Casquettes, lunettes, tongs... ces objets « cultes » qui nous veulen...
Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)La destination, la réservation, le choix des dates et le projet de départ suffisent-ils à faire des vacances un moment exceptionnel durant lequel il est permis à tout le monde de se transformer et d'afficher une altérité sans doute refoulée durant le reste de l’année ? Ma réponse est oui… Mais, pourquoi donc et comment cette « mythologie » à la Roland Barthes, se met-elle en place ? Et quels objets ont le pouvoir de transformer nos vacances ?
Certains objets ont le pouvoir de transformer nos vacances, mais lesquels ? - DepositPhotos.com, billiondigital Dès les premières lueurs estivales, adopter des vêtements plus légers permettant d’exposer son corps compte parmi les premiers gestes à partir desquels on commence à se prouver que l’on sera bientôt en vacances. Indispensable à des vacances réussies, la garde-robe (sorte de deuxième peau) a d’autant plus d’importance qu’elle permet de combiner diversité et standardisation. Elle permet surtout un affichage qui, d’emblée, donne des éléments sur sa personnalité, son âge, son milieu social et contribue à construire l’image que l’on veut donner de soi. Le vêtement peut également aller jusqu’au travestissement, soit une forme d’altérité pouvant aller jusqu’à l’effacement du « moi » quotidien au profit d’un « moi » différent, voire exceptionnel. Le vêtement est une porte ouverte à la transgression. Lire aussi : Les rapports au vêtement : qui sont vos clients ? Ces objets qui racontent une histoire
Avec deux attitudes possibles : soit on choisit tous les ans des nouveautés permettant de se construire une nouvelle personnalité. On se veut neufs donc on fait avec du neuf. Soit, on ressort les accessoires des années précédentes afin d’endosser un vêtement habituel à partir duquel on se sent bel et bien en vacances ! Mais, notez que ce choix se fait en fonction de l’histoire des objets : leur histoire et la vôtre. Exemple : la casquette choisie est celle que l’on a acquise à Orlando, deux ans plus tôt ! Le sac est celui que votre fille vous a offert. La robe est celle que vous mettez systématiquement pour prendre l’avion… On part donc en vacances avec la mémoire d’autres vacances et les émotions qui vont avec. Ce qui constitue un enrichissement affectif supplémentaire pour la plupart d’entre nous. Un enrichissement sans lequel certains auraient l’impression de rater leurs vacances ! Lire aussi : Valises : de la fonctionnalité à la durabilité, une petite histoire du tourisme Les chaussures assument plus que jamais une fonction utilitaire et socialeOutre les accessoires précédents, les chaussures surtout sont synonymes de ce nouveau personnage qui cherche à rompre avec son quotidien, et à adopter une « autre » personnalité. Évidemment, la chaussure de sport dont le port est universel, joue un rôle de premier plan. Pour tous les âges, à tous les prix, elle dénote un besoin naturel de confort mais également le signe d’une appartenance à une communauté contenue dans la marque : Nike ou Adidas, ce n’est pas la même chose ! Ce n’est surtout pas la même chose pour les plus jeunes très sensibles à cet affichage social. Il y a également tong et tong, des riches et des pauvres, des pratiques et des décoratives et d’autres carrément laides, calquées sur des modèles orthopédiques que l’on chausse sans le moindre souci d’esthétique dans certains pays européens ! Le confort avant tout ! Enfin, les chaussures sont l’accessoire à partir duquel on tient debout mais aussi à partir duquel on s’émancipe, on sort du conformisme citadin et professionnel. Celui avec lequel on prend le large, on prend la route, on marche, on se déplace, on part… Elles sont donc outil de liberté. La taille du marché mondial des chaussures de sport était évaluée à 116,2 milliards USD en 2025. Le marché devrait valoir 121,96 milliards USD en 2026 et atteindre 190,87 milliards USD d’ici 2034, avec un TCAC de 5,76% au cours de la période de prévision. L'Amérique du Nord a dominé le marché des chaussures de sport avec une part de marché de 42,02 % en 2025. Source : www.fortunebusinessinsights.com/fr/ Des objets utilitaires et utiles : gourde et brumisateurDans la mesure où se déplacer implique également de se nourrir et, par les canicules qui courent, de se rafraîchir et s'hydrater, notons l’importance de cette nouvelle venue qu’est la gourde. Autrefois réservée aux campeurs, robuste mais totalement dénuée d’esthétique, la gourde est désormais un objet utile et de plus en plus « collector ». Parée d’un design élégant ou de messages publicitaires (les grands événements en particulier s’en sont emparés), la gourde est aussi un moyen d’afficher son engagement contre la pollution générée par l’usage du plastique encore trop abondant dans nos sociétés. Outre la gourde, le brumisateur devient un indispensable, lui aussi doté soit d’un design sobre, soit de fioritures. Dans cette série d’accessoires essentiels, il convient surtout de souligner la vulgarisation de la glacière portative et autre sac isotherme. De plus en plus diverse, rigide ou souple, coûteuse ou bon marché, elle s’est même transformée en sac à mains non dénué d’élégance ou en petit chariot à roulettes. Et elle aussi, autrefois considérée comme un accessoire de « pauvres » n’ayant pas les moyens de s’offrir une boisson dans une brasserie, est en train de se muter en accessoire distinctif. Pour une catégorie de vacanciers « branchés » préférant se désaltérer à même le sable, face à la mer plutôt que dans une terrasse bondée, elle signifie liberté et raffinement. Le parasol est également un excellent témoin de son rapport au soleil… Quant au paréo, il est vêtement protecteur mais aussi témoin de voyages précédents… Les livres font de la résistanceDans la série des objets dédiés aux loisirs, il faut malheureusement considérer le fort recul du livre et peut-être encore plus des journaux et magazines. Cependant, la capacité de lire sur du papier est encore bel et bien vivante, surtout parmi les moins jeunes. Et surtout lorsque le lieu de vacances est privé de réseau ! Libéré de l’usage intempestif d’écrans, le vacancier se réfugie dans la lecture d’ouvrages qu’il a choisis avec soin et lui permettent non seulement de se distraire, de s’évader mais aussi d’afficher son origine socioculturelle. Pour autant, certains lisent sur des tablettes ou sur leurs smartphones qui, eux, traduisent peut-être seulement leur besoin impératif de communiquer ! Mais, la championne est la casquetteDans la série des accessoires pour enfants, les jeux de plage, les ballons, les seaux, les pelles n’ont rien perdu de leur popularité. Au contraire. Bravant les modes, ils restent de grands classiques de la panoplie estivale. Les crèmes solaires, les raquettes, les planches de surf, les kayaks, les cerfs-volants, etc. constituent les maillons de cet attirail « complice » sans lequel les vacances d’été ne peuvent être totalement réussies. Complément du déguisement vacancier, la casquette apparaît cependant comme la championne toutes catégories de cette garde-robe éphémère qui permet d’ajouter à l’altérité, à l’ailleurs, à la vie « en plus » proposée par les vacances. Vendue à plusieurs milliards d’exemplaires, sans cesse renouvelée, redessinée, recolorée, elle a d’autant mieux réussi sa carrière qu’elle a détrôné toutes sortes de coiffes comme le canotier, le bob, la casquette, le béret… Vissée sur la tête d’un drôle de président, elle a aussi déserté en partie le territoire du sport, son territoire originel, pour accompagner tous les moments de la vie hors les murs et raconter l’histoire de chacun ! Alors, bonnes vacances ! « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à votre âme et la force d’aimer » écrivait Victor Hugo... Tandis que le sociologue Serge Tisseron écrit dans son ouvrage « Comment l’esprit vient aux objets » : « les objets n’interviennent pas seulement dans notre confort et nos apprentissages, ils sont le moyen privilégié par lequel nous accédons à des représentations de nous-mêmes et du monde »…
Josette Sicsic - DR Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme. Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.
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