Ceuta : "L'extrême droite cherche un responsable à pointer du doigt..." Comment le RN tente de s'emparer de la crise migratoire qui touche l'enclave espagnole
l'essentiel Après avoir vu arriver plus de 60 000 migrants en un temps record, entre le jeudi 30 et le vendredi 31 juillet, l'enclave espagnole de Ceuta concentre toutes les critiques des leaders d’extrême droite, qui s’emparent du phénomène à des fins de récupération politique.
Selon le gouvernement espagnol, ce lundi 3 août, la quasi-totalité des 60 000 migrants qui ont traversé la frontière entre le Maroc et l'Espagne dans la nuit du jeudi 30 au vendredi 31 juillet ont fait demi-tour. Un fait marquant dont l'extrême droite s'est empressée de s'emparer.
49 000 migrants sont entrés dans Ceuta en un jour, sur une ville qui compte 82 000 habitants.
En un jour, la population de la ville a augmenté de 60%, exclusivement par cet afflux de clandestins violant les frontières de l’Espagne.
C’est une submersion sans précédent. Ceuta,…
— Jordan Bardella (@J_Bardella) July 31, 2026
En France, à l'instar d'autres représentants européens, Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui font de l'anti-immigration leur cheval de bataille, ont par exemple commenté sans tarder les images en provenance de Ceuta. La première dénonce "une folie" et le second "une invasion migratoire coordonnée du territoire européen", rapporte France Info.
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Le politologue Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, rappelle à La Dépêche du Midi que l'instrumentalisation de l'actualité par l'extrême droite est un phénomène courant. "Cette fois-ci, il convient toutefois de signaler qu'il ne s'agit pas de propager une fake news inventée de toutes pièces", note le spécialiste.
Le rôle crucial des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux ont joué un rôle prépondérant dans le déclenchement de cette vague migratoire. En cause : une décision de la Cour suprême espagnole concernant le droit d'asile. D'après les rumeurs qui ont pris de l'ampleur en ligne, celle-ci contraindrait le gouvernement espagnol à accueillir les migrants arrivant par voie maritime. Une mesure qui a en réalité été mal interprétée, cet arrêt empêchant seulement de les renvoyer au Maroc.
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"Maintenant, l'extrême droite cherche donc un responsable à pointer du doigt", affirme Jean-Yves Camus. Certains représentants dénoncent cette décision de la Cour suprême, tandis que d'autres y voient un acte de guerre hybride de la part du Maroc, destiné à déstabiliser l'Espagne. "Une sorte de réponse à leurs précédents contentieux, notamment autour du Sahara", explique le politologue.
Un évènement singulier
Le spécialiste insiste cependant sur la singularité de cet évènement, dont l'ampleur est remarquable. Il demeure très rare que l'Europe soit confrontée à des vagues migratoires d'une telle envergure. De quoi donner du grain à moudre à l'extrême droite. "Si le mouvement en lui-même pose question, on constate tout de même une exagération des chiffres de la part des mouvements anti-immigration", déplore Jean-Yves Camus. Avant d'ajouter : "Certains représentants d'extrême droite annoncent par exemple un afflux invraisemblable de 100 000 personnes, de manière à amplifier la réalité."
L'extrême droite entretient ainsi l'imaginaire de la "submersion" migratoire, et tente de rendre palpable une potentielle "invasion", comme l'a dénoncé le président américain Donald Trump. Un moyen d'installer la peur et la consternation au sein de l'opinion publique.
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En Espagne, cet évènement intervient après que le gouvernement a décrété la régularisation de 500 000 étrangers en situation irrégulière, pour la plupart originaires du Maroc ou d'Afrique subsaharienne.
Parallèlement, le parti de Pedro Sánchez est empêtré dans plusieurs scandales de corruption. Cela pourrait donc porter préjudice à l'actuel président, alors que le parti d'extrême droite Vox se tient en embuscade en vue des prochaines élections générales, prévues en août 2027.