatre en cinq ans, est la nouvelle place forte. S'il a loupé la couronne en 2025, il est bien parti pour en ajouter une cinquième fin 2026, dans une année historique qui l'aura vu disputer les huitièmes de finale de Ligue des champions.
Coach Knutsen atout n° 1
"C'est vrai que c'est un petit conte de fées", rembobine Freddy Toresen, qui suit l'équipe pour le journal régional "Avisa Nordland" depuis des décennies et l'a connue dans les divisions inférieures. "Cette réussite s'explique d'abord par l'entraîneur : Kjetil Knutsen. Il est arrivé comme assistant en 2017. Bodø cherchait un entraîneur qui avait de l'aura, et c'était lui. Il a vraiment mené cette équipe et a grandi en même temps qu'elle." Devenu T1 en 2018, il est toujours là.

"Il y a aussi le fait que plusieurs joueurs ont grandi ensemble dans cette équipe. Patrick Berg (NdlR : parti à Lens un an puis revenu), Jens Petter Hauge (NdlR : passé par Milan et Gand mais aussi revenu à Bodø) et Frederik Bjorkan ; qui sont tous les trois nés à Bodo et avaient comme objectif de participer à cette Coupe du monde. Un objectif qu'ils ont atteint."
Mais la réussite dépasse celle d'individualités. "Trois nouveaux directeurs sont arrivés juste après la relégation de 2016. Le club est remonté dès 2017 et ils sont restés soudés, implantant une véritable culture dans le club. Au final, Bodø n'est pas un club où il y a une énorme structure, donc si l'entraîneur souhaite quelque chose, il sait à qui s'adresser directement, et cela va vite."
Et puis le succès a permis de recruter des joueurs de plus en plus précieux. "Il n'y a pas eu d'apport de fonds étrangers, poursuit notre confrère. Les premiers bons résultats – dès 2018 – leur ont permis d'acheter de bons joueurs, puis de bien les revendre et de réinvestir cet argent intelligemment." Avec, cet été, la vente record du foot norvégien : Kasper Høgh, recruté pour moins d'un million et revendu plus de 12 au Celtic.
L'ex-pilote de chasse devenu coach mental
"Il faut aussi dire que le club est audacieux, n'hésite pas à tenter de nouvelles choses. Comme lorsqu'il a recruté Bjorn Mannsverk, ancien pilote d'avions de chasse de la base Otan implantée ici à Bodø. Il était devenu entraîneur mental pour les nouveaux pilotes, puis Bodø l'a recruté pour travailler avec les joueurs dans le but de se focaliser sur la performance plutôt que sur les résultats."
Les options de David Hubert seront réduites à Bodø/GlimtVoilà pourquoi l'aura de Bodø/Glimt a grandi pour dépasser la Norvège au fil des belles performances européennes des dernières saisons. D'abord un quart de finale en Conference League (2022), puis une demi-finale d'Europa League (2025) et une campagne historique de Ligue des champions en 25-26. Jamais un club scandinave n'avait atteint les huitièmes de finale de la C1. Et l'équipe de Kjetil Knutsen a réalisé une campagne qui ressemble à un épisode de Ted Lasso. Malgré un budget qui n'atteint pas les 40 millions d'euros, elle est sortie de la phase de la Ligue en ayant notamment battu City et l'Atlético, puis a épaté l'Europe en éliminant l'Inter en barrages, pour chuter en huitièmes (aux prolongations) contre le Sporting Portugal.
"Oui, cela montre qu'en passant étape par étape, il est possible de réaliser de belles choses sans avoir beaucoup de moyens, nous répond Kjetil Knutsen dans la salle de presse du stade. À condition d'être à son meilleur niveau, c'est possible pour les plus petits d'être compétitifs même en Ligue des champions. C'est une grande motivation pour nous."
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