Cette faille géante pourrait permettre d'accuser à tort un innocent: le logiciel américain qui gère les dossiers criminels numériques présente un risque élevé de piratage
Cette faille géante pourrait permettre d'accuser à tort un innocent: le logiciel américain qui gère les dossiers criminels numériques présente un risque élevé de piratage
Publié aujourd'hui à 12h31
Lire dans l'appUne faille géante a été décelée par des chercheurs dans le logiciel gérant les dossiers criminels numériques. En cas de piratage, il est ainsi possible de faire accuser à tort des innocents.
Trente ans de dossiers criminels américains peuvent être piratés, et les données ADN liées être modifiées, révèle le Wall Street Journal, qui a eu accès aux découvertes de chercheurs composés de médecins légistes et d'informaticiens.
Au cœur de cette faille béante, une entreprise : Thermo Fisher Scientific, qui a confirmé vendredi le problème en publiant une mise en garde contre "un risque de modification presque indétectable" de certains dossiers dans le cas où "les contrôles en laboratoires sont contournés".
Un correctif dans les prochaines semaines
Pour découvrir cette affaire, les chercheurs ont utilisé un code informatique généré par l'IA, ce qui leur a permis de modifier les données produites à partir de scans informatisées de preuves physiques d'ADN, et ce, sans laisser aucune trace au sein des dossiers altérés. La vulnérabilité pourrait être présente dans des fichiers remontant jusqu'en 1995, et les progrès technologiques permettent aujourd'hui d'aller beaucoup plus loin dans la falsification, comme dans la modification.
"Ce que nous avons, ce sont des fichiers de données qui sont particulièrement sensibles au sein de la science judiciaire auxquels il manque un marquage d'inviolabilité du même niveau que pour les preuves physiques," explique Laura Gaydosh Combs, scientifique et professeure à l'université de New Haven.
Cette faille, qui a été signalée en mai 2026 à Thermo Fisher Scientific, doit faire l'objet d'un correctif dans les prochaines semaines. L'entreprise a également précisé qu'aucune exploitation connue n'avait été recensée à sa connaissance.
"Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement américain et l'agence de cybersécurité et des infrastructures informatiques depuis que le problème a été soulevé", précise-t-elle dans une déclaration transmise au Wall Street Journal.
La science judiciaire à la peine aux États-Unis
Pour réussir à modifier les données d'un fichier criminel, un pirate doit pouvoir accéder aux serveurs d'un laboratoire à distance ou en local, mais aussi d'un savoir-faire suffisant pour corrompre les tests ADN qui s'y trouvent. Néanmoins, cela pourrait permettre de faire accuser un innocent et de transformer une affaire en vaste fiasco judiciaire.
Mère de toutes les preuves, l'ADN physique est depuis longtemps assisté du numérique pour mieux la conserver. Mais avec les progrès de l'intelligence artificielle, il est possible de modifier les données de cette macromolécule biologique, comme l'a démontré Nathan Adams, ingénieur système chez Forensic Bioinformatics, qui travaille sur le sujet depuis le début de l'année.
En moins d'une heure, il a pu modifier des données ADN grâce à Claude, le chatbot d'Anthropic, et pour certains fichiers sécurisés par un niveau de chiffrement plus élevé, il explique au Wall Street Journal avoir réussi à la trouver sur le web. Une expérimentation réussie lui a ainsi permis de combiner deux profils ADN individuels, sans que le logiciel d'analyse utilisé par de nombreux laboratoires ne s'en aperçoive.
Reste à voir si cette affaire ne va pas bousculer l'ensemble du processus judiciaire, surtout si l'ADN est la seule preuve exploitable. Et dans "un système où la vie est la liberté sont en jeu", comme le signale Sarah Chu, directrice des sujets politiques au Perlmutter Center for Legal Justice, il n'y a pas droit à l'erreur. Selon elle, c'est l'absence d'un régulateur centralisant l'ensemble de la science judiciaire qui pose problème. Sans lui, les plus de 200 laboratoires répartis aux États-Unis peuvent faire ce que bon leur semble.