Chats, chiens, chevaux : le sauvetage des autres victimes des incendies en Gironde
Quand on passe le portail électrique de "Cabanes de Tchanquées", à Créon, en périphérie nord de Bordeaux, les aboiements se font entendre immédiatement. Mais, fait rare pour une pension canine, à intervalle régulier, c'est un miaulement qui parvient aux oreilles. Depuis samedi 25 juillet le lieu s'est transformé en vaste refuge pour les animaux de compagnie victimes de l'incendie massif qui ravage actuellement la Gironde.
À lire aussiEn direct : plusieurs reprises de feu et nouvelles évacuations préventives en Gironde
Dans la panique des évacuations des communes, de nombreux propriétaires de chats, chiens ou chevaux se sont trouvés face à un dilemme : que faire de leur compagnon à quatre pattes ? Les laisser derrière, au risque qu'ils soient intoxiqués par les fumées et sans savoir quand il sera possible de les récupérer ? Les emmener alors qu'on ne sait pas où aller, et quelles conditions vont leur être imposées ?
David Avril et sa femme Mary-Line, les propriétaires des lieux, tentent d'aider dans les deux cas. Dès que les ordres d'évacuation se sont multipliés, David a publié un message sur les réseaux sociaux. Depuis, son téléphone sonne sans discontinuer.
"On a dû tout casser"
"J'ai un véhicule de concours international. Il est bien équipé, ventilé et réfrigéré. Ce week-end, j'ai pris le volant avec des litres d'eau, des croquettes, des biberons et les gendarmes m'ont laissé passer pour aller au plus près des lieux où le feu était passé", explique David. "J'ai tout de suite pu aider et récupérer certains animaux qui en avaient besoin."
Pendant 48 heures, il a ainsi enchaîné les allers-retours en direction du Cap Ferret et de Biscarosse, arpentant les routes calcinées à la recherche de ces victimes. En parallèle, un vaste réseau d'entraide s'est mis en place en un temps record, avec des vétérinaires, des collègues et des amis. "Nous avons pu déplacer une centaine de chats, de chiens mais aussi des chevaux et même un hérisson et un écureuil", salue-t-il. "Certains sont ici, d'autres sont chez des personnes qui se sont portées volontaires pour les accueillir ou déjà de retour avec leurs propriétaires."
Parmi les dizaines de sauvetages, l'un l'a particulièrement marqué. "Un couple nous a appelés parce qu'il avait dû évacuer, alors qu'il était au travail. Leurs quatre chiens étaient bloqués chez eux", se souvient-il. "On a dû tout casser et on est parvenus à les libérer, alors que les flammes approchaient. Tout le monde a été si content de se retrouver."
"Soulager d'un poids"
À l'arrière du véhicule qui a servi dans ces sauvetages, on comprend d'où proviennent les miaulements furtifs. Un petit chat roux se cache au fond de sa cage rose, visiblement un peu perturbé par ses voisins du dessous – un setter et un malinois. Bonne nouvelle pour le félin, récupéré sur le bord de la départementale, qui relie Bordeaux et Lacanau, sa famille doit venir le chercher dans l'après-midi.
Le malinois, lui, n'aura pas cette chance tout de suite. "C'est un chien que nous connaissons bien car nous l'avons souvent en pension. Son maître a été évacué. Il a préféré nous le confier car emmener un chien de garde, même s'il est gentil, dans un centre d'hébergement d'urgence, cela peut-être délicat."
Même sort pour Alaska, un grand chien blanc aux allures de Patou. "Sa famille a été évacuée et en plus, la femme, médecin, a été réquisitionnée pour aider à l'hôpital", raconte David. "Difficile dans ces circonstances de s'occuper d'un chien comme celui-là. Surtout qu'il est jeune et un peu fougueux."
"Au-delà des sauvetages dans les zones incendiées, c'est aussi important d'aider comme ça", insiste David. "C'est déjà compliqué d'être logé dans un centre d'hébergement d'urgence et de trouver où vivre en attendant que cette crise passe. Ne plus avoir la charge de son animal, savoir qu'il va bien et qu'il est en sécurité, cela peut beaucoup soulager."
Pousser les murs
Aujourd'hui, l'urgence des premières heures laisse place à un nouveau défi, celui du temps long, alors que le feu ne montre aucune forme de répit. Pour accueillir un maximum de réfugiés, David et sa femme ont dû pousser les murs. Tout a été réorganisé. Dans la pension, les chiens cohabitent à trois ou quatre par enclos, au lieu de deux - "on sait, ce ne sont pas les normes légales mais à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles", tranche David.
Mais qui dit plus de pensionnaires dit aussi plus de bouches à nourrir et de soins à apporter. Pendant que David continue ses allers retours pour déposer des croquettes aux animaux toujours en zones sinistrées, c'est à Abigail, 21 ans, de s'assurer que tout le monde va bien. La jeune femme, employée de la pension depuis un an, est sur le pont depuis samedi. "Il y a beaucoup à faire, jour et nuit, avec tous ces animaux. Heureusement que tout cela n'est pas arrivé l'année dernière quand je débutais !", s'amuse-t-elle.
Le téléphone de David continue inlassablement de sonner. "On essaie de faire au mieux pour tout le monde mais malheureusement on ne peut pas. Il y a eu une très belle solidarité mais à la fin, on manque de place et de matériel. C'est ça qui est le plus difficile, regrette-t-il. On ne peut pas sauver tout le monde. S'il y a encore de nouvelles évacuations, cela va devenir vraiment problématique."
Pour les chevaux, une organisation "exemplaire"
De l'autre côté du domaine, sa femme, Mary-Line, affiche un air plus serein. Pendant que David s'occupait majoritairement des chiens et des chats, cette cavalière depuis son plus jeune âge s'est consacrée au sauvetage des chevaux.
"Tout a été beaucoup facile pour les équidés. Le monde équestre s'est organisé très vite, mettant en relation les victimes et ceux qui pouvaient accueillir". La solution ? Une plateforme en ligne "SOS O Paddock qui a permis à quiconque avait besoin d'évacuer son cheval de trouver un lieu où le mettre à l'abri et un transport".
Comme beaucoup, elle a été frappée par les images de ces chevaux galopant dans les rues de Biscarosse, dans les Landes, pour fuir l'incendie qui venait de se déclencher quelques heures plus tôt. "Les chevaux ont un très bon instinct de survie. Les libérer du pré était la meilleure chose à faire. Mais j'ose à peine imaginer le déchirement de faire ce geste. Heureusement, nous savons aujourd'hui que tous ont pu être récupérés et sont sains et saufs", sourit-elle, redoublant de caresses à Traviata, sa jument.
Malheureusement, si nombre d'animaux de compagnie ont pu être sauvés grâce à l'action de bénévoles comme David et Mary-Line, le bilan concernant la faune sauvage s'annonce, lui, dramatique." Amphibiens, insectes, reptiles… de très grandes variétés n’ont pas pu avoir le temps de s’échapper face à la progression très rapide des flammes. L’impact des incendies sur la faune devrait ainsi faire l’objet d’une réunion mardi à Matignon.