C'est l'une des rares femmes chasseuses : comment la Tarnaise Kelly transmet la passion de la chasse à ses filles

l'essentiel Dimanche 13 septembre marquait l'ouverture de la chasse. Un moment important pour les près de 10 000 chasseurs du Tarn, et notamment pour Kelly Pinel, présidente de la société de chasse de Saint-Paul-Cap-de-Joux. "Mordue" par le virus de la chasse à l'âge de quatre ans, en suivant son papa, cette assistante petite enfance de 41 ans faisait l'ouverture avec ses deux filles. Reportage.

"Je peux sortir les chiens maman ?" C'est quasiment Noël avant l'heure pour la jeune Océane. Ce dimanche 13 septembre, au petit matin, à Saint-Paul-Cap-de-Joux, elle retrouve avec sa mère, Kelly, son père, Ludovic, sa sœur Sélène et son grand-père Gérard. Car chez les Pinel, la chasse se pratique en famille, depuis près de 40 ans. "J'accompagnais mon père à l'âge de 4 ans", raconte Kelly, souriant à la vue de ses filles qui sortent les chiens de la voiture. Il y a Naya et Nesquik, et celui du grand-père, Max. 

Ici on chasse de père en fille

<p>Une matinée en famille.</p>

Une matinée en famille.

DDM Emilie Cayre

L'ouverture de la chasse, "c'est le moment qu'on attend depuis la fermeture, assure Kelly. La petite humidité du matin, les chiens tout excités... Et puis se retrouver ensemble. C'est le petit plus. Moi j'aime ce côté tradition, avec mon papa et mes filles, c'est une fierté, c'est la transmission." Une photo tous ensemble, et c'est le départ, à travers les champs vallonnés de la campagne Saint-Paulaise. Les trois adultes sont armés d'un fusil, Océane suit, bâton en main, et Sélène transporte son appareil photo. L'adolescente veut devenir photographe animalière, plus tard. Alors accompagner sa famille à la chasse, c'est un terrain de jeu grandeur nature pour elle ! 

<p>Océane porte fièrement en trophée une plume du faisan "tiré" par son grand-père.</p>

Océane porte fièrement en trophée une plume du faisan "tiré" par son grand-père.

DDM Emilie Cayre

Kelly, 41 ans, travaille en crèche. Elle est aussi présidente de la société de chasse locale depuis 16 ans. Passionnée de chasse, dans les traces de son père. "Mes filles aussi sont dans le bain, depuis qu'elles sont dans mon ventre ! Elles connaissent la chasse, les bons côtés, les plus difficiles, les bonnes pratiques." Pour elle, la chasse c'est "le plaisir avant tout, d'être à l'extérieur, d'être en famille." Les bons côtés, c'est "le partage, la nature, les animaux". Les côtés plus compliqués, c'est "l'équilibre à trouver entre les chasseurs, les propriétaires, ceux qui ont d'autres idées. Il faut de tout pour faire un monde, et chacun peut trouver sa place." 

"On a moins ce côté "homme de Cro-Magnon"

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Difficile, d'être une femme dans un milieu où 98 % des pratiquants sont des hommes ? "Au début, quand je suis passée présidente, c'était très rare. Avec le temps, on en entend un peu plus parler. Il y a plus de femmes. Ça amène un autre regard, une autre dynamique. On a moins ce côté homme de Cro-Magnon (rires). Parfois, il peut y avoir des tensions avec des gens qui ne sont pas pour la chasse, et le fait de voir une femme, ça peut permettre d'apaiser, de dialoguer différemment." Cette différence, elle la cultive, et a fait de ces moments de chasse des instants privilégiés. "Je chassais enceinte. Et puis au fil du temps, quand je partais, mes filles me demandaient où j'allais. Alors j'ai commencé à les emmener, d'abord une heure autour de la maison, et puis les balades se sont agrandies." Le terme de "balades" n'est ici pas galvaudé, puisque, après plus d'une heure de marche à travers champs, Kelly n'a même pas chargé son fusil. Elle ne tirera d'ailleurs pas un coup de feu lors de cette matinée d'ouverture. C'est Gérard, son père, qui "ouvrira" la saison en tirant un faisan sauvage. "Comme chaque année", sourit sa fille. La chasse tient une place importante dans la famille Pinel. Et évidemment jusque dans les assiettes. Océane et Sélène dégustent ainsi régulièrement des burgers de chevreuil ou des nuggets de faisan. "C'est trop bon !", assure la fillette. 

Bilan de cette matinée d'ouverture : deux coups de feu tirés par les trois adultes. À la clé, un perdreau et un faisan. C'est terminé pour Gérard : "chaque chasseur a droit à un faisan par jour", explique Kelly. Après cette longue sortie, les chiens, assoiffés, sont abreuvés et les chasseurs, affamés, passent au casse-croûte. Tout au long de la saison, Kelly, Ludovic et Gérard iront à la chasse, trois matins par semaine en moyenne. Ils y emmèneront de temps en temps les petites. Pour transmettre et être ensemble.