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  • 2026-08-15 06:00:00 +0000 UTC

    Aug 15, 2026

    Boudé par les académies en Angleterre, révélé en Afrique du Sud... Qui est Huw Jones, la nouvelle recrue phare de Toulon ?

    En Écosse, le chardon est symbole de résilience. Depuis des siècles, il figure la culture d’un peuple fier, tenace, guerrier. Car sur la terre du résistant William Wallace, on n’abandonne jamais.

    Natif d’Édimbourg, Huw Jones est ainsi resté fidèle à ses racines maternelles. À 18 ans, ce jeune rugbyman avait vu les portes de toutes les plus belles académies britanniques se refermer. Une poignée d’années plus tard, il allait pourtant devenir l’un des plus brillants joyaux européens.

    « Shuggy », de son surnom, est né dans la capitale écossaise le 17 décembre 1993. Les premières années de sa vie forgent son âme de voyageur. Gamin, il déménage avec sa famille à Canterbury, dans le Kent anglais.

    À 30 ans, Judicaël Cancoriet s’est engagé pour les trois prochaines saisons avec Toulon.

    Fils d’enseignants passionnés de musique, le petit Huw touche forcément aux instruments. Mais ses doigts goûtent davantage aux balles et à l’herbe fraîche du jardin. « Enfant, j’adorais tous les sports. Le football, le rugby, le cricket… J’ai tout pratiqué. Je voulais à chaque fois être le meilleur, quitte à ne pas toujours travailler dur à l’école, sourit aujourd’hui Jones, 32 ans. Mes deux frères ont aussi eu une certaine importance. Celui qui est juste au-dessus de moi me permettait de me dépasser. C’est avec ça que l’esprit de compétition est arrivé. »

    Et qu’il s’est intensifié jusqu’à ce que Huw, tout jeune, soit envoyé à Millfield, une « excellente » école privée située dans l’ouest, de l’autre côté du pays. Là-bas, l’Écossais plante les graines du joueur qu’il est désormais : un dévoreur d’espaces à la lecture et aux courses tranchantes comme l’acier.

    "Ce n’était pas réaliste de penser que j’allais devenir un joueur professionnel."

    « À l’époque, j’étais assez petit. Jusqu’à l’âge de 16 ans, je jouais notamment demi de mêlée. Et il y a une chose que je ne voulais surtout pas, c’était me faire plaquer. Du coup, je cherchais toujours l’espace. Je me figurais une ligne de course à l’extérieur du champ de vision de l’adversaire pour venir couper et exploiter l’angle mort. Au fur et à mesure, j’ai pris de l’âge et suis devenu plus grand, plus costaud. Aujourd’hui, je peux toujours fonctionner comme ça, mais avec davantage de puissance. »

    Dix-huit ans et sans contrat

    Au début des années 2010, c’est néanmoins insuffisant pour attiser la curiosité des gros clubs anglais. « Lorsque j’ai terminé le lycée, je n’avais reçu aucune offre de contrat pour intégrer une académie (1). Ce n’était pas réaliste de penser que j’allais devenir un joueur professionnel. »

    Alors, quelles options ? Les études ? « Shug » refuse des universités, dont celle de Swansea où il aurait suivi un cursus d’histoire, l’une de ses grandes passions (lire ci-dessous). Le voyage ? Bingo ! L’intéressé « voulai[t] prendre un an pour [se] poser » : « Je me suis envolé seul pour Le Cap, en Afrique du Sud. Je travaillais dans une école comme coach de rugby. J’y faisais aussi quelques tâches assez variées. J’ai dû grandir très vite. Et à côté, je me suis engagé dans un petit club amateur, False Bay. En fait, je voulais surtout jouer dans un nouvel endroit, sans pour autant repenser à ce rêve que j’avais d’être professionnel. Je m’étais dit que ça allait devenir compliqué… Mais je ne l’avais pas non plus abandonné. »

    Le quinquennat sud-africain

    Dans la vie, tout est souvent question d’opportunité. Et la nation arc-en-ciel va lui en donner : « Le coach de False Bay partait pour l’université du Cap. Il voulait que je joue au rugby pour eux, et donc que j’étudie là-bas. J’aimais cette expérience de vie, cette nouvelle culture, ce pays. Je ne suis pas rentré en Angleterre. »

    En 2014, Huw Jones rejoint ainsi l’équipe universitaire des Ikey Tigers. Loin du pré, en salle de classe, il étudie les médias, la psychologie, l’italien et… le français. Pendant une courte durée. Au bout de quelques mois, le Britannique tape dans l’œil de la Western Province, l’une des équipes les plus prestigieuses du pays qu’il rejoint au même titre, un peu plus tard, que la franchise des Stormers. La roue a tourné.

    « C’était complètement fou. En Angleterre, beaucoup n’arrivaient pas à le croire. À force, je pense que même mes parents s’étaient fait une raison. Trois ans avant ça, aucune académie n’avait voulu de moi et, là, je jouais en Super Rugby ! »

    Le seul drapeau bleu et blanc

    Dans le même temps, au nord du globe, la rumeur commence à bruisser. Un jeune Écossais ferait parler de lui aux antipodes. Gavin Vaughan, analyste vidéo des Glasgow Warriors, est le premier à l’avoir repéré : « Sur les feuilles de match, l’université du Cap listait tous les joueurs avec un petit drapeau de leur pays d’origine à côté. Forcément, il n’y avait que des drapeaux sud-africains… à l’exception du mien. Gavin est tombé là-dessus en regardant un match et il m’a contacté. »

    "Au départ, je crois que les gars de l’équipe d’Écosse pensaient que j’étais sud-africain."

    L’information arrive finalement aux oreilles de Vern Cotter, le sélectionneur écossais, qui lui offre sa première cape le 25 juin 2016, au Japon, alors que le trois-quarts centre n’a encore jamais évolué en pro dans l’hémisphère Nord. « Au départ, je crois que les gars de l’équipe nationale pensaient que j’étais sud-africain, se marre Jones, yeux clairs, sourire facile. À force, j’avais un peu pris l’accent ! La première semaine avec eux en sélection était bizarre. Je ne connaissais même pas leurs noms. »

    Désormais, tous les rugbymen écossais connaissent le sien. Après avoir remporté la Currie Cup en 2017, Huw Jones rejoint Glasgow, troquant la douceur du Cap pour le froid glacial de son pays de naissance. « Les deux premières années ont été assez difficiles. J’ai eu quelques blessures et n’ai pas joué mon meilleur rugby. Mais ça m’a appris à être encore plus résilient. »

    Un peu comme cette arrivée avortée à Bayonne, aux prémisses de la saison 2021-2022. Le club basque venant d’être relégué en Pro D2, il rejoint les Harlequins de Londres : « Je pense que ça a été l’année la plus importante de ma carrière. J’ai retrouvé mon amour pour le jeu et, quand je suis retourné à Glasgow, un an après, j’étais un joueur complètement différent. »

    Fine fleur d’Écosse

    Du genre à devenir indéboulonnable avec le XV du Chardon (63 sélections), remporter le United Rugby Championship (2024), revêtir la mythique tunique des Lions britanniques et irlandais (3 capes en 2025), ou encore figurer dans le XV de l’année World Rugby (2025).

    « Je pense qu’une des forces dans ma carrière a été de comprendre comment jouent les Sud-Africains, les Anglais, les Écossais… et j’espère maintenant les Français. J’ai souvent dû m’adapter et modeler mon jeu. […] J’ai toujours été là pour saisir les opportunités. La chose que j’ai comprise avec mon parcours et que je dirais à tout jeune joueur, c’est qu’il faut continuer à apprécier ce sport même si le chemin ne s’ouvre pas directement. Ça peut arriver à 20, 23 ans… On ne sait jamais. »

    Et après ça, on remercie la vie pour ces folles aventures qu’elle offre.

    1. Outre-Manche, les académies restent la voie privilégiée pour accéder au rugby professionnel.

    Sa passion pour l’histoire

    La vie d’un rugbyman international est souvent assimilée à un marathon. Dur, impitoyable et offrant relativement peu de répit. Il est ainsi préférable d’optimiser ses temps de repos. Pour cela, chacun a sa méthode : encore plus de sport ou d’analyse, du temps en famille, entre amis, ou un libre cours laissé à d’autres passions.

    Huw Jones, lui, est du genre à stimuler l’esprit et l’imaginaire. Car si le natif d’Édimbourg a pris de son paternel, professeur d’histoire, une idylle brûlante avec le rugby, il l’a aussi suivi dans sa passion apaisante pour l’histoire et la lecture.

    Huw Jones s’est engagé pour deux saisons avec le RCT.
    Huw Jones s’est engagé pour deux saisons avec le RCT.
    Camille Dodet / Var-matin

    Une petite flamme qu’il essaie d’entretenir au quotidien : « Je trouve ça fascinant parce que ce sont souvent des récits incroyables sur des gens réels, des décisions réelles, des vies réelles. […] Est-ce que ça peut me servir pour le rugby ? Je ne sais pas (rires). Disons qu’inconsciemment, ça peut inspirer. J’aime en apprendre plus sur les grands personnages historiques, les grands leaders. Alors, même si vous ne vous dites pas activement “Aujourd’hui, je vais être Jules César” quand vous êtes sur le terrain (sourire), vous avez pris tellement d’informations là-dessus que ça s’ancre peut-être un peu en vous. »

    Ses lectures favorites ? « Une série sur Gengis Khan (le fondateur de l’immense Empire mongol) qui était incroyable… Mais il y a tellement d’œuvres que j’ai lues et que j’ai oubliées car je passe d’un livre à l’autre… (rires) ».

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