Black Widow : critique d'un triste crash de Marvel

Par Geoffrey Crété

21 septembre 2026

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Second couteau de luxe de Marvel depuis Iron Man 2, Scarlett Johansson, alias Natasha Romanoff alias Black Widow alias la Veuve noire, a enfin droit au film solo que le monde attendait (ou pas). Elle devait simplement attendre le succès de Wonder Woman chez DC puis Captain Marvel dans le MCU, et de mourir dans Avengers : Endgame. Et malgré la présence de Florence Pugh, Rachel Weisz et David Harbour à ses côtés, la plus terrienne des Avengers a bien du mal à justifier son retour d’outre-tombe dans ce premier film de la Phase 4, réalisé par Cate Shortland.

Black Widow : critique d'un crash Marvel

© Marvel

AVENGERS : END-GAME OVER

Cadeau final pour récompenser les bons et loyaux services (chiffrés à quelques dizaines de millions) de Scarlett Johansson ? Pure manœuvre stratégique pour recouvrir une décennie de paresse à avoir relégué les super-héroïnes aux arrières-plans ? Véritable nécessité dramatique pour clore l’histoire du personnage, oublié comme une assiette sale à la fin d’Avengers : Endgame ? L’existence même de Black Widow soulève quelques questions.

Il y a quelques années (c’est-à-dire à l’époque où l’histoire se déroule, après-pendant Captain America : Civil War), cette aventure solo aurait eu du sens pour meubler avant la guerre des Pierres d’infinité, et approfondir le personnage, particulièrement après les flashbacks en Russie d’Avengers : L’Ère d’Ultron. Post-Thanos, alors que le MCU prépare un nouveau chapitre, la mission solo de Black Widow a des allures de parenthèse désenchantée à tous les niveaux.

La galaxie Marvel décolle de plus en plus vers le cosmos, et ce retour en arrière, qui marque une exception post-mortem dans la narration linéaire et rigide du MCU, faisait le pari d’une aventure terrienne. Pour exploiter le passé de Natasha, et assumer son manque criant de super-pouvoirs dignes de ce nom, le blockbuster à 200 millions glisse naturellement vers le film d’espionnage, avec quelques ficelles empruntées à Captain America : Le Soldat de l’hiver. Mais cette grande opération dédiée à Scarlett Johansson ne peut que confirmer les pires craintes : le film Black Widow est une étape hautement dispensable du MCU, et une pause particulièrement molle et insipide.

Black Widow : photo, Scarlett Johansson
Se relever pour un dernier chèque

copie con-forme

C’est d’autant plus dommage que Black Widow démarre bien, avec une longue introduction aux airs de The Americans, voire de WandaVision pour le rapport tordu à l’american dream – et avec Ever Anderson, fille de Milla Jovovich et Paul W.S. Anderson, dans la peau d’une jeune Natasha. Simple, propre et sobre, ce prologue ancre le film dans une réalité émotionnelle plus crédible qu’à l’accoutumée, et détourne discrètement l’idée de la sacro-sainte famille.

De retour à la réalité post-Civil War (pauvre William Hurt, chargé de promener sa moustache et mentionner les accords de Sokovie pour le contexte), la suite embraye vite, et place les pions de l’intrigue sans perdre de temps. L’isolement de Natasha, la présentation de Yelena Belova, l’enjeu de l’intrigue, la menace Taskmaster : la machine semble bien lancée, avec une économie de paroles bienvenue. Mais elle ne tarde pas à dérailler, ou plutôt à revenir sur les rails les plus rouillés du MCU.

Black Widow : photo
Allégorie d’un film aux airs de déjà vu

Car derrière ses airs de Jason Bourne, avec plus de voyages que la moyenne du MCU, Black Widow se résume vite à une molle course pour des fioles magiques, construite autour de quelques maigres scènes d’action. Hormis une évasion de prison qui ressemble à un hommage à Mulan, c’est un énième festival de bitume, de carosserie froissées et de bastons mal filmées, jusqu’à l’inévitable climax sous forme de bande demo CGI où tout explose. Même là, les quelques idées amusantes sont vite expédiées, ramenant systématiquement le spectacle vers la norme du genre.

Black Widow manque désespérément d’idées à tous les niveaux, avec une direction artistique d’une tristesse infinie. Des rues où filent les voitures et motos aux plans larges blindés de CGI, en passant par les décors intérieurs de cuisines et salons, ce monde semble désespérément petit à mesure que le MCU s’agrandit. Même le QG du grand méchant, censé être l’idée la plus fantaisiste du film, semblera bien familier pour quiconque a suivi les aventures des Avengers.

Le fait que le méchant Taskmaster puisse imiter les mouvements de ses adversaires et notamment des Avengers (une bonne idée, jamais réellement exploitée), est presque meta tant le film Black Widow se contente de recycler des années d’expertise hollywoodienne chez Disney. Tout ou presque semble être la photocopie d’une scène ou d’une idée déjà vue, à tel point que l’un des twists renvoie directement à un précédent exploit de l’héroïne dans le MCU.

Black Widow : photo, Florence Pugh, Scarlett Johansson
Waouh, une moto (non)

MISSION : TROP POSSIBLE

Le traitement des scènes d’action reste néanmoins le meilleur symptôme de cette maladie hollywoodienne qui contamine les grosses productions. Dans Black Widow comme dans tous les films du MCU, ces moments de poursuites et autres bastons se perdent dans les mêmes problèmes de découpage et montage hasardeux, tuant la moindre bonne idée de chorégraphie. L’affrontement entre Natasha et Yelena en est un bon exemple : la force des personnages repose sur leur brutalité et agilité, mais leurs mouvements sont si hachés que toute l’énergie est perdue à l’image.

L’explication est simple : l’équipe qui gère ces scènes d’action est quasiment la même de film en film, et les cinéastes sont à peine impliqués (la réalisatrice Lucrecia Martel a expliqué avoir refusé Black Widow quand les producteurs lui ont dit qu’elle n’aurait pas à gérer ces séquences). Irrémédiablement, cette séparation du pouvoir condamne la majorité des blockbusters à avoir la même allure. Marvel n’a pas inventé cette recette, mais en a fait la clé de voûte de son spectacle. Et Black Widow est un parfait représentant de cette race de blockbusters.

Black Widow : photo, Scarlett Johansson
Bon courage

Résultat : le film a cette même saveur tiédasse à tous les étages. Le rendu des CGI n’est pas toujours heureux, la faute notamment à une photographie peu inspirée. Scarlett Johansson est parfois coiffée et maquillée comme une poupée Barbie (notamment pour la scène dans la prison). La musique signée Lorne Balfe (qui a remplacé Alexandre Desplat, éjecté du projet selon ses propres mots) n’a aucune identité. Et il n’y a aucune scène d’action véritablement mémorable, au-delà de quelques idées amusantes et souvent survolées.

Sans super-pouvoirs ou combinaisons high tech, Black Widow n’avait que les mandales pour remplir l’espace. C’était même le contrat tacite d’un film dédié à des espionnes. Et c’est un bel échec, tant n’importe quel John Wick, Mission : Impossible, ou même Atomic Blonde a fait mieux, et plus inventif.

Black Widow : photo
En chute libre oui

FROM RUSSIA WITH BOF

Le scénario est le dernier clou dans le cercueil de la Veuve. Officiellement écrit par Eric Pearson (derrière Thor : Ragnarok et Godzilla vs. Kong), avec Jac Schaeffer (WandaVision) et Ned Benson (La disparition d’Eleanor Rigby) crédités pour l’histoire et sûrement les seules bonnes idées sur le papier, Black Widow est un best of de quelques unes des pires recettes de Marvel.

A commencer par l’humour, d’une lourdeur parfois fascinante lorsque David Harbour se mue en loser catégorie poids lourd et chanteur de karaoké en temps de crise, réduisant l’amusante idée du poussiéreux Captain America soviétique à un gag de sitcom. La mécanique est justement celle d’une sitcom pour cette famille de fortune, qui passe tout le film à avouer/désavouer ses sentiments entre deux fusillades et verres de vodka. C’est aussi ça la magie Marvel : avoir Rachel Weisz, l’entourer de cochons (au sens propre et figuré), et donner envie de pleurer face à cet immense vide.

Black Widow : photo, Rachel Weisz, Florence Pugh
Notre belle-famille

Avec ce chant d’amour à la gloire de la famille-anormale-mais-tellement-chou, Black Widow orchestre un climax d’une bêtise particulièrement savoureuse. Grand méchant qui déroule son plan comme dans un mauvais James Bond, révélation flairée depuis une heure grâce à un étrange choix au générique, réutilisation d’un gimmick de l’héroïne grillé dans un précédent film, lourds flashbacks pour alourdir la surprise, résolution 100% niaise qui saborde l’une des bonnes cartes du film, sans parler d’une idée de casting qui mériterait à elle seule un article (méchant) : le voyage se termine dans un crash, dans tous les sens du terme.

Et ce ne sont pas les scènes finales qui vont sauver l’affaire. Il y a une scène pré-générique censée donner un sens à cette parenthèse dans la trajectoire de Natasha après le chaos Civil War, et une scène post-générique qui place quelques billes pour la Phase 4. La première est parfaitement dispensable à ce stade, et la deuxième ressemble à une obligation de service après-vente, pour fournir la dose de teasing contractuelle.

De quoi confirmer que ce Black Widow, retardé pendant des années (en partie à cause d’Ike Perlmutter, précédent boss de Marvel Studios qui avait aussi freiné Captain Marvel et Black Panther), arrive mille ans trop tard pour servir sa cause. Mais pas assez pour ne pas entâcher les adieux d’un personnage majeur des comics, créé à la même époque qu’Iron Man et Thor, et qui aura payé les pots cassés d’un studio incapable d’écrire et assumer une super-héroïne.

Black Widow : Affiche

Rédacteurs :

Retour en arrière à tous les niveaux avec Black Widow, qui ressert une soupe tiède et sans saveur sous forme de compilation du pire de Marvel – intrigue plate, humour forcé, niaiserie surjouée et scènes d’action ternes. A ce niveau, c’est presque un fossile tant cette aventure arrive trop tard, et signe de tristes adieux pour un personnage trop souvent malmené.

Autres avis

  • Mathieu Jaborska

    Black Widow sacrifie le potentiel extraordinaire de son méchant, l'intimité de son récit et une occasion d'enfin se consacrer pleinement à l'action pour se conformer au modèle calibré du MCU. Sans les répercussions cosmiques et les pouvoirs délirants des derniers films de cet univers, il n'en est que plus fade.

  • Antoine Desrues

    Malgré son étonnante scène d'introduction, et la volonté de sa caméra de se rapprocher des corps de ses héroïnes, Black Widow traite cette quête identitaire tardive par-dessus la jambe. Depuis Falcon et le Soldat de l'Hiver, Marvel semble dédié à explorer de nouvelles profondeurs de l'ennui. Il faudrait peut-être arrêter de creuser...

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