« Ce n’est pas encore la panique », mais le spread atteint son plus haut niveau depuis 2012

Ce jeudi, les signaux sont au rouge pour l’économie française. Après l’abaissement de la prévision de croissance tricolore par l’Insee, à 0,4 % pour l’année 2026, voici que le fameux « spread » atteint des niveaux inquiétants. L’écart entre les taux d’emprunt français et allemand sur les marchés a atteint son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro en 2012. Un signe de la défiance croissante des investisseurs envers les finances publiques françaises.

À la clôture des marchés obligataires européens, le rendement des emprunts de l’État français à dix ans ressortait à près de 4,44 %, au plus haut depuis 2008 et son équivalent allemand s’établissait à presque 3,50 %, un sommet depuis 2011. L’écart entre les deux s’élève donc à environ 0,94 point de pourcentage, du jamais vu en 14 ans.

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Pas un niveau « normal »

Pour Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France, « ce n’est pas encore la panique de la crise de la dette de 2012 où l’on était monté à près de 2 points de pourcentage d’écart » entre la France et l’Allemagne. Mais ce n’est pas pour autant un niveau « normal », souligne-t-il.

Cet écart traduit une défiance spécifique envers la dette française, au-delà de la seule remontée généralisée des taux induite par la flambée des prix de l’énergie, avec un pétrole Brent à plus de 100 dollars le baril et un gaz naturel à plus de 80 euros le mégawattheure. Le choc sur les prix de l’énergie depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février se répercute sur les marchés obligataires, faisant flamber les taux d’emprunts face au risque inflationniste.

Et « quand il y a une hausse de taux généralisée, on va prêter plus fortement attention aux finances publiques et au déficit, et dans le cas de la France, cela joue en sa défaveur », estime Charlotte de Montpellier, économiste de la banque ING. À la hausse généralisée des taux s’ajoutent en effet des inquiétudes bien françaises. « Les finances publiques sont très détériorées », insiste Charlotte de Montpellier.

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L’incertitude politique pèse lourd

Mais plus important, « il n’y a pas de majorité au sein du Parlement (pour voter le budget 2027) et maintenant que l’élection présidentielle arrive, on a des probabilités assez faibles que des réformes importantes soient mises en place pour changer la trajectoire », poursuit l’économiste. Autrement dit, les investisseurs ne s’inquiètent pas seulement de l’état actuel des comptes publics mais de la capacité politique à engager les réformes nécessaires pour inverser la tendance.

Le dernier coup de chaud sur le spread date de 2024, lorsque les investisseurs avaient sanctionné la dette de la France en raison de l’éventuelle arrivée de l’extrême droite au pouvoir, après l’annonce surprise de la dissolution de l’Assemblée nationale. L’écart entre le taux de l’emprunt français à échéance 10 ans et le taux allemand avait alors atteint un record depuis 2020.

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« La possibilité d’avoir un Parlement toujours divisé à l’issue de l’élection présidentielle rend les efforts nécessaires à fournir difficiles », estime-t-elle. La question de la capacité à agir compte désormais presque autant que le niveau de dette et de déficit. Or, cette incertitude politique pourrait continuer de peser sur le coût de financement de la France : un spread plus élevé renchérit la charge de la dette et complique à son tour le redressement des finances publiques.

Le gouvernement doit intégrer la « charge de la dette » dans la préparation du budget 2027. Elle devrait atteindre 64 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2026, anticipait le ministre de l’Économie Roland Lescure fin juin - bien avant le passage du seuil des 4 % pour le taux d’emprunt à échéance 10 ans.

(Avec AFP)