Cet été, je lis... Les Trois mousquetaires : « D’Artagnan entre en scène »
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Jeune Gascon en route vers Paris, d’Artagnan rêve de devenir mousquetaire. Mais une moquerie sur son cheval suffit à déclencher sa première aventure.- À propos de l’auteur Né en 1802 à Villers-Cotterêts, dans l’actuel département de l’Aisne, Alexandre Dumas est l’un des écrivains français les plus lus dans le monde. Dramaturge et romancier, il publie en 1844 Les Trois Mousquetaires, chef-d’œuvre du roman historique et d’aventures.
- À propos de l’œuvre Inspiré des Mémoires de M. d’Artagnan de Gatien de Courtilz de Sandras, le roman suit les aventures d’un jeune Gascon venu à Paris pour devenir mousquetaire du roi. En mêlant personnages historiques et fiction, Dumas compose un récit rythmé où se succèdent duels, complots, voyages et rebondissements, dans une écriture vive héritée du roman-feuilleton.
- À propos du contexte littéraire Cette scène constitue la véritable entrée en action du héros. Susceptible, fougueux et prompt à dégainer son épée, d’Artagnan incarne l’idéal du jeune aventurier romantique, dont les qualités sont encore tempérées par l’inexpérience. L’inconnu qu’il provoque n’est autre que le comte de Rochefort, agent du cardinal de Richelieu. En dissimulant son identité, Alexandre Dumas installe dès les premières pages un mystère qui nourrira l’intrigue tout au long du roman. Les rivalités personnelles s’entremêlent ainsi aux grands enjeux politiques du règne de Louis XIII.
Or, comme au moment où d’Artagnan fixait son regard sur le gentilhomme au pourpoint violet, le gentilhomme faisait à l’endroit du bidet béarnais une de ses plus savantes et de ses plus profondes démonstrations, ses deux auditeurs éclatèrent de rire, et lui-même laissa visiblement, contre son habitude, errer, si l’on peut parler ainsi, un pâle sourire sur son visage. Cette fois, il n’y avait plus de doute : d’Artagnan était réellement insulté. Aussi, plein de cette conviction, enfonça-t-il son béret sur ses yeux, et, tâchant de copier quelques-uns des airs de cour qu’il avait surpris en Gascogne chez des seigneurs en voyage, il s’avança une main sur la garde de son épée et l’autre appuyée sur la hanche. Malheureusement, au fur et à mesure qu’il avançait, la colère l’aveuglait de plus en plus, et au lieu du discours digne et hautain qu’il avait préparé pour formuler sa provocation, il ne trouva plus au bout de sa langue qu’une personnalité grossière qu’il accompagna d’un geste furieux.
— Eh ! monsieur, s’écria-t-il, monsieur, qui vous cachez derrière ce volet ; oui, vous ! dites-moi donc un peu de quoi vous riez, et nous rirons ensemble.
Le gentilhomme amena lentement les yeux de la monture au cavalier, comme s’il lui eût fallu un certain temps pour comprendre que c’était à lui que s’adressaient de si étranges paroles ; puis, lorsqu’il ne put plus conserver aucun doute, ses sourcils se froncèrent, et, après une longue pause, avec un accent d’ironie et d’insolence impossible à décrire, il répondit à d’Artagnan :
— Je ne vous parle pas, monsieur !
— Mais je vous parle, moi ! s’écria le jeune homme exaspéré de ce mélange d’insolence et de bonnes manières, de convenance et de dédain.
L’inconnu le regarda encore un instant avec son léger sourire, et se retirant de la fenêtre, sortit lentement de l’hôtellerie pour venir, à deux pas de d’Artagnan, se planter en face du cheval. Sa contenance tranquille et sa physionomie railleuse avaient redoublé l’hilarité de ceux avec lesquels il causait, et qui, eux, étaient restés à la fenêtre.
D’Artagnan, le voyant à sa portée, tira son épée d’un pied hors du fourreau.
— Ce cheval est décidément ou plutôt a été dans sa jeunesse bouton d’or, reprit l’inconnu, continuant les investigations commencées et s’adressant à ses auditeurs de la fenêtre, sans paraître aucunement remarquer l’exaspération de d’Artagnan. C’est une couleur fort connue en botanique, mais jusqu’à présent fort rare chez les chevaux.
— Tel rit du cheval qui n’oserait pas rire du maître ! s’écria l’émule de Tréville, furieux.
— Je ne ris pas souvent, monsieur, reprit l’inconnu, ainsi que vous pouvez le voir vous-même à l’air de mon visage ; mais je tiens cependant à conserver le privilége de rire quand il me plaît.
— Et moi, s’écria d’Artagnan, je ne veux pas qu’on rie quand il me déplaît, et surtout quand c’est à mes dépens qu’on rit.
— En vérité, monsieur ? continua l’inconnu, plus calme que jamais. Eh bien ! c’est parfaitement juste ; et, tournant sur ses talons, il s’apprêta à rentrer dans l’hôtellerie par la grande porte, sous laquelle en arrivant d’Artagnan avait remarqué un cheval tout sellé.
Mais d’Artagnan n’était pas de caractère à lâcher ainsi un homme qui avait eu l’insolence de se moquer de lui. Il tira son épée entièrement du fourreau et se mit à sa poursuite en criant :
— Tournez, tournez donc, monsieur le railleur, que je ne vous frappe point par derrière !
— Me frapper, moi ! dit l’autre en pivotant sur ses talons et en regardant le jeune homme avec autant d’étonnement que de mépris. Allons donc, mon cher, vous êtes fou ! Puis, à demi-voix, et comme s’il se fût parlé à lui-même : quelle trouvaille pour Sa Majesté, qui cherche des braves de tous côtés pour recruter ses mousquetaires ! Il est fâcheux, continua-t-il, qu’elle ne connaisse pas celui-là.
Il achevait à peine, que d’Artagnan lui allongea un si furieux coup de pointe, que, s’il n’eût fait vivement un bond en arrière, il est probable qu’il eût plaisanté pour la dernière fois. L’inconnu vit alors que la chose passait la raillerie, tira son épée, salua son adversaire et se mit gravement en garde. Mais au même moment ses deux auditeurs, accompagnés de l’hôte, tombèrent sur d’Artagnan à grands coups de bâtons, de pelles et de pincettes.
Le saviez-vous ?
Villers-Cotterêts abrite depuis 2023 la Cité internationale de la langue française, installée dans le château de François Ier. C’est là qu’en 1539 fut signée l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui imposa le français dans les actes officiels du royaume, à la place du latin. Ouverte à tous, la Cité célèbre la langue française dans toute sa diversité, en France comme dans la francophonie, à travers expositions, spectacles, ateliers et rencontres.
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