Blocage des lycées : "On lui a interdit de venir", "Je suis derrière eux", des parents partagés sur l'attitude à adopter - ICI
Publié le samedi 3 octobre 2026 à 12h40
Interdire à son enfant de participer au blocus, le soutenir sans réserve ou faire le pied de grue devant son lycée pour s'assurer qu'il ne lui arrive rien : depuis le début de la mobilisation des lycéens, les parents, directement interpellés par le gouvernement, hésitent sur l'attitude à adopter.
Alors que les organisations lycéennes ont appelé à poursuivre la mobilisation mardi 6 octobre, faute de "mesures concrètes" proposées par le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray s'est adressé aux parents d'élèves en ces termes dans le 20h de France 2 jeudi soir : "Ne laissez pas vos enfants partir dans ce genre de contexte" . Mais devant les lycées bloqués, les parents, partagés entre fierté et angoisse, hésitent sur l'attitude à adopter.
Interdire ou soutenir ?
Devant la cité scolaire Claude Monet dans le 13e arrondissement de Paris, Anya, 53 ans, se hisse sur la pointe des pieds. Son fils est en seconde et elle redoute qu'il soit venu manifester avec ses camarades. "On lui a interdit de venir. J'espère qu'il n'est pas là, mais il est sorti de la maison, alors... On a peur que la situation se dégrade", avoue cette mère de famille, qui n'ose pas s'approcher davantage en raison d'une poubelle en feu à quelques mètres de là.
À ses côtés, une autre mère affiche un soutien sans réserve. Son fils participe au blocus. "Moi, je suis derrière eux", assure-t-elle. "Ce qui me fait peur pour eux, c'est la police, c'est tout", poursuit-elle, regrettant que les étudiants du campus de Tolbiac, situé juste derrière, n'aient pas encore rejoint le mouvement.
"Bon, ça suffit, maintenant ! Vous arrêtez !", s'énerve Lan Tan, 53 ans, en s'adressant à des garçons cagoulés, après l'incendie de la poubelle. Représentante de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) et mère d'une élève de seconde, elle se relaie avec d'autres parents devant le lycée pour "assurer la sécurité des enfants". "C'est important de les encadrer, même de loin pour éviter les débordements. Hier, ils ont tiré des mortiers juste devant un groupe, c'était n'importe quoi ! On leur a dit et ils ont compris", se félicite-t-elle, pas du tout intimidée par les grands gaillards devant elle.
"On surveille"
À Lyon, la même stratégie a été adoptée par des parents d'élèves du lycée Ampère. Vendredi matin, l'ambiance est plutôt sympathique grâce aux viennoiseries distribuées gratuitement par la boulangerie voisine, mais les parents présents restent vigilants, par peur des casseurs qui viendraient se greffer au mouvement, et de la réaction de la police.
"On surveille, on circule et on essaye de repérer", explique à l'AFP Arnaud, père d'un élève de première. "Souvent, ça démarre par un petit groupe, et un autre petit groupe arrive et ils s'agrègent", continue le père de famille. En Haute-Savoie, la FCPE explique à ICI Pays de Savoie soutenir le mouvement lycéen et être présente dans les cortèges pour surveiller les élèves et tenter de limiter les débordements.
Libre arbitre des lycéens : des parents divisés
Élève en terminale au lycée des Petits Champs à Paris, Noé, 18 ans, est lui resté chez lui vendredi matin. Sa mère n'était pas rassurée de le savoir sur un blocus. "Quand je vois le dispositif mis en place et les réactions de certains policiers, ça n'est vraiment pas rassurant", explique Jade. À Marseille, Gaëlle, 53 ans, mère d'un étudiant, se dit "outrée par le comportement de la police [...] Ce qu'il faudrait, c'est qu'on réponde aux demandes des enfants. S'ils veulent brûler trois poubelles, on s'en fout".
"Il faut responsabiliser les parents", estime pour sa part François, 60 ans, qui ne supporte plus les débats incessants sur le groupe WhatsApp de la classe de son fils, qu'il juge "monopolisé par certains parents" favorables aux blocus. "Ces jeunes sont instrumentalisés par LFI, qui vient repérer de futurs militants ou responsables politiques", ajoute-t-il, reprenant un argument également avancé par l'exécutif.
Cette accusation met Sébastien, père de deux enfants scolarisés au lycée Maurice-Ravel à Paris, en colère. "On sous-entend que ce mouvement est téléguidé par LFI pour le décrédibiliser, comme si les lycéens étaient incapables de se mobiliser par eux-mêmes et d'exprimer leur colère".
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