C'est l'une des grandes priorités de Xi Jinping: comment la Chine veut fabriquer ses propres machines pour produire des puces et contourner les sanctions américaines
C'est l'une des grandes priorités de Xi Jinping: comment la Chine veut fabriquer ses propres machines pour produire des puces et contourner les sanctions américaines
Publié aujourd'hui à 12h38
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La Chine abat ses cartes dans la guerre des puces, Pékin veut fabriquer ses propres machines de lithographie (illustration) - BFM Tech
Alors que les machines de lithographie DUV les plus avancées restent entre les mains d’ASML et que les États-Unis restreignent l’accès de la Chine aux puces les plus avancées, Pékin serait en train de lancer ses propres équipements pour fabriquer des semi-conducteurs. Une stratégie de souveraineté technologique qui reste l’une des grandes priorités du président Xi Jinping.
C’étaient pendant longtemps les cartes les plus précieuses dans le jeu d’ASML, le géant néerlandais des machines de "fabrication" de puces. Mais voilà qu’un autre joueur abat désormais ses cartes: la Chine, qui entend bien redistribuer la partie et renverser la table sur un marché stratégique dominé depuis des années par l’entreprise européenne.
Selon The Information, Pékin a, en effet, commencé à produire localement des machines de lithographie par immersion dans l’ultraviolet profond (DUV), un équipement essentiel à la fabrication de semi-conducteurs et jusqu’ici largement contrôlé par ASML. Ces nouvelles machines devraient être livrées dès cette année, ou en 2027, à plusieurs grands fabricants chinois de puces, dont Semiconductor Manufacturing International Corp (SMIC), Hua Hong Semiconductor et ChangXin Memory Technologies, d’après des sources proches du dossier citées par le média américain.
La production en masse de machines DUV permettrait à la Chine de réduire sa dépendance aux équipements d’ASML et de contourner les sanctions. Pékin fait aujourd’hui l’objet de restrictions à l’importation imposées par Washington, qui empêchent notamment les fabricants de puces chinois d’acheter les systèmes de lithographie ultraviolette extrême (EUV) d’ASML, la technologie la plus avancée disponible, les contraignant à utiliser des outils DUV plus anciens.
Depuis 2019, Washington a notamment fait pression sur les Pays-Bas pour bloquer l’exportation des machines EUV d’ASML vers la Chine. Pékin ne peut donc pas accéder à ces équipements capables de produire les puces les plus avancées. Les entreprises chinoises ont dû trouver des voies de contournement pour acquérir certaines technologies de pointe.
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Les restrictions ont ensuite été élargies aux machines DUV les plus performantes, notamment les modèles de lithographie par immersion utilisés pour fabriquer des puces avancées. Depuis 2023-2024, certaines machines DUV d’ASML nécessitent une licence d’exportation néerlandaise, tandis que plusieurs équipements de fabrication de semi-conducteurs sont soumis à des contrôles américains renforcés.
L’objectif de Washington est de ralentir la capacité chinoise à produire des puces de pointe utilisées dans l’intelligence artificielle, le calcul avancé et certaines applications militaires. Mais ces restrictions poussent également Pékin à accélérer le développement de ses propres technologies, notamment ses machines DUV nationales. Cette technologie pourrait ainsi offrir aux fabricants chinois de puces une source alternative d’équipements essentiels.
La Chine veut combler l'écart
Ce développement constitue "une victoire pour l’initiative nationale d’autosuffisance dans le secteur des semi-conducteurs", note Reuters, qui rappelle que la maîtrise des technologies de pointe reste l’une des grandes priorités du président Xi Jinping. Toutefois, ces avancées ne représentent pas encore une menace commerciale immédiate pour le fournisseur néerlandais ASML, qui conserve une avance considérable dans les technologies de lithographie les plus avancées.
La production locale chinoise ne constitue en effet pas, à ce stade, une révolution technologique "majeure". Pékin ne serait pas encore en mesure de fabriquer des machines capables de produire les puces les plus avancées et reste au stade du prototype dans le domaine des technologies EUV.

"Le régime de contrôle des exportations visait à maintenir la Chine à quelques années derrière technologiquement. Or, la lithographie DUV est plus lente, moins productive et plus coûteuse que l’EUV, mais elle s’avère suffisante pour les puces avancées", observe Angela Harmantas, analyste du cabinet Proactive Investors, citée par l’AFP.
La stratégie chinoise ne repose donc pas uniquement sur la recherche de la performance technologique. Pékin cherche surtout à diversifier ses sources d’approvisionnement, renforcer sa souveraineté industrielle et réduire sa dépendance aux technologies occidentales, alors que les sanctions américaines limitent son accès aux équipements les plus avancés.
Stratégie du long terme?
Et pour réduire sa dépendance aux technologies occidentales, Pékin a ainsi patiemment construit un écosystème d’entreprises chargé de rivaliser avec les géants américains et européens des semi-conducteurs. Au cœur de cet effort figure Shanghai Aishengna Electronic Technology Group, une société publique chinoise créée en 2023, qui pilote le développement de machines de lithographie locales.
L’entreprise aurait intégré des équipes issues de plusieurs acteurs chinois du secteur, dont la start-up Yuliangsheng et Shanghai Micro Electronics Equipment (SMEE), deux sociétés clés dans la stratégie d’autosuffisance technologique de Pékin. Peu connue du grand public, Aishengna, par exemple, ne dispose même pas de site internet... et reste très discrète sur ses activités, mais bénéficie du soutien de grands groupes publics chinois.

Si les premiers effets industriels de cette avancée chinoise devraient mettre du temps à se matérialiser, les marchés financiers ont déjà réagi. L’annonce a provoqué un véritable coup de tonnerre dans un secteur déjà fragilisé par les inquiétudes sur les niveaux de valorisation des entreprises liées aux semi-conducteurs.
Lundi à Wall Street, AMD a ainsi reculé de 5,17% et Nvidia de 4,99%. Mardi, la Bourse de Séoul a à son tour été fortement touchée, avec un indice Kospi en baisse de 10% à la mi-journée, entraîné par la chute de 12% de Samsung Electronics et SK hynix, deux géants des puces mémoire. À Tokyo, le Nikkei abandonnait près de 4%, pénalisé par les valeurs du secteur, dont Kioxia, en recul de 18%.