Cet ancien Carrefour Market abandonné renaît sans démolition : une ...
Choisir une friche et lui donner un second souffle pour faire de lui un tiers-lieu pédagogique est un projet loin d'être anodin. Il repose sur un existant ordinaire avec pour ambition de créer avec « ce qui existe déjà ».
Un projet architectural… sans bâtir
Les travaux architecturaux paraissent simples, mais reposent pourtant sur un important travail de revalorisation et d'intelligibilité. L’agence Béal & Blanckaert a « simplement » transformé l'existant, sans l'agrandir, associant son savoir-faire aux travaux de renaturation déjà engagés par Nœux Environnement. Dès 2022, l'association présentait déjà le projet, nommé « La Réserve, Écolieu Vivant de l'Artois », comme un « changement de paradigme » : aire d'un supermarché, symbole de la consommation de masse, un lieu tourné vers le circuit court et l'alimentation durable pour tous. Le site réunit aujourd'hui des bureaux, un espace de formation et une activité maraîchère qui propose ses légumes à la vente.
Quand une friche commerciale se mue un tiers-lieu pédagogique. © Sophie Smorowski
Le lieu, qui a ouvert ses portes le 12 septembre 2025, occupe environ 1 500 mètres carrés, comme indiqué par l'agence Béal & Blanckaert. Il montre qu'il est possible de bousculer les codes de l'architecture en valorisant, en déconstruisant avec soin et en réhabilitant dans une logique de réemploi et d'économie circulaire.
L’agence Béal & Blanckaert et l'association Nœux Environnement ont entrepris de transformer l'existant, sans destruction. © Sophie Smorowski
Ce supermarché abandonné est devenu un laboratoire expérimental plus écologique, plus pragmatique et plus adapté aux besoins des habitants. Il sert aussi d'exemple, reproductible en périphérie des villes, où les friches commerciales peuvent retrouver une fonction et contribuer à faire vivre les territoires plutôt que de les laisser s'éteindre à petit feu...
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Réemployer un maximum ou utiliser le biosourcé
Pour l'association comme pour les architectes Antoine Béal et Ludovic Blanckaert, c'est la reconstruction qui a primé et non la démolition de l'ancien supermarché. Les matériaux ont été triés, récupérés et stockés dans une ressourcerie sur site jusqu'à la fin du chantier, car, toutes les solutions de valorisation des matériaux devaient être envisagées. Pour Pierre-Alain Bétrémieux, le pari a été tenu : ce qui a été déconstruit a connu une deuxième vie, même le bitume du parking.
Le bitume du parking a été éventré à certains endroits, laissant paraître des plantations en « sol contraint ». © Sophie Smorowski
Les anciens faux plafonds ont été réemployés en bardage et une partie de la laine de verre a trouvé une nouvelle fonction dans le dispositif d’isolation, notamment grâce à ses propriétés de résistance au feu. Et le recyclage ne s'arrête pas aux murs. À certains endroits, le parking a été cassé à coup de marteau piqueur, des espaces qui servent désormais de terrain d'essai pour des « plantations en sol contraint ». Les armoires réfrigérées de l'ancien Carrefour Market sont mises à disposition des maraîchers qui proposent leur production sur le site.
Derrière cette petite fenêtre apparaissent les matériaux biosourcés utilisés pour isoler les patios. © Sophie Smorowski
Et lorsque la récupération et le réemploi ne pouvaient s'envisager, les équipes se sont tournées vers le biosourcé. Chaque patios de la structure possède sa propre « identité », habillés et isolés avec de la paille et de la terre crue, du chanvre, ou encore de la « métisse » - textiles déchiquetés par Emmaüs -. Ces différents matériaux sont visibles à travers de petites fenêtres, transformant le bâtiment en un outil pédagogique.
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La « campagne » valorisée dans le projet
Le Prix d'Architectures 10+1, organisé depuis 2019 par la revue D'A, revendique une approche différente des récompenses architecturales traditionnelles. Le jury se rend sur le terrain et visite les réalisations sélectionnées. Il recherche avant tout leur caractère exemplaire et reproductible, ainsi qu'une réponse à certains défis de notre temps et de notre société. Et si le projet met en lumière un territoire rural trop longtemps laissé pour compte avec inventivité et pragmatisme, il se montre d'autant plus sensible.
À l'extérieur, quelques cultures et la nature reprend ses droits... © Sophie Smorowski
Le saviez-vous ?
Les extérieurs de « La Réserve, Écolieu Vivant de l'Artois » font partie intégrante du projet : quelques 7 000 mètres carrés ont été repensés, incluant notamment de nouveaux espaces de maraîchage. Signé du paysagiste Frédéric Delesalle, cet aménagement paysager relie l’intérieur à l’extérieur, sans rupture.
Pour Emmanuel Caille, rédacteur en chef de D'A, ces territoires offrent moins de moyens, mais davantage de souplesse que les grands projets architecturaux des métropoles. Ils attirent aussi de jeunes architectes qui y réinventent le métier, à l'instar de Simon Teyssou, lauréat en 2020, puis Grand Prix de l'urbanisme trois ans plus tard.
L'intérieur achevé de l'ancien Carrefour Market de Nœux-les-Mines. © Sophie Smorowski
Alors quand D'A parle de « bonne architecture », il suffit de se pencher sur la conception de « La Réserve », une architecture qui a su bousculer les lignes avec ce qui existe déjà et transformer une friche commerciale en un lieu empreint de poésie...