Brian a quitté Paris pour vivre dans une cabane en autonomie : « Quand j'ai voulu changer de vie, on m'a dit que c'était un échec social »

À La Défense, Brian Ejarque étouffe dans un bureau à 1 500 € par mois. Quelques années plus tard, une cabane autonome du Tarn change tout, malgré le mot « échec social ».

Un dimanche soir, à La Défense, Brian Ejarque sent la boule au ventre revenir. Il a un BEP compta, un job de bureau payé autour de 1 500 € par mois, la vie parisienne qui va avec… mais plus rien ne le nourrit. Quelques années plus tard, on le retrouve dans un cabanon hors réseau, dans le Tarn, figure de l’autonomie avec sa chaîne YouTube L’Archi’Pelle. Entre les deux, une phrase qui l’a marqué : « quand j’ai voulu stopper et changer de vie, on m’a dit mais c’est un échec social ».

En 2016, il n’a pas encore les mots « burn-out » ou « reconversion » à la bouche. Il constate juste qu’ »il y avait rien de nourrissant d’attendre le weekend. Dès le lundi t’attends le weekend, tu as la boule au ventre le dimanche soir et tout ». Le malaise devient tel qu’il préfère tout arrêter plutôt que continuer à empiler les semaines identiques. Sauf que, pour son entourage, quitter Paris pour une cabane, ça ressemble à une chute.

Brian a quitté Paris pour vivre dans une cabane en autonomie : « Quand j'ai voulu changer de vie, on m'a dit que c'était un échec social »

De la tour de verre à la Montagne Noire : le saut

Au départ, l’idée ressemble à une blague de soirée. Brian lance à ses amis : et si on achetait un terrain en Normandie, pour développer un peu d’autonomie au cas où le boulot dérape, avec des managers toxiques ou des pressions de trop ? Tout le monde trouve ça génial, jusqu’au moment où il propose de passer à l’acte. Là, plus personne ne suit.

En 2017, il part quand même. Direction la Montagne Noire, dans le Tarn, un terrain d’environ 3 000 m² avec un cabanon hors réseau acheté 28 000 €, dont personne ne voulait. Les premières semaines, la petite maison affiche 5 °C à l’intérieur, mais il n’a plus de loyer à payer. Il se chauffe avec des palettes, installe pas à pas ses systèmes, apprend à vivre avec moins de confort immédiat mais plus de marge de manœuvre.

cabane dans les bois

« Un échec social » : encaisser le regard des autres

Autour de lui, la réaction est brutale. « Vous serez pas les seuls à entendre ce genre de choses, vous inquiétez pas, il y aura des gens qui comprennent pas », prévient-il aujourd’hui en repensant à ces débuts. Certains amis rient, jurent qu’il reviendra « dans six mois ». Brian raconte avoir dû se « battre contre ma famille, contre mes potes qui comprenaient absolument pas ».

Ce qu’il pointe, ce n’est pas la malveillance, mais l’incapacité à se projeter : « C’est pas qu’ils veulent que vous plantiez, c’est juste que s’ils comprennent pas, vous pouvez leur parler du meilleur des projets. Si eux ne se projettent pas, ça sert à rien ». Pour lui, ce changement de vie reste avant tout un cheminement intérieur, qu’il remercie aujourd’hui d’avoir eu le courage de suivre malgré les moqueries et le sentiment d’être vu comme un déclassé volontaire.

Une cabane autonome, une chaîne YouTube et un livre

Sur son terrain, Brian vise l’autonomie énergétique et en eau potable. Il installe des panneaux photovoltaïques, une petite éolienne, des batteries pour stocker, des systèmes pour capter et potabiliser l’eau, des toilettes sèches. Il plante environ 150 arbres fruitiers et développe un potager pour tendre vers une autonomie alimentaire progressive. Sa cabane hors réseau devient un laboratoire de sobriété choisie.

Très vite, il documente tout sur YouTube avec L’Archi’Pelle : plus de 240 vidéos, 250 000 km parcourus pour filmer d’autres lieux, jusqu’à un million de vues et le passage en auto-entrepreneur. Son livre Oser quitter la ville ! De citadin à néo-autonomiste : comment j’ai composté mon ancienne vie, publié aux Éditions Ulmer, détaille ce parcours et l’ordre dans lequel il a sécurisé logement, eau, énergie puis revenus. Une façon de montrer qu’une vie de cabane dans le Tarn n’est pas un fantasme, mais une construction patiente, malgré le mot « échec » collé au départ sur son projet.

En bref

  • En 2016-2017, Brian Ejarque quitte La Défense et son salaire parisien pour s’installer dans un cabanon hors réseau, au cœur du Tarn.
  • Il vise l’autonomie énergétique et en eau potable, équipe sa cabane de solaire, éolienne et potager, tout en développant la chaîne YouTube L’Archi’Pelle.
  • Entre jugements d’« échec social », froid mordant et solitude, son récit montre un prix réel à payer pour cette liberté choisie.