REPORTAGE. "C'est raide comme décision !" : la suspension temporaire du permis en cas d'usage du téléphone au volant divise les conducteurs
Le gouvernement a décidé vendredi de généraliser cette mesure. Dans l'Aisne, où elle est en vigueur depuis juin 2026, plus de 300 permis ont été suspendus en trois mois.
Radio France
Publié le 04/10/2026 07:36
Temps de lecture : 3min
Automobilistes, vous êtes prévenus : ceux qui continueront à utiliser leur téléphone au volant s'exposent désormais à un retrait temporaire de permis. Jusqu'ici la sanction était de 135 euros d'amende et trois points en moins sur le permis de conduire. Le gouvernement a décidé de généraliser cette mesure déjà mise en place dans une vingtaine de départements. Les suspensions varient, d'un département à l'autre, en fonction de la gravité de l'infraction, de deux semaines à six mois. Dans l'Aisne, c'est depuis le 1er septembre 2026 deux mois de suspension si on est pris en flagrant délit, en train de regarder une vidéo, d'écrire un mail, ou encore téléphone en main en conduisant.
À Villers-Cotterêts, certains habitants découvrent encore la nouvelle sanction avec effarement. Kamal, père de famille et conducteur d'un SUV, s'est fait arrêter il y a trois semaines téléphone en main au volant, en train d'écrire un mail. À l'époque il n'était pas au courant de la sanction, et craint de perdre son emploi près de Roissy si son permis est effectivement suspendu (il n'a pas encore reçu notification de la décision) : "C'est raide comme décision, il y a trop d'impact derrière. Dans un monde où aujourd'hui tout est cher, perdre son emploi à cause d'un permis, ça casse le moral", se plaint Kamal.
Depuis le 1er septembre, c'est suspension systématique du permis pour deux mois en cas d'usage du téléphone au volant. La préfecture a pris cette mesure après une année noire sur les routes de l'Aisne avec 43 morts en 2025, le pire bilan depuis quinze ans. Sur le parking du supermarché, il y a ceux qui applaudissent, comme Maëlys, factrice à vélo, et son copain Kevin qui considère que "c'est une faute grave". "Ils ont tous des kits mains libres et ils sont tous sur leur téléphone alors qu'il y a l'écran. Ma voiture me parle, lit mes messages, ça me va", complète Maëlys.
Sur le parking du supermarché, certains ont même complètement arrêté, à l'image de Rania qui garde son smartphone dans son sac. "Je n'ai pas envie de perdre mon permis, c'est indispensable", explique-t-elle. Fayçal avoue quant à lui continuer à taper des textos en conduisant. "On joue hein. Si on perd, on perd", affirme-t-il. Il n'a pas peur des contrôles de police, selon lui c'est une "petite ville, on ne craint rien".
Depuis le mois de juin où la mesure a été mise en place progressivement, la préfète Isabelle Epaillard, a déjà signé 305 suspensions de permis de conduire en seulement trois mois. La preuve, selon elle, que le téléphone s'est beaucoup trop banalisé : "Depuis le mois de septembre, j'ai demandé qu'on ne laisse pas passer. Le temps de la pédagogie est passé, on est déjà à 305, alors que nous étions plutôt dans une phase de mise en place avec de la pédagogie, détaille-t-elle. Ça confirme bien que c'est une des causes majeures de l'accidentologie. Même quand c'est un court moment, on est évidemment plus en train de regarder la route et donc on ne peut par exemple pas éviter un enfant qui traverse la route ou on va dévier et on va aller dans la voiture qui arrive en face. Donc, il est nécessaire de prendre ces mesures".
La préfète n'a pas encore le recul nécessaire pour estimer l'efficacité de la sanction. Mais dans les Landes, le premier département de France à l'avoir mis en place, le ministère assure que l'usage repéré du téléphone a baissé de 12 %.
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