Chronique des matières premières - Chine: les dessous de la relance de la filière viticole au Tibet
Du vin sur le toit du monde. Au Tibet, des vignes poussent à plus de 3 500 mètres d’altitude, malgré le froid et des conditions de culture extrêmes. Le domaine Pazhu y produit des blancs, des rouges et même du vin de glace. Une curiosité viticole, mais aussi une vitrine du développement économique voulu par Pékin dans cette région étroitement contrôlée. Comment fait-on pousser du raisin à une telle altitude ?
Entre le sol gelé en hiver, les ultraviolets très intenses à cette hauteur et les risques de sécheresse précoces, les vignerons du Tibet s'y sont pris par tâtonnements. Les producteurs ont essayé des cépages différents, ont adapté leurs techniques et ont choisi des raisins en mesure de résister à toutes ces conditions. L'altitude a tout de même des avantages : beaucoup de soleil et des températures fraîches qui préservent l'acidité du raisin.
Le domaine offre à la fois du chardonnay, du rouge et aussi du vin de glace. Et le domaine Pazhu exploite différents vignobles – dont une petite parcelle à côté de Lhassa qui est entrée dans le Guinness des records pour sa hauteur : 3 563 mètres d'altitude.
Ces vins trouvent des acheteurs
Un marché niche, mais un marché tout de même. La plupart des bouteilles sont vendues en Chine, parfois à 777 yuans, environ une centaine d'euros. Pazhu joue de sa singularité au niveau de son terroir et mise sur le tourisme local.
Mais le domaine cherche d'autres débouchés, au-delà de la Chine continentale. Des bouteilles sont parvenues à Hong Kong en début d'année. Le contexte reste cependant difficile. Depuis 2017, la consommation de vin en Chine a vraiment reculé, et Pazhu fait face à des régions beaucoup plus installées comme le Ningxia ou le Shandong. Le domaine n'est toujours pas rentable d'ailleurs, selon la direction.
Les objectifs multiples de Pékin
Le but n'est pas seulement de vendre du vin. Il s'agit aussi de créer des emplois, de booster le tourisme et de diversifier l'économie locale. La direction évoque 80 salariés permanents et plus de 3 000 habitants des villages alentours qui viennent travailler dans les vignes.
Et pour Pékin, cela permet de mettre en avant sa politique de lutte contre la pauvreté, mais aussi de montrer une vitrine économique avec la volonté d'intégrer le Tibet au reste de la Chine. Le tout sur fond de contrôle politique et de restrictions des libertés religieuses et culturelles dénoncées par les défenseurs des droits humains. Le vin est donc ici aussi bien un outil de développement qu'un instrument de communication pour les autorités chinoises.
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