Fréchette ouvre la porte à la mixité public-privé en santé

La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) souhaite s'attaquer aux délais d'attente en santé, notamment en élargissant le recours au privé pour certaines chirurgies et en permettant aux médecins de pratiquer à la fois au public et au privé sans devoir se désaffilier.

C'est ce que Christine Fréchette a promis, au jour 5 de la campagne, alors qu'elle était de passage à Saint-Colomban, dans la nouvelle circonscription de Bellefeuille, dans la région des Laurentides.

Mme Fréchette a soutenu qu'elle allait ouvrir aussi la discussion avec les médecins sur la pratique mixte, tout en encadrant la pratique pour que les médecins maintiennent une présence minimale au public.

L'idée, en fait, c'est de permettre aux médecins de travailler au public et au privé en même temps. C'est soigner plus de patients tout en s'assurant que les médecins restent et fassent un certain nombre d'heures dans le réseau public, a-t-elle plaidé.

L'ouverture de Mme Fréchette à la pratique mixte des médecins se place en contradiction avec le legs de l'ex-ministre de la Santé Christian Dubé, qui a démissionné de son poste le 18 décembre dernier. M. Dubé avait réussi à faire adopter le projet de loi 83 quelques mois avant sa démission.

La Loi favorisant l'exercice de la médecine au sein du réseau public de la santé et des services sociaux visait à limiter les va-et-vient des médecins spécialistes entre les réseaux public et privé. Santé Québec doit maintenant leur accorder une autorisation de désaffiliation temporaire pour qu'ils puissent passer d'un réseau à l'autre.

Questionnée sur cette volte-face, Mme Fréchette a invoqué les scores de performances ailleurs dans le monde. On a analysé des systèmes de santé ailleurs qu'au Québec, ceux qui se classent parmi les plus performants permettent une présence à la fois dans le public et dans le privé.

On fait différemment pour la suite des choses pour ce qui est de cette portion-là, a-t-elle justifié.

Un désaveu de Dubé?

Ce revirement de stratégie n'est pas passé inaperçu parmi les adversaires de la cheffe caquiste.

De toute évidence, elle abdique à faire la promotion et à faire, je vous dirais, l'expansion du système de santé publique, a dit constater le chef libéral Charles Milliard. Moi, je viens en politique pour l'inverse, a-t-il assuré.

Encore une fois, Mme Fréchette met un autre de ses anciens collègues sous l'autobus de campagne. Le premier qui y a goûté, c'est François Legault. Le deuxième, c'est Pierre Fitzgibbon. Ce matin, c'est Christian Dubé.

Pour Paul St-Pierre Plamondon, du Parti québécois, il s'agit carrément d'un désaveu du travail de Christian Dubé. Ça sent l'improvisation, a-t-il réagi en point de presse.

Du côté des solidaires, on a insisté pour faire un arrêt sur la route vers le Témiscamingue, lundi après-midi, afin de pouvoir réagir à l'annonce en santé de la CAQ. La co-porte-parole, Ruba Ghazal, a dénoncé un virage à 180 %.

Je pense que ça va faire une saignée du système public, a déclaré Mme Ghazal. On l'a essayé, ça n'a pas marché. Pourquoi elle continue [dans cette voie-là], c'est un mystère pour moi.

Christine Fréchette, en après-midi, s'est défendue de renier l'héritage du ministre Dubé, soulignant que le projet de loi 83 – qu'elle avait appuyé, à l'époque – était une proposition beaucoup plus globale et qu'il prévoyait déjà que les médecins puissent travailler à la fois au public et au privé.

La mesure proposée lundi ne fera qu'ajouter de la flexibilité, a-t-elle plaidé. On cherche une plus grande efficacité, un meilleur accès aux soins plus rapide et ça fait partie des mesures qui sont à considérer.

Réduire les délais d'attente

Christine Fréchette compte aussi élargir l'accès au privé pour les patients en attente d'une chirurgie, en ce qui concerne l'orthopédie et la chirurgie plastique, pour le moment. De telles mesures existent déjà, mais les délais sont plus longs.

Ainsi, les délais d'attente pour être redirigé vers une autre région dans le réseau public passeraient donc de 9 à 6 mois. Les délais pour être redirigé du public au privé passeraient quant à eux de 12 à 9 mois. Le tout sans que les patients aient à débourser un sou, promet Mme Fréchette.

L'ex-ministre de la Santé Christian Dubé avait promis en août 2025 un projet pilote en ce sens, mais l'initiative n'a jamais abouti, selon un reportage du quotidien Le Devoir paru plus tôt cet été.

La CAQ, qui a présenté son cadre financier dimanche, assure que cette promesse se ferait à coûts nuls. La mesure serait financée à même le budget de Santé Québec, notamment grâce à une réduction des dépenses administratives, écrit le parti dans son communiqué de presse.