La folie du Haag, le manque d'adaptation aux chaleurs, les temps gelés avant Montmartre... ce qu'on a aimé et ce qu'on n'a pas aimé du Tour de France 2026
On a aimé
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La folie du Haag
Il fallait voir cette tribune à ciel ouvert, colorée à souhait, des gens partout, bouillants, pour accueillir la folie du Tour. Le col du Haag, lors de la 14e étape entre Mulhouse et Le Markstein, a d'ores et déjà gagné ses titres de noblesse sur le Tour. Les coureurs ont été portés par une vague humaine sur une route forestière et cyclable, bitumée depuis juin 2023 seulement.
Il y avait du bruit sur toute la montée, un étroit couloir où chaque mètre de route s'ouvrait au dernier moment à mesure qu'ils arrivaient. Ce spectacle visuel a été la grande révélation du Tour dans les Vosges. Il y avait même ce fameux virage du Hibou, sa route qui se cabrait sur des pentes à 16 %, et une montée en puissance de 414 m d'altitude à 1 233 m. C'était la première fois que le col du Haag était au programme, et vu le résultat, on a hâte d'y revenir.
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Le sanglier de Fouesnant
Le Tour ressemble depuis toujours à un bestiaire et cette édition, entre Nils Politt la girafe et Florian Vermeersch la tortue, n'a pas échappé à la règle. Mais l'animal le plus en vue sur les routes fut le sanglier de Fouesnant, sous les traits de Baptiste Veistroffer. Le Français d'Intermarché-Lotto (26 ans), arrivé au haut niveau sur le tard, a été une brise de liberté au coeur de la canicule.
Le Breton roule comme il respire, sans trop se poser de questions, souvent seul comme pendant ses virées en vacances et juste pour le plaisir de pousser le plus loin possible. En dehors du vélo, il a été un personnage comme le fut Kévin Vauquelin l'an passé, populaire, amusant, souriant, plein de vie, un ambassadeur de la Grande Boucle, heureux de vivre sur un vélo.

Baptiste Veistroffer sur la 12e étape du Tour de France. (B. Papon/L'Équipe)
La réaction de Pogacar et de Vingegaard aux contrôles nocturnes
Les deux premiers du Tour contrôlés en pleine nuit, après validation d'un juge : il n'en fallait pas plus pour réentendre le refrain du dopage, qui ne s'éteint de toute façon jamais. Jonas Vingegaard (à 2 heures) et Tadej Pogacar (à 5 heures) ont été surpris, c'était le but, mais ils ont été très classes, ainsi que leurs équipes, assurant qu'il était normal de se plier à cela - « J'en ai tellement, c'est comme aller au supermarché », a dit le Slovène dimanche - pour le bien du cyclisme.
Tout en posant des questions, a posteriori. Pourquoi seulement eux et pas le 3e, le 4e, etc. ? Pourquoi pas à la même heure ? Indispensable, la lutte contre le dopage gagnerait encore en puissance si elle ne laissait pas de place au débat. Et si elle était plus transparente, en publiant les résultats des tests, même négatifs.
Les derniers résistants
Remco Evenepoel, Richard Carapaz, Mads Pedersen et Mathieu Van der Poel ne rivaliseront pas ou plus avec Pogacar dans la bataille du général. Mais pour le reste, leur non-renoncement face au règne du Slovène, sur quelques étapes où leurs qualités peuvent s'exprimer sur une journée, fut un ravissement. L'Équatorien pédale avec les oreilles mais, à 33 ans, il repousse encore ses limites et reste un des acteurs d'un cyclisme offensif, récompensé par deux succès.

Richard Carapaz a remporté la 20e étape du Tour de France, samedi. (E. Garnier/L'Équipe)
Que dire du Danois, formidable coursier, capable de se saigner dans la Croix de Fer pour rentrer sur les échappés et sauver son maillot vert ? Van der Poel et Evenepoel restent les deux plus proches de l'astre de Komenda, l'un comme l'autre sont allés chercher deux étapes, sans rien lâcher. Comme des chiens.
On n'a pas aimé
Les temps gelés à Montmartre
Vous êtes peut-être passés à côté de l'information, mais le Tour se dispute désormais sur vingt étapes. Avec une superbe classique en clôture, le dernier jour, à Montmartre. Comme en 2025, les temps ont été gelés dimanche, à l'abord des tours de la butte et de sa célèbre rue Lepic. Cela revient à offrir aux favoris du général une dernière étape sans aucun risque s'ils n'ont pas de velléités offensives à Montmartre et aux autres de pouvoir se jeter corps et âme dans une bataille certes magnifique mais un peu biaisée par ces temps gelés.
L'an dernier, la pluie avait rendu la chaussée glissante, et le risque de sécurité avait été invoqué. Cette année, le ciel était noir mais le danger semblait écarté. Geler les temps était une solution de facilité et un cadeau aux coureurs. La course était magnifique oui, mais l'esprit du Tour et ses 21 étapes un peu trop bafoués.

La rue Lepic, à Paris, lors du passage des coureurs, dimanche. (B. Papon/L'Équipe)
Une fraîcheur à trouver
Bien sûr, le Tour de France reste (pour le moment) une affaire de juillet, avec ses grandes chaleurs et ses coureurs qui cuisent au soleil. Mais cette année, la Grande Boucle a franchi un cap, avec douze premiers jours placés sous le joug d'une fournaise rarement vue, le mercure flirtant parfois avec les 40 °C. La 9e étape vers Ussel a même dû être rabotée de 30 km pour épargner les organismes. Une mesure bienvenue, mais bien esseulée face à ces conditions appelées à se répéter. À l'heure du réchauffement climatique, organisateurs et coureurs ont promis de s'asseoir autour d'une table pour trouver des solutions. Il serait grand temps.
L'étape reine, un grand numéro manqué
Sur le papier, cette étape reine (20e) entre Bourg-d'Oisans et l'Alpe d'Huez avait tout d'un festin. La Croix de Fer, le Télégraphe, le Galibier, puis la montée inédite du col de Sarenne, la carte donnait le tournis. Dans les faits, cette journée qui promettait monts et merveilles n'a jamais trouvé son étincelle. Placée la veille des Champs-Élysées, avec un classement général déjà bien verrouillé, elle est arrivée un brin trop tard.
Lessivés par douze jours de canicule et des cadences infernales, les organismes étaient à bout de souffle. Et les plus belles empoignades se sont finalement jouées ailleurs, vers Belfort ou au Markstein, sur des routes de moyenne montagne mais autrement plus animées.
Le manque de révélations
Il fallait être un champion pour gagner une étape sur ce Tour, le plus rapide de l'histoire. Mais il fallait au moins tenter, et trop d'équipes ou de coureurs ne l'ont pas fait, sous prétexte de favoriser leur sprinteur (qui allait terminer 12e ou 14e) ou de garder des cartouches pour plus tard (certains doivent avoir le chargeur encore bien rempli). À part Veistroffer, trop peu de personnages ont émergé cette année, et c'est en partie la faute des acteurs eux-mêmes.