Canicule : "On finira bien par climatiser les bâtiments"… À cause des records de températures, les bâtiments bioclimatiques "emprisonnent malgré tout la chaleur"

À Nîmes, Montpellier ou Perpignan, l’été et ces cinq vagues de canicule ont mis les logements à rude épreuve. Les architectes multiplient les innovations et les dispositifs pour préserver les bâtiments de la chaleur. Mais ces nouveaux immeubles sont-ils si efficaces ?

Il se dilate, grimpe et se stabilise. Sur le thermomètre installé sur le balcon de l’un de ces logements, le mercure s’envole. On est pourtant ici, dans l’une des loggias de la résidence Théia, un bâtiment livré en mars dernier, conçue et réfléchie pour affronter les vagues de chaleur. Des immeubles comme celui-ci — traversant, ombragé, végétalisé et autoventilé — poussent par dizaine dans les centres-villes occitans. "Ces dernières années, on essaye de construire des bâtiments moins minérales, mais avec davantage de dispositifs qui atténuent la chaleur", explique Philippe Clergeau, écologue auteur de l’ouvrage Urbanisme et biodiversité.

Cet été, en Occitanie, les records de températures tombent en masse… Nîmes (Gard) étouffe depuis plus de 50 jours sous une chaleur supérieure à 35 degrés. Perpignan (Pyrénées-Orientales) dort sous sa 43e nuit tropicales d’affilée. Montpellier (Hérault) bat son record de température sur le mois de juillet. "Face à ces chaleurs, que l’on prévoyait depuis une quinzaine d’années, il faut donc adapter nos logements et atténuer l’impact de la chaleur sur les bâtiments", lance le professeur émérite de 73 ans. Sur les bâtis récemment sortis de terre, fleurissent donc divers dispositifs pour améliorer le confort d’été. On retrouve des casquettes pour limiter le rayonnement solaire, des brasseurs d’air sur les plafonds pour ventiler les pièces, des protections solaires extérieures pour contrer la propagation des rayons ultraviolets… Et parfois même des climatiseurs pour rafraîchir les logements.

Plus de rénovation, moins de constructions

"Les architectes sont de plus en plus sensibilisés au confort d’été. Ils se forment et investissent le terrain", témoigne Lucas d’Ascanio, architecte membre du Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Gard. Formidable. Mais cette vague de chaleur, inédite, n’étouffe-t-elle pas tous ces efforts ? C’est la crainte… "La canicule est tellement longue et intense que les bâtiments se réchauffent", explique Harmonie Dagneau, chargée de mission au sein de l’A’U, une agence d’urbanisme œuvrant sur la région nîmoise et alésienne. Les logements, même ceux bioclimatiques, "ne peuvent même plus se ventiler et dissiper leur chaleur lors de la nuit", déplore l’urbaniste gardoise. Normal. Les températures nocturnes atteignent des records : 27.1 degrés à Nîmes dans la nuit du 8 au 9 juillet.

La meilleure résistance de l’ancien

Flash-back en 1948. À l’époque, les températures dépassaient à peine les 24 degrés l’été. Le réchauffement climatique n’était qu’une lointaine menace… Jadis, au milieu du siècle dernier, les bâtiments étaient construits avec du pisé, de la pierre ou d’autres matériaux minéraux. Ces constructions, qui représentent 34 % du parc immobilier français doivent être de nos jours de véritables bouilloires thermiques ? "Figurez-vous que non. Le bâti ancien bénéficie d’une forte inertie, d’une gestion naturelle de l’humidité et d’une bonne ventilation. Il offre ainsi une meilleure résistance aux chaleurs estivales", explique Lucas d’Ascanio, consultant au sein du Conseil d’architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) du Gard. Surprenant. "Les murs épais des bâtiments anciens ralentissent la pénétration de la chaleur. Les caves et les greniers, souvent inhabités, constituent quant à eux de précieux espaces tampons entre l’extérieur et les pièces de vie", ajoute l’architecte.

Harmonie Dagneau, une urbaniste nîmoise confirme. "J’habite personnellement dans une maison ancienne. Lors des premières vagues de canicule, j’arrivais à conserver une chaleur intérieure aux alentours de 25 degrés. Avec la répétition des canicules, c’est désormais un peu plus compliqué." Normal. L’été 2026 est inédit, historique. C’est la deuxième période estivale la plus chaude jamais enregistrée en France.

Des bâtiments conçus contre la chaleur, qui subissent des températures records. Un comble. Les immeubles bioclimatiques peuvent même, dans certains cas, s’avérer contreproductifs. "C’est le cas des bâtiments avec certains isolants. S’ils sont trop performants, l’été ils emprisonnent malgré tout la chaleur", souffle Lucas d’Ascanio. Autre exemple ? Certains matériaux organiques (comme la pierre, le pisé ou la terre, NDLR) aux vertus rafraîchissantes peuvent, en cas de trop forte chaleur, emmagasiner la chaleur et la diffuser. "Il y a aussi les végétaux, qui peuvent faire gagner 5 à 8 degrés à l’intérieur des logements mais qui s’avère inefficace, faute d’eau", ajoute Philippe Clergeau.

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Mais, donc, que faire ? "Dans tous les cas, il faut partir du principe que l’on finira bien par climatiser les bâtiments, au moins une pièce", explique Clément Gaillard, urbaniste et designer climatique montpelliérain. En 2025, 25 % des foyers français étaient équipés de système d’air conditionné. Ce taux devrait doubler d’ici dix ans selon Hello Watt, une entreprise spécialisée dans la transition énergétique des logements.