Pénurie de logements à Genève : l'attribution des PPE à prix contrôlés fait grincer des dents

Publié18. octobre 2026, 18:33

Genève«Certains propriétaires réservent un logement à leurs proches»

Dans le canton, réussir à acheter un appartement en PPE dont le prix est contrôlé par l'État est très ardu. Le ministre chargé du Territoire avance ses solutions.

Jérôme Faas

La manière opaque dont sont attribués les appartements en PPE dans les zones de développement pose des questions d'équité.

La manière opaque dont sont attribués les appartements en PPE dans les zones de développement pose des questions d'équité.20min/jef

«Stop au copinage!» En août, le parti Libertés et justice sociale (LJS) choisissait ce titre choc pour son initiative (lire ci-dessous) visant à réguler l'attribution des logements en PPE en zone de développement, là où l'État contrôle les prix. Son constat: ces attributions sont une véritable boîte noire, et mieux vaut disposer d'un bon réseau pour y accéder. Autrement dit, les classes favorisées seraient... favorisées dans ce secteur aussi.

Quatre-pièces entre 700'000 et 800'000 francs

C'est embêtant, car l'idée des PPE à prix contrôlés consiste à permettre à la classe moyenne d'accéder à la propriété. La commercialisation d'un immeuble de 48 appartements à Châtelaine en 2021 l'illustre: les 3-pièces coûtaient entre 600'000 et 700'000 francs, les 4-pièces entre 700'000 et 800'000, et les 5-pièces entre 900'000 et 1 million. Des prix praticables pour, disons, un couple d'enseignants ou de policiers.

Dans cet immeuble, un appartement a été acquis par le mandataire du maître d'ouvrage, un autre par l'un de ses associés dans d'autres sociétés qui ont aussi pris part à la construction, et un troisième à un employé de la première entreprise. Aucun autre lien évident n'a été trouvé.

Outre le fait que la chose est parfaitement légale, le mandataire du maître d'ouvrage, dont la société a construit «plus de 1300 logements à Genève», dit être «entièrement d'accord» avec les Genevois exaspérés par ce que LJS nomme copinage. Il assure n'avoir jamais placé qui que ce soit, laissant les prétendants passer par les voies normales. Lui et son associé se sont réservé un logement, mais rien ne les en empêchait. Quant à son employé, il assure qu'il ignorait qu'il avait postulé et ne l'a pas aidé. «Je ne peux pas me permettre ce genre de choses.»

«Le logement est un bien de première nécessité. Et là, il y a pénurie. La question de la justice et de l'équité dans l'attribution se pose. Certaines personnes se sentent exclues»

Nicolas Walder, conseiller d'État chargé du Territoire

Le conseiller d'État chargé du Territoire, Nicolas Walder, observe que «tant pour les PPE que pour les loyers libres, les propriétaires décident qui ils placent dans les logements. Certains font des tirages au sort, d'autres s'appuient sur des listes d'attente. Certains en réservent à leurs proches. En temps normal, on peut vivre avec. Mais le logement est un bien de première nécessité. Et là, il y a pénurie. La question de la justice et de l'équité dans l'attribution se pose. Certaines personnes se sentent exclues.»

Rendre accessible la propriété à la classe moyenne

L'élu observe que «le but des PPE en zone de développement, c'est de permettre à la classe moyenne d'accéder à la propriété. Avec ce dispositif, une personne paie jusqu'à 40% de moins qu'en zone ordinaire. Elle acquiert ainsi un coussin financier, sachant que le prix n'est contrôlé que durant dix ans (ndlr: et qu'elle peut donc alors réaliser, si elle le désire, une confortable plus-value). Avec la Loi Longchamp, cela fonctionne un peu mieux. Mais rien n'empêche un promoteur de distribuer les biens autour de lui.»

Nicolas Walder, conseiller d'État Vert chargé du Territoire.

Nicolas Walder, conseiller d'État Vert chargé du Territoire.TDG - S. Iuncker-Gomez

Multiplier les zones à prix contrôlés...

Pour le Vert, la solution consiste à augmenter les déclassements en zone de développement. «De la sorte, on aura plus de logements abordables, y compris à l'achat. Aujourd'hui, on doit répondre aux besoins des Genevois. La zone ordinaire (ndlr: où aucun contrôle des prix ne s'applique) est inatteignable pour beaucoup d'habitants. Je souhaite construire plus de locatifs libres, de PPE et de LUP (logements d'utilité publique) en zone de développement.»

... et déclasser une partie de la zone villa

Il compte ainsi sur les gros projets en cours, tels que le PAV ou les Cherpines. «Et puis, il y a aussi le déclassement en zone de développement d'une partie de la zone villa. C'est pourquoi le Conseil d'État s'oppose au déclassement voulu en zone ordinaire à Seymaz-Sud - un projet qui, s'il était accepté par la population, reviendrait à gaspiller des terres pour de la promotion immobilière qui ne répond pas aux besoins des Genevois.»

Une recette pour limiter le copinage

Pour limiter le «copinage», LJS souhaite que 20% des PPE mises sur le marché en zone de développement soient distribuées par l'État à des candidats inscrits sur une liste gérée par lui, et départagés par des critères objectifs, selon une méthode à points. Le reste resterait à l'entière discrétion des propriétaires. Le texte devra d'abord franchir l'obstacle constitutionnel: est-il acceptable, pour garantir l'accès à la propriété de la classe moyenne, de rogner la liberté économique?

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Jérôme Faas

Jérôme Faas (jef) est journaliste et responsable adjoint de la rubrique Régions de 20 Minutes, titre qu'il a rejoint en 2012.