Ce que nous apprend encore Winnie l’ourson, héros sans message ni morale

Littérature.

Les aventures de l’ours en peluche, publiées pour la première fois voilà un siècle, le 14 octobre 1926, ne cherchent à diffuser aucun grand principe philosophique, constate avec tendresse la journaliste Anoosh Chakelian. Mais derrière l’absence d’enseignement évident se dissimule une sagesse précieuse.

Détail d’une illustration d’E. H. Shepard de “Winnie the Pooh”, d’A. A. Milne. PHOTO CBW/ALAMY

Dans le parc de Beckett House, manoir de l’époque géorgienne du village de Shrivenham [à l’ouest de Londres], se trouve un petit pont de bois. D’une courbure délicate, ses balustrades en croisillons, peintes en blanc, se reflètent dans le lac en contrebas comme un immense sourire à pleines dents. C’est le Cradle Bridge.

Mais pour moi, il reste à jamais le pont de Winnie l’ourson. C’est là que ma grand-mère nous emmenait avec ma sœur lors des vacances scolaires pour ramasser des pommes de pin et des bâtons. Nous les jetions d’un côté du pont pour les voir ressortir de l’autre côté. Un jeu inventé par Winnie, le petit ours en peluche très imaginatif à l’origine de ce très calme sport national, baptisé “Pooh Stick”. (“Ça met toujours beaucoup plus de temps qu’on le croit”, dit Coco Lapin)

Palette d’émotions réprimées

Tous les enfants qui, comme moi, ont grandi avec les livres d’Alan Alexander Milne [souvent abrégé en A. A. Milne], ont forcément leur pont, leur Bois de cent arpents, et leur maison de Winnie. La nôtre était faite d’un assemblage de branches mortes, adossées à un chêne vénérable de Richmond Park, dans le sud-ouest de Londres. La même que l’abri conçu par Porcinet et Winnie pour l’âne Bourriquet, qui finit par être recouvert de neige. Et s’il pleuvait, on pouvait toujo

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Source de l’article

The New Statesman (Londres)

Depuis sa création, en 1913, cette revue politique, réputée aussi bien pour le sérieux de ses analyses que pour la férocité de ses commentaires, est le forum de la gauche indépendante. Le titre est le journal de référence de l’intelligentsia de gauche, mais ses colonnes sont ouvertes à un large éventail d’opinions. Soutien des travaillistes, le magazine s’était, chose rare, distancé du Labour lorsque Jeremy Corbyn, issu de l’aile gauche du parti, en assumait la direction.

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