Info ou intox - Ben Gvir déporte un Gazaoui vers un Paris dévasté ... et généré par IA
A retrouver dans l’émission
Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a partagé sur X une vidéo générée par IA où il prend les traits d'un génie, accédant au "voeu" d'un Gazaoui en le déportant par magie vers un Paris en ruines après les manifestations du 17 octobre. Une provocation qui a déclenché une joute en ligne avec le Quai d'Orsay, et qui illustre l'omniprésence de l'IA dans la campagne électorale israélienne à l'aube du scrutin du 27 octobre.
"Gaza <3 Paris". C'est la légende qui accompagne la vidéo postée dimanche 19 octobre sur X par le ministre israélien de la Sécurité nationale. Sur les images, un vieil homme portant un keffieh, assis dans les ruines de Gaza, frotte une lampe magique. Un génie apparaît, empruntant les traits du ministre israélien d'extrême droite, chantre assumé de "l'émigration volontaire" des Gazaouis. Lorsque le Palestinien demande à quitter le territoire, Itamar Ben Gvir le téléporte instantanément à Paris, lui assurant qu'ici, "il se sentira comme chez lui".
Cette publication s'inscrit dans la droite ligne de la rhétorique actuelle du gouvernement israélien. Benyamin Netanyahou affirmait d'ailleurs mardi, sans la moindre preuve, que ce seraient "les migrants musulmans" qui incendieraient la France.
Bras de fer sur X
La diplomatie française n'a pas tardé à réagir sur son compte X "French Response", dédié à la lutte contre la désinformation. Le Quai d'Orsay a ironisé : "Imaginez que vous ayez une lampe magique et que vous gaspilliez votre vœu auprès de Ben Gvir. Même la magie ne peut pas lever l'interdiction qui lui est faite d'entrer en France." Le ministre israélien est en effet interdit de séjour en France depuis mai dernier, en raison de propos et d'actes jugés "inqualifiables" envers des militants propalestiniens de la flottille pour Gaza.
Ben Gvir poste alors une nouvelle vidéo, s'adressant en français à Emmanuel Macron : "Je suis sûr que vous êtes très satisfaits de ce qui se passe. Vous avez obtenu ce que vous vouliez : un État palestinien !" Cette fois, son message s'accompagne d'une nouvelle image fabriquée par l'IA : une pseudo rue parisienne, dévastée, remplie de drapeaux palestiniens, avec au fond une Tour Eiffel drapée d'un keffieh géant.
Tous ces contenus portent bien la mention en hébreu signalant un contenu généré par l'IA. Mais tout en étant immédiatement identifiables, ils s'ajoutent au flot de désinformation autour de qui a véritablement manifesté le 17 octobre et pourquoi.
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En Israël, les premières élections "pilotées par l'IA"
Si la commission électorale israélienne oblige à signaler les contenus générés numériquement, la régulation s'arrête là. Ce qui fait dire aux analystes qu'Israël est un véritable cas d'étude pour comprendre comment l'intelligence artificielle est en train de remodeler les élections à l'échelle mondiale.
Car au-delà de la passe d'armes diplomatique, cette séquence met en lumière l'omniprésence de l'IA dans la politique israélienne à l'aube du scrutin du 27 octobre (lien en anglais), qui s'annonce ultra-serré. Tous les partis semblent l'utiliser massivement, le Likoud de Benyamin Netanyahou en premier. L'ancien ministre Bezalel Smotrich est même allé jusqu'à poster des vidéos mettant en scène de fausses arrestations de juges ou de procureurs considérés comme des opposants.
Des IA conversationnelles sont également utilisées pour démarcher les électeurs par téléphone, et de faux comptes sont massivement déployés pour gonfler artificiellement la visibilité des campagnes de Netanyahou et de Ben Gvir sur les réseaux sociaux.
Alors qu'un quart des Israéliens comptent utiliser l'IA pour les aider à choisir leur vote, des enquêtes révèlent que le gouvernement a déjà "placé" des contenus favorables sur le web. L'objectif ? Influencer l'apprentissage des IA pour qu'elles génèrent des réponses pro-gouvernementales. De la politique extérieure à la politique intérieure, il n'y a qu'un pas, qui pourrait être franchi lors des élections de la semaine prochaine.
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