Cette coupe du gouvernement pour le rafraîchissement des écoles tombe (très) mal
Politique 03/09/2026 12:45 Actualisé le 03/09/2026 14:33
Selon « Politico », Matignon a réduit la voilure d’un plan d’adaptation du bâti scolaire. À rebours de la mobilisation affichée pendant les vagues de canicules.

BASTIEN OHIER / Hans Lucas via AFP
Sebastien Lecornu, ici le 27 juillet 2026.
Au cœur des vagues de canicules, Sébastien Lecornu a tout fait pour se montrer à la tache, entre réunions de crises et déblocages d’importantes enveloppes budgétaires. Le bâti scolaire, particulièrement exposé dans ces périodes d’examens, devait faire partie des bénéficiaires prioritaires des investissements pour l’adaptation au réchauffement climatique. Mais les fonds prévus ont été considérablement rabotés, révèle ce jeudi 3 septembre Politico.
Pas moins de 50 millions d’euros avaient initialement été annoncés pour « l’adaptation climatique de 12 500 écoles », selon le communiqué de presse diffusée le 26 juin par la Banque des Territoires, la Banque postale et l’Actee (Action des Collectivités Territoriales pour l’Efficacité Énergétique). Méconnu du grand public, ce dernier organisme a pour objectif de « mettre à disposition et financer des outils d’aide à la décision » des collectivités dans le cadre de la rénovation énergétique des bâtiments publics. Il travaille en lien étroit avec Matignon qui a notamment la main sur ses financements via le programme CEE (pour Certificats d’Économie d’Énergie.
Concrètement, les 50 millions d’euros devaient permettre de réaliser des « diagnostics » du bâti scolaire, en deux temps. D’abord 10 millions, pour un premier volet « d’urgence » censé profiter aux 2500 écoles « en première ligne » expliquait le ministre de l’Économie Roland Lescure sur France Culture à l’époque. Il promettait ensuite de « très vite » élargir le dispositif à « 10 000 écoles » grâce aux 40 millions d’euros restants. C’est donc cette ambition qui a disparu des radars.
« La canicule passée », le gouvernement accusé de reculer
Selon Politico, décision a été prise par Matignon « durant l’été » de réduire la voilure sur les financements apportés par Actee et de restreindre le diagnostic aux 2500 écoles les plus vulnérables. Après de nos confrères, Actee confirme « un recadrage » du projet, sans s’étendre sur son montant exact et ses répercussions. Le compte-rendu du Conseil des ministres du 31 août le confirme. Le gouvernement y évoque la mise en place d’« un plan accéléré d’adaptation pour 2 500 écoles vulnérables identifiées pendant l’été », mais ne mentionne pas les 10 000 autres citées trois mois plus tôt par Roland Lescure. « Le plan de gestion des vagues de chaleur sera renforcé d’ici au printemps prochain », est-il seulement précisé.
Sous couvert d’anonymat, un maire sollicité par Politico évoque le choix du gouvernement de prioriser son plan d’électrification dans la lutte contre le réchauffement climatique au détriment d’autres mesures d’adaptation. Au cours de l’été, le chef du gouvernement avait reconnu une forme d’impuissance en la matière, renvoyant à ses successeurs la tâche de mener cette « politique de long terme ». Il avait cependant chargé sa ministre de la Transition écologique « d’accélérer » la mise en oeuvre du Plan national d’adaptation au changement climatique. Ce jeudi, Monique Barbut a promis un rendu des conclusions « d’ici la fin du mois de septembre » avec un plan de financement sur 5 ans. « Nous n’aurons pas rénové toutes les écoles d’ici l’été prochain » mais « nous pouvons a minima y faire installer des volets et des brasseurs d’air », a-t-elle ajouté, reconnaissant « un certain nombre de situations auxquelles nous devrons porter plus d’attention ».
En pleine rentrée scolaire, l’annonce de cette coupe a immédiatement été interprétée par l’opposition comme une preuve supplémentaire du désintéressement du gouvernement sur les enjeux climatiques. « Qui l’aurait cru ? La canicule passée, le gouvernement coupe 40 millions € du plan d’urgence annoncé pour rafraîchir des milliers d’écoles (division par 5) ! », égratigne par exemple le socialiste Olivier Faure, candidat à la présidentielle. Le député insoumis Hadrien Clouet accuse lui le gouvernement de « se préparer à étouffer les enfants ».
Au cours de l’été, plusieurs experts du climat sollicités par nos soins alertaient sur la difficulté à imposer le climat dans les débats politiques en dehors d’épisodes extrêmes. Ironie (ou non) de l’histoire, Météo France anticipe une nouvelle vague de chaleur dès cette semaine. Sollicités par Politico et par Le HuffPost, les services du Premier ministre n’ont pas pour l’heure donné suite.