"C'est une vague qui m'a fait sortir de moi": Nicolas Ullens, accusé de l'assassinat de sa belle-mère, a témoigné ce jeudi (vidéo)
Au premier jour du procès du Lasnois Nicolas Ullens devant la cour d'assises du Brabant wallon, l'accusé a répondu en fin d'après-midi aux questions du président Delcour sur les faits proprement dits. En expliquant d'abord pourquoi, le 29 mars 2023, il est passé en matinée chez son père sans avoir averti personne de cette visite.
"Je souhaite m'excuser auprès de la famille de Myriam, je suis navré de ce que j'ai fait" : les excuses de Nicolas Ullens à son procèsUn mois auparavant, à l'occasion d'un anniversaire, Nicolas Ullens avait mangé au restaurant avec son père et Myriam Lechien. Et il avait eu le sentiment, après des années de différends et de tentatives de réconciliation jamais abouties, qu'il y avait une possibilité d'apaisement.
Mais avec toujours, dans un coin de la tête, la conviction que sa belle-mère manipulait Guy Ullens…
Au procès de Nicolas Ullens, les avocats de la sœur de la baronne Myriam Ullens-Lechien veulent aussi "défendre l'honneur" de la victime (vidéo)"Donc j'y vais ce jour-là pour avoir des relations plus positives, a expliqué Nicolas Ullens. Et je me suis dit qu'il valait mieux ne pas prévenir, pour qu'elle n'ait pas le temps de lui monter le bourrichon."
L'accusé comptait aborder trois sujets avec son père. D'abord, le fait que sa fille allait se marier et il voulait que Guy Ullens assiste à ce mariage, voire fasse un petit geste. Ensuite, il espérait aussi une aide pour son fils, qui venait d'être papa et espérait acheter une maison. Enfin, l'accusé venait aussi d'apprendre via une annonce immobilière que la propriété de Lasne était en vente.
Nicolas Ullens, un ancien agent de la Sûreté de l'État investi, victime d'un sentiment d'injustice : son père, c'était son "meilleur ami" (vidéo)D'après l'accusé, il n'a obtenu qu'une écoute distraite, Guy Ullens lisant son journal pendant la conversation. Pour le mariage de sa fille, il a essuyé un non. "Pour mon fils, il m'a envoyé paître", a indiqué l'accusé jeudi. Et pour la maison, le baron Ullens s'est contenté de confirmer la mise en vente, apparemment pour aller se domicilier à Gstaad, en Suisse.
"Dans une relation père-fils, vous pouvez difficilement être plus méprisant, a considéré Nicolas Ullens devant les jurés. On passe d'un restaurant où on se quitte en s'embrassant à cette attitude. Plus douche froide que ça… Il m'a dit qu'il allait investir toute sa fortune dans un musée à Ryad. Et je vois arriver dix personnes qui me montrent une galerie d'art numérique. Dans un domaine aussi pointu, mon père, c'était un oiseau pour le chat."
Sortant de la propriété parce que le couple devait se rendre à un rendez-vous médical, Nicolas Ullens s'est arrêté un peu plus loin. D'après ses dires, il a alors pleuré sur son volant. "J'ai fait une manoeuvre pour me mettre face avant, vers la sortie de chez eux, a-t-il raconté. Pour moi, je ne pouvais pas rester sur cette conversation insensée que je venais d'avoir avec mon père. J'ai eu le plus mauvais réflexe de ma vie : j'ai mis le chargeur et le holster à ma ceinture".
"J'ai mis le chargeur et le holster à ma ceinture"
Un holster où se trouvait un Glock 9 mm. L'accusé a transféré l'arme dans la poche de sa veste après avoir percuté volontairement la voiture où se trouvait son père et sa belle-mère. Pourquoi prendre cette arme ? Pour instaurer un rapport de force et être enfin pris au sérieux, d'après Nicolas Ullens.
En vain : il s'est approché du côté passager mais son père n'a pas ouvert. Nicolas Ullens a fait le tour de la voiture et s'est retrouvé face à sa belle-mère, qui n'a ouvert sa vitre que de quelques centimètres. En voyant la moue "de mépris" de Myriam Lechien, l'accusé a sorti son arme et fait feu à bout portant.
guillementQuand pendant 35 ans, vous subissez des injustices... Chacun a sa capacité de résistance. La mienne était arrivée au bout.
"Évidemment que j'étais en colère", a-t-il affirmé. "C'est une vague qui m'a fait sortir de moi, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Quand pendant 35 ans, vous subissez des injustices… Chacun a sa capacité de résistance. La mienne était arrivée au bout. J'ai perdu les pédales, j'ai eu l'impression de sortir de mon corps, et d'être le témoin de ce qui s'est passé."
L'accusé s'est effondré, en larmes, sur son siège
Ce qui a ramené le prévenu à la lucidité, a-t-il raconté, ce sont les hurlements de son père, criant d'arrêter. Guy Ullens est sorti de la voiture, et a demandé à son fils de le tuer.
À ce moment du récit, pour la seule fois de la journée, l'accusé s'est effondré, en larmes, sur son siège. Se reprenant, il a précisé qu'il avait envisagé de s'ôter la vie, avant de décider d'aller directement se livrer au commissariat tout proche.
"J'ai du dégoût pour ce que j'ai fait"
"J'ai du dégoût pour ce que j'ai fait", a-t-il précisé. "Mais il y a un message d'espoir, le fait que j'ai réussi à me réconcilier avec mon père. Il m'a envoyé une lettre en prison. Après quelques semaines de travail avec l'ASBL Médiante, il est venu tous les week-end à la maison. Et il a assisté au mariage de ma fille."
Le président a poussé un peu plus loin, demandant s'il y avait eu un cadeau. "Je n'en suis pas certain, a répondu l'accusé. Ce n'était pas important pour moi. Sa présence était plus importante."
"Mon père était incapable de dire je t'aime. Cela se traduisait par du matériel…"
Le début de l'interrogatoire d'audience, jeudi après-midi, a permis d'évoquer l'enfance de Nicolas Ullens et les relations avec ses proches, spécialement avec son père et sa belle-mère Myriam Lechien.
Et si l'accusé a répété qu'il aimait beaucoup son père, il n'en a pas dressé un portrait idyllique devant la cour d'assises. L'homme, industriel brillant, était aussi notoirement volage. Le milieu était "aisé mais pas démonstratif" et Nicolas n'avait alors pas un goût immodéré pour l'école.
Élève moyen, il tentait d'arriver à 75 %. Cela restait très insuffisant pour son père, mais celui-ci passait beaucoup de temps à l'étranger, et ne suivait guère sa scolarité. Pour Guy Ullens, il fallait faire soit latin-math, soit latin-grec, et surtout ne pas lui faire honte.
Nicolas a fini par doubler sa troisième secondaire. Mais curieusement, il a gardé une vraie complicité avec son père. "Il était incapable de dire je t'aime, a glissé l'accusé. Cela se traduisait par du matériel, de l'argent ou des cadeaux."
Les deux véritables figures tutélaires de Nicolas Ullens ont été son frère aîné, et son grand-père paternel, fondateur de l'Armée secrète, qui lui a inculqué des valeurs dont celle d'un refus absolu de l'injustice. Et quand durant sa licence de droit à l'UCL, il a semblé à Nicolas Ullens qu'un prof le traitait injustement, l'examen oral a tourné… à la confrontation physique ! Avec à la clé un renvoi de l'université.
Nicolas Ullens s'est lancé dans le commerce d'automobiles, a ouvert en Ardenne un magasin de chasse, puis est entré à la Sûreté de l'État. D'après lui, son père s'arrangeait toujours pour le maintenir dans un état de dépendance. "Il ne voulait pas qu'on lui fasse honte, mais pas non plus qu'on lui fasse de l'ombre."
Quand Myriam Lechien est arrivée dans la vie de son père, Nicolas Ullens dit avoir senti qu'on n'était plus dans une histoire de maîtresse se contentant d'un rôle secondaire. Et il a pris le parti de sa mère.
Pour lui, Guy Ullens, qui venait faire un superbe coup en vendant ses parts de la Raffinerie tirlemontoise "a pris le melon". Et la famille Ullens s'est sentie progressivement mise à l'écart au profit des enfants de Myriam.
Humiliations et action en justice
Les tentatives de réconciliation tournaient systématiquement à l'échec, voire à l'humiliation. Comme lors d'un anniversaire de Myriam, célébré à Venise. Les enfants de Guy étaient invités, et ils ont subi un discours de leur père, devant 150 invités, qui les faisaient passer pour les mauvais de l'histoire.
Durant trois décennies, les relations entre le couple et les enfants Ullens étaient en dent de scie, les crises allant même, en 2018, jusqu'à une action en justice.
Le président, lors de l'interrogatoire d'audience, a précisé que dans un premier temps, lorsque les enquêteurs avaient demandé à Nicolas Ullens ce qu'il pensait de Myriam, il a refusé de s'exprimer, affirmant qu'elle n'était plus là pour se défendre. Mais par la suite, il a eu des mots durs, l'accusant sans trop de détours d'avoir profité de l'argent de Guy.
En réaction, Nicolas Ullens s'est tourné vers les parties civiles. "Je souhaite reformuler mes excuses à la famille de Myriam, a-t-il précisé. Je suis navré de ce que j'ai fait. Et je suis conscient qu'ils ne vont probablement pas accepter mes excuses…"
L'ombre de Didier Reynders
L'acte d'accusation lu jeudi matin évoque notamment le passage de l'accusé à la Sûreté de l'État et sa démission, qu'il estime forcée après avoir enquêté sur Didier Reynders.
Me Jean-Philippe Mayence, en fin de matinée, a précisé à l'attention du jury que jusqu'à la clôture ce dossier, il avait été considéré que son client, à propos de l'ancien ministre, avait eu une attitude proche du complotisme.
"Le père de monsieur Ullens est même allé chez le ministre Reynders pour s'excuser des propos tenus par son fils, a précisé l'avocat. Il est apparu depuis, tout en respectant la présomption d'innocence, que ce que mon client disait à l'époque n'était pas si dénué de fondement…"
Interrogé par le président à propos de ses activités à la Sûreté, Nicolas Ullens a expliqué qu'il avait eu accès au dossier dit du Kazakhgate. "Je me suis rendu compte que monsieur Reynders n'était pas celui que je pensais…" a-t-il affirmé.
Selon lui, l'ancien ministre a fait fermer la section économique de la Sûreté mais versé dans un autre service, l'accusé est retombé sur lui dans d'autres dossiers…
"Cette tribune-là, je ne vous la donnerai pas, l'a interrompu le président. Ce n'est pas le lieu où vous pourrez vous exprimez à ce sujet de manière extensive."
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