Chine-Europe : menace de guerre commerciale
Deux jours de négociations sino-européennes visent à éviter une guerre commerciale, alors que les dirigeants européens haussent le ton face à l’ampleur du déficit commercial de l’UE : 1 milliard d’euros par jour. La France et l’Allemagne ont durci leurs positions à la veille de cette rencontre.
Un milliard d’euros par jour, 360 milliards par an : c’est l’ampleur du déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine. C’est colossal, et insoutenable, surtout quand ce sont des pans entiers d’industrie européenne qui sont menacés par la redoutable machine de production industrielle chinoise.
Le Commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, est à Pékin aujourd’hui et demain, pour des discussions qui s’annoncent très difficiles. Sefcovic parle au nom des 27 car le commerce est une prérogative européenne. Il a un double objectif : réduire à tout prix ce déficit, en évitant une guerre commerciale dans laquelle l’Europe n’est pas nécessairement la mieux préparée.
A la veille de cette échéance cruciale, la France et l’Allemagne ont enfin accordé leurs positions. Lundi, une lettre commune signée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz a mis fin à des mois de divergences, l’Allemagne, beaucoup plus présente que la France sur le marché chinois, étant plus réticente à durcir le ton. C’est fait, car l’industrie chinoise est en train de détruire des pans entiers de l’économie allemande.
Le langage est musclé : la lettre commune parle d’une « instrumentalisation du commerce utilisé comme une arme », et de « distorsion systématique du marché ». La Chine n’est pas nommément citée, mais c’est elle, évidemment, qui est visée. Macron et Merz demandent à la Commission d’envisager de nouveaux instruments dans la « boîte à outils » commerciale européenne pour freiner l’entrée des produits chinois.
La lettre a été publiée, ce n’est pas un hasard, à la veille de la visite à Pékin du Commissaire européen Sefcovic, pour faire passer le message auprès des dirigeants chinois qu’ils ne peuvent ignorer le changement d’humeur en Europe. Il va plaider pour que la Chine adopte d’elle-même des mesures de restrictions de certaines de ses exportations, par exemple sur les véhicules hybrides : un refus net est déjà annoncé.
Signe du changement de ton, l’ancien commissaire européen Pascal Lamy, qui avait négocié avec la Chine son entrée dans l’Organisation mondiale du Commerce en 2001, a multiplié les interviews pour dire à quel point on s’est trompé sur la Chine, « une erreur historique » dit-il même dans « Le Monde ». Lui aussi propose de nouveaux instruments commerciaux.
La Chine est toutefois en position de force, sa supériorité industrielle est incontestable. Le chercheur américain Dan Wang estime dans un livre récentOuverture dans un nouvel onglet (« La Chine à toute vitesse », ed. arpa] que la domination industrielle chinoise est en place pour une génération.
Mais elle a aussi besoin de débouchés pour ses productions, et l’Europe et ses 450 millions de consommateurs ne peuvent être ignorés. Mais une guerre commerciale serait une issue périlleuse pour l’Europe, qui est plus dépendante de la Chine que l’inverse. Pékin a montré l’an dernier, avec l’embargo sur les terres rares qu’elle pouvait faire plier Donald Trump et ses droits de douane prohibitifs.
Déjà confrontée à l’hostilité de l’administration Trump d’un côté, à l’agressivité de Vladimir Poutine de l’autre, l’Europe a, avec la Chine, un adversaire redoutable sur un autre terrain, celui de sa survie économique. Pour cette raison, les 27 ont tout intérêt à renforcer leur cohésion et pas seulement sur le plan défensif. La lettre franco-allemande montre que les dirigeants européens en sont conscients.