Faut-il s'attendre à un "retour de bâton" américain après le rapprochement de l'Europe avec le Canada ?

Un "membre associé" de l'Union européenne. Le concept n'existe pas encore vraiment, personne ne sait exactement ce qu'il recouvrira, mais Ursula von der Leyen a ouvert une porte mercredi en proposant au Canada d'être le premier à bénéficier de ce statut inédit. Un projet que Mark Carney, le premier ministre canadien, a accueilli favorablement devant le Parlement européen.

À ce stade, difficile donc de savoir jusqu'où ira ce rapprochement. Mais derrière ce statut encore très flou, les sujets de discussion, eux, sont déjà beaucoup plus concrets : matières premières, énergie, défense, numérique, IA… Et sur le papier, le Canada a de quoi séduire l'Europe, d'après Agoria, la fédération patronale de l'industrie tech. "Avoir une intégration économique, technologique, mais peut-être aussi plus politique, peut nous amener à avoir une force que nous n'avons pas si on reste tout seul. Ni pour le Canada, ni pour nous", estime Kevin Verbelen, expert en commerce international et sécurité économique chez Agoria. Mais concrètement, que pourrions-nous y gagner ? Éléments de réponses.

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Il (Le Canada) ne pourrait 'remplacer la Chine', mais il y a une opportunité pour diminuer cette dépendance en ce qui concerne les ressources."

Ce que le Canada a sous le capot

Il y a d'abord ce que le Canada a sous les pieds. Beaucoup de ressources naturelles et plusieurs matières premières utiles pour l'industrie européenne. "C'est un pays avec beaucoup de matières premières. Il ne pourrait 'remplacer la Chine', mais il y a une opportunité pour diminuer cette dépendance en ce qui concerne les ressources." Et l'expert ne pense pas seulement au lithium, au nickel ou au cobalt. "Il faut aussi penser à l'uranium. Si on veut devenir plus électrique, on en a besoin. C'est difficile dans certaines régions d'Afrique, c'est impossible avec la Russie. Donc il faut commencer à regarder aussi dans cette direction pour avoir accès à l'uranium."

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Mais pour Agoria, l'intérêt du Canada va bien au-delà des matières premières. "Il y a une forte économie numérique. Donc ça nous permet de travailler avec un pays qui a beaucoup d'argent également et de voir comment on peut réduire la dépendance numérique que nous avons vis-à-vis des Américains." À noter que le raisonnement fonctionne aussi dans l'autre sens. "Pour le Canada, c'est la même chose. Nous avons une capacité de production, nous avons toujours une industrie qui a beaucoup de potentiel. Pour eux aussi, c'est une manière de diversifier et de réduire les dépendances qu'ils considèrent aujourd'hui comme problématiques."

Une carte à jouer pour la Belgique

Dans ce dossier, la Belgique ne partirait pas de zéro. Le Ceta, l'accord commercial entre l'UE et le Canada appliqué depuis 2017, a déjà fait progresser les échanges. En 2025, la Belgique était déjà le cinquième partenaire commercial européen du Canada, avec 8,1 milliards de dollars canadiens de marchandises échangées, dont 4,24 milliards d'exportations belges.

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"S'ils font cela, si j'estime qu'il s'agit d'un acte hostile, j'imposerai des droits de douane très lourds ou je cesserai tout commerce avec l'Europe."

Mais la position belge offre aussi un avantage particulier. "Nous sommes vraiment en Belgique la porte des produits canadiens vers le marché européen", estime-t-il, en mettant notamment en avant les ports, celui d'Anvers mais aussi celui de Gand, et le poids de la logistique. Mais les opportunités ne s'arrêtent pas aux marchandises.

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Agoria pointe également les technologies, les services, la santé, la cybersécurité et la défense. Pour la fédération, le futur partenariat doit donc se traduire par un meilleur accès aux marchés publics, moins de normes techniques faisant double emploi et investissements communs dans certaines chaînes de production stratégiques.

La menace américaine

Reste un éléphant dans la pièce : les États-Unis. Donald Trump a très mal accueilli le projet et menacé l'Union européenne. "Je trouve cela ridicule", a déclaré le président américain aux journalistes. "S'ils font cela, si j'estime qu'il s'agit d'un acte hostile, j'imposerai des droits de douane très lourds ou je cesserai tout commerce avec l'Europe". Ce à quoi Mark Carney a répondu que le Canada déciderait lui-même des partenariats qu'il souhaite nouer.

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Devons-nous nous attendre un retour de bâton américain ? "C'est probable", reconnaît Kevin Verbelen. Mais, selon lui, raisonner uniquement en fonction de la réaction immédiate de Washington ferait perdre de vue l'objectif. "Dans une stratégie de sécurité économique, on ne parle pas d'ici deux mois ni de trois ans, on parle de dix, vingt ans."

Le rapprochement avec le Canada doit donc être lu comme une diversification plutôt que comme un remplacement. L'Europe restera dépendante de partenaires extérieurs. La question est de savoir lesquels, et surtout de ne plus se retrouver sans solution lorsque l'un d'eux ferme le robinet.

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