Bisou sur la bouche, câlins et promesse de mariage : une institutrice risque 2 ans de prison pour avoir harcelé "son amoureux" de 11 ans

R.B., une institutrice qui était active dans la capitale en 2023, a comparu devant la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, celle dite "des mœurs". La jeune femme est poursuivie pour une atteinte à l'intégrité sexuelle et le harcèlement d'un élève âgé de 11 ans à l'époque. Défendue par Me Laura Pinilla, l'institutrice conteste le bisou sur la bouche "de son amoureux", selon ses propres termes, tout en reconnaissant les faits de harcèlement et un comportement "inadéquat" avec le très jeune élève.

Inadéquat, le terme est faible pour la représentante du ministère public, aux réquisitions ce mercredi, qui fait état de nombreux câlins, de bisous, notamment celui sur la bouche qui fonde pour elle la prévention d'atteinte à l'intégrité sexuelle. "Même si c'est juste pour dire bonjour, c'est déjà très déplacé", souffle-t-elle. "Elle dit de lui que c'est "son amoureux", il y a des promesses de mariage, une demande d'exclusivité… La connotation sexuelle est évidente. À onze ans, on devient un préado, même lui ne pouvait l'ignorer", estime la magistrate debout.

Au cours de cette année scolaire de 2022-2023, l'institutrice a échangé de nombreux messages avec l'enfant, via la messagerie Snapchat. R.B. se montre particulièrement insistante avec son élève : "Pourquoi tu ne viens pas me parler en premier quand tu te réveilles ?","J'attends ta déclaration d'amour devant tout le monde", "C'est fini entre nous, je te préviens", cite notamment la substitut du procureur du Roi.

"Trop maternelle"

"Depuis le signalement de madame et la présente procédure, il n'y a pas eu de nouveaux faits, c'est rassurant même si j'estime que madame minimise encore aujourd'hui. Les experts psychiatres estiment qu'elle ne souffre d'aucun trouble mental, qu'il n'y a pas de tendance pédophile et un risque de récidive très peu probable, ce qui est aussi rassurant. Mais il y a clairement eu une confusion des places entre adulte et enfant, institutrice et élève", poursuit-elle en demandant au tribunal de la condamner à deux ans de prison avec sursis probatoire, moyennant un suivi psychologique rapproché et une interdiction de travailler avec des mineurs.

"J'étais trop maternelle, je lui ai mis la pression, je n'aurais pas dû, vous a-t-elle dit en instruction d'audience", rappelle Me Pinilla lors de sa plaidoirie, qui reconnaît le caractère "délicat" du dossier car "il touche à l'une de nos valeurs les plus fondamentales, la protection de l'enfance", introduit la pénaliste.

L'avocate rappelle que l'histoire du bisou sur la bouche ne ressort d'aucune audition de l'enfant concerné, "malgré les questions insistantes des policiers, il n'a parlé que de bisou sur la tête ou sur les joues", plaide-t-elle, entre autres éléments. De toute façon, la toge noire estime que ce soi-disant bisou sur la bouche n'entre pas dans le champ juridique couvert par l'infraction d'atteinte à l'intégrité sexuelle.

La 54e chambre rendra sa décision le mois prochain.

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