“Aucune économie”, “austérité cachée”: l’opposition critique le budget bruxellois
mise à jour
Lors de son conclave budgétaire, le gouvernement bruxellois a fixé un effort sur les politiques d’emploi de 40 millions dès 2026 et de 55 millions en 2027 pour atteindre progressivement 75 millions à l’horizon 2029, a affirmé lundi le ministre-président bruxellois Boris Dilliès (MR). Il doit y parvenir tout en revenant à l’équilibre budgétaire d’ici 2029, ce qui exige “des choix courageux”, a-t-il souligné, lisant sa déclaration de politique générale au Parlement.
MDV
Source: BELGA
5 octobre 2026, 13:24Dernière mise à jour: 15:22
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“Redresser une Région prend du temps... Une trajectoire budgétaire, une administration réformée, une friche industrielle qui redevient un lieu d’emploi: rien de tout cela ne se mesure en semaines. C’est le travail patient de ceux qui préfèrent les fondations aux façades”, a-t-il insisté, non sans avoir égrainé nombre de réalisations concrètes au cours des huit premiers mois d’activités de son équipe et pour les prochains mois.
Ainsi, Actiris a été recentré sur ses activités. Selon M. Dilliès, à terme, sept agents sur dix seront sur le terrain. Chaque personne qui s’inscrit est désormais reçue dans les 15 jours.
Une nouvelle aide soutiendra les employeurs qui font le pari d’embaucher des Bruxellois éloignés de l’emploi. Et au premier semestre 2027, une convention entre Actiris et l’Inami permettra d’accompagner plus vite vers l’emploi les personnes en incapacité de travail.
Le ministre-président a également annoncé que les premières entreprises seront installées sur le site d’Audi d’ici la fin 2027.
Un nouveau Plan régional de mobilité sera adopté d’ici la fin 2028.
D’ici à novembre prochain, un Plan Pluriannuel d’Investissement relatif aux ponts, tunnels et viaducs sera déposé, incluant la rénovation à l’identique des tunnels Bailli et Vleurgat, “avec maintien de deux bandes de circulation dans chaque sens”.
Pour la nouvelle ligne de tram 15, “nous espérons des avancées majeures d’ici 2027” pour la procédure de permis, a-t-il encore dit.
Le ministre-président a confirmé la vente du complexe immobilier qui abrite actuellement son cabinet boulevard du Régent et rue Ducale. Lui-même et son équipe déménageront au BIP, le siège officiel du gouvernement bruxellois situé Place Royale.
Pour soutenir la classe moyenne, le doublement de la prime Be Home et la baisse d’1% de l’impôt des personnes physiques ont été approuvés en première lecture par le gouvernement.
Pour rendre la rénovation énergétique accessible à davantage de Bruxellois, en commençant par ceux qui en ont grandement besoin, 66 millions d’euros par an seront dégagés dès l’an prochain pour mettre en place des prêts énergie et rénovation à taux zéro. Le dispositif sera présenté au gouvernement cet automne.
M. Dilliès s’est peu attardé sur la compétence du logement. En début de matinée, le président de son parti, Georges-Louis Bouchez, a soutenu qu’aucun accord n’avait été donné dans le cadre des négociations budgétaires pour libérer les fonds à la Société du Logement de la Région Bruxelloise (SLRB) tant que le président du Foyer anderlechtois, Lotfi Mostefa (PS), restait en place.
À l’approche de l’hiver, le chef de l’exécutif a par contre insisté sur le fait que face au sans-abrisme, “aucun enfant ne doit dormir dans la rue à Bruxelles” et sur le maintien, toute l’année, de 185 places spécifiquement destinées aux familles. L’Hébergement Autonome Collectif Négocié représente quant à désormais près de 900 places réparties sur 13 sites.
L’objectif est de sortir progressivement de la seule logique de l’urgence, en articulant mise à l’abri, accès aux droits et aux soins, accompagnement et autonomie.
Le PTB craint une austérité dure cachée et moins de services à la population
La fière annonce par le gouvernement bruxellois d’un déficit divisé par deux n’est accompagnée d’aucune trajectoire claire et fait craindre une austérité dure cachée dont on ne veut pas, dont les syndicats ne veulent pas, dont la société civile ne veut pas. C’est ce qu’à soutenu lundi matin la cheffe du groupe PTB Françoise De Smedt, sans attendre la fin de la déclaration du ministre-président bruxellois.
“Comme la prolongation du moratoire dans la fonction publique. Tout ça aboutira à moins de services à la population, comme la réduction des collectes de sacs poubelles blancs. Tout ça aboutira à une ville plus sale, à moins de services à la STIB, … et à plus de pression sur le personnel”, a-t-elle commenté.
Aux yeux de la cheffe de file bruxelloise du PTB, en attendant, la crise du logement continue à sévir et le gouvernement n’en fait toujours pas une priorité: “pas d’encadrement contraignant des loyers, pas de contribution des gros promoteurs pour du logement abordable, juste le petit sparadrap qui tient à peine”.
“Les jeunes ne peuvent plus se loger, les travailleurs quittent Bruxelles. Cette crise doit s’arrêter. Mais manifestement, ce n’est pas une priorité de ce gouvernement”, a-t-elle conclu.
Anders bétonne le pouvoir du PS, selon la N-VA
Le budget présenté aux Bruxellois relève davantage du vœu pieux que d’une politique budgétaire sérieuse, a soutenu lundi le chef du groupe N-VA au Parlement bruxellois, Gilles Verstraeten. Celui-ci s’interroge sérieusement sur les économies annoncées.
“Je vois surtout des dépenses supplémentaires et tout ce sur quoi on ne fait aucune économie. La seule recette ponctuelle concrète est la vente du bâtiment abritant le cabinet du ministre-président. Les centaines de millions d’euros de véritables économies doivent presque entièrement provenir d’une réforme de l’administration dont rien n’a encore été réalisé à ce jour”, a-t-il détaillé.
Pour l’élu de la formation nationaliste flamande, la crédibilité de la trajectoire budgétaire est sujette à caution. “On maintient encore un milliard d’euros hors budget et, pour l’instant, les économies annoncées existent surtout sur papier. Malgré le refus de la Cour des comptes de certifier les comptes régionaux depuis 2018, ou l’impossibilité de celle-ci de formuler une opinion, ce gouvernement présente l’équilibre budgétaire en 2029 comme s’il s’agissait d’une certitude. C’est prendre ses désirs pour des réalités avec l’argent du contribuable”, a-t-il dénoncé.
Selon Gilles Verstraeten, le ministre du Budget Dirk De Smedt, “coarchitecte de la politique budgétaire catastrophique de ces dernières années”, a une nouvelle fois sorti sa boîte à astuces.
Le chef de file N-VA estime que comme en Flandre (ndlr: dont le gouvernement est dirigé par la N-VA), “quand on remet honnêtement son budget en ordre, on prend des mesures que les citoyens ressentent et on le dit clairement. C’est une question de crédibilité. À Bruxelles, on fait l’inverse en reportant les choix douloureux et en présentant comme acquises des économies incertaines”.
Sur le plan politique, Gilles Verstraeten ne voit qu’un seul gagnant: le PS, grâce au ministre du Budget Dirk De Smedt (Anders).