"Ce serait la mort de la banane" : la filière des bananes aux Antilles peine à tenir tête à la concurrence
Publié le 08/10/2026 23:00
Mis à jour le 08/10/2026 23:03
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Article rédigé par France 2 - F. Méréo, F. Bouquillat, F. Blévis, D. Chevalier, N. Berthelot, Images drone : L. Lambert - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions
C'est le fruit le plus consommé par les Français: la banane. Mais la banane antillaise ne représente plus qu’un cinquième du marché hexagonal, face notamment à la concurrence des pays d’Amérique du Sud et aux difficultés qui menacent les récoltes en Guadeloupe.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Au cœur de sa Guadeloupe natale, Célia Sinitambirivoutin, productrice de bananes, perpétue depuis sept ans la tradition familiale. Produire des bananes comme son grand-père et son père, toujours à ses côtés. Aujourd'hui, c'est le grand jour sur cette nouvelle parcelle : "Ici, ce sont des régimes qui seront prêts à être récoltés. On attend 9 mois le petit bébé qui va pouvoir être commercialisé." Six hectares de bananiers qui ne sont pas des arbres, mais des herbes géantes. Des herbes qui portent chaque année 400 000 fruits. Après la récolte éprouvante, tri et bain se font à la main.
Hector Sinitambirivoutin, producteur de bananes et père de Célia, ne cache pas son inquiétude : "On se pose des questions parfois. Moi, je me dis : 'Pourquoi elle s'est lancée là-dedans ?' Mais c'est son choix. C'est difficile, c'est un métier très difficile." En 20 ans, la Guadeloupe a perdu la moitié de ses producteurs. En cause : la hausse des prix, la sécheresse, les maladies à répétition.
Faire fructifier l'or jaune des Antilles est devenu un défi. Ce matin, la productrice livre 5 000 de ses fruits dans un centre de conditionnement. On y recherche "des fruits homogènes, beaux, verts, pas de grattages, pas de meurtrissures, tout est nickel." Tout, sauf sa rentabilité : chaque banane lui coûte 27 centimes à produire. Mais elle ne lui est achetée que 14 centimes. Elle reçoit 9 centimes d'aide publique. Il lui en manque donc 4 pour entrer dans ses frais.
Pour survivre, la productrice est obligée de se diversifier et de rogner son salaire. Les subventions européennes sont gelées depuis 2007, mais selon les informations de France Télévisions, elles pourraient augmenter l'an prochain. Sans elles : pas de banane en rayon. "Sans les aides, les Antilles ne pourraient pas vendre leurs bananes sur le marché européen. Aujourd'hui, un kilo de bananes en France est vendu aux alentours de 2 euros. Si on devait vendre notre propre banane sans aide, elle devrait être aux alentours de 3 euros", résume Philippe Aliane, directeur général du groupement Les Producteurs de Guadeloupe (LPG), "Ce serait la mort de la banane."
Tous les samedis, 1 500 tonnes partent du port de Pointe-à-Pitre. Neuf jours de traversée avant de rejoindre l'Hexagone. On la retrouve en région parisienne, dans une mûrisserie. Lieu insolite où la banane va donc mûrir pendant quatre jours. 16°C, la température idéale pour devenir progressivement jaune et rejoindre nos supermarchés où elle devra jouer des coudes sur les étals. La banane antillaise ne représente plus que 21 % du marché hexagonal, loin derrière la sud-américaine, 39 %, et l'africaine, 40 %. Des concurrentes redoutables, car vendues jusqu'à deux fois moins chères. Une différence de prix justifiée par le coût de la main-d'œuvre et nos exigences environnementales.
Pierre Monteux, directeur de l’Union des groupements des producteurs de bananes (UGPBAN), se désole : "Nos bananes sont, on peut le dire, les plus propres au monde. Chez nous, on est à quelques kilos, notamment de fongicides, pour lutter contre quelques maladies fongiques, alors que nos compétiteurs sont sur des dizaines de kilos par an et par hectare." Moins de pesticides sur une île marquée par le scandale du chlordécone, substance ultra-toxique répandue jusqu'en 1993. Depuis, les produits phytosanitaires ont été drastiquement réduits. Mais une nouvelle menace guette…
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité
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