Catherine Ringer, l’artiste libre qui a “inventé la chanson moderne en France” au sein des Rita Mitsouko

“Évoquer Catherine Ringer, décédée le 14 septembre, c’est voir flasher sous ses paupières une image, écrit Le Temps. Celle de cette figure désarticulée, chignon japonisant et énergie du diable, qui se démenait en roulant les ‘r’ dans le clip de Marcia Baïla.”

Comme le grand quotidien de Genève, qui a ressorti pour l’occasion un entretien précédé d’un bref hommage, une bonne partie de la presse francophone salue la chanteuse des Rita Mitsouko. Un duo qui, tout particulièrement avec ce titre de 1984 dédié à la danseuse argentine Marcia Moretto, aura “explos [é] la scène rock française”, selon Le Temps.

“Catherine Ringer et son compère et partenaire de vie Fred Chichin incarnaient alors un mélange de sensualité (Rita Renoir, vedette du Crazy Horse) et de chic parisien (Mitsouko, parfum historique de Guerlain) […] l’insolence, le kitsch et les métissages des années 1980”, résume le quotidien.

“Quelque chose qui n’avait pas de nom”

Plus qu’un tube, Marcia Baïla était et reste “un miracle, estime 24 Heures : faire danser tout un pays sur la mort, la danseuse assassinée, Moretto, emportée, déjà, par un cancer”. Et voilà qu’aujourd’hui, à son tour, “c’est le cancer de la chanson qui l’a prise sous son bras”, écrit ce journal de Lausanne qui a choisi pour titre, évidemment : “Mais c’est la mort qui t’a assassinée, Catherine Ringer”.

Avec Fred Chichin, ils ont “inventé […] quelque chose qui n’avait pas de nom”, poursuit 24 Heures. “Ni la variété, ni le rock, ni la new wave, ni la chanson, et c’était tout à la fois.”

“Au milieu, il y avait sa voix à elle. Pas une ‘belle voix’. Une voix qui mordait, roulait, riait, miaulait, cognait, devenait soudain grave puis enfantine, vulgaire puis aristocratique. […] Ainsi naquit en France la chanson moderne.”

Le titre suisse insiste sur cette modernité qu’elle a incarnée, en partant d’une scène de 1986, à la télévision, à côté du “vieux” Serge Gainsbourg. “Il apprend, ou feint d’apprendre, qu’elle a tourné des pornos. Il l’insulte. ‘Vous êtes une pute’, puis ‘vous êtes dégueulasse’. Elle ne baisse pas les yeux. Elle dit que c’était ‘l’aventure moderne’. Elle le regarde, et retourne le flingue : le dégueulasse, c’est toi, Serge, le ‘dégueulasse-type’.”

“En une minute trente, poursuit 24 Heures, une époque vient de changer. Gainsbourg en schnoque croit encore que la transgression consiste à choquer les bourgeois. Elle sait déjà que le scandale est de ne pas avoir honte de qui on est.”

Plus qu’une influence, une “permission”

“Catherine Ringer a toujours été un électron libre. Avant, pendant et après Les Rita”, insiste La Libre, côté belge. Une “artiste libre” qui “a débridé la chanson française”, abonde L’Écho, qui retrace son parcours éclectique, depuis l’enfance où se mêlaient déjà Brassens, Oum Kalthoum et Maria Callas.

Après la mort de son partenaire en 2007, elle a “appris à continuer, non pour entretenir un mausolée, mais pour rendre à leurs chansons leur mouvement”, complète Le Soir, “sans refaire les Rita ni effacer Fred Chichin”.

L’exubérance des Rita Mitsouko a pu masquer leur travail musical et leur “intelligence de studio”, note Le Soir. “Chichin construit, découpe et organise ; Ringer écrit, compose, joue des claviers, de la guitare ou de la basse. Leur musique accueille boîtes à rythmes, accordéon, cuivres et percussions sans prendre des airs de catalogue d’influences. Ce qui unit ces éléments n’est pas un genre, c’est leur goût pour la collision.”

Pour le titre de Bruxelles, “leur influence sera plus profonde que leur descendance directe. Ils démontrent qu’une chanson populaire peut être sophistiquée et bizarre sans devenir trop démonstrative […] nombre d’artistes français hériteront de cette permission. Mais au final, peu leur ressembleront véritablement.”

Et de conclure : “Catherine Ringer ne laisse aucun modèle à suivre, mais une œuvre qui rappelle que la liberté consiste à ne ressembler à personne, pas même à soi-même.”