Béatrice Riand dynamite le mythe de la maternité dans un livre

Dans son nouveau court roman incisif paru aux éditions BSN Press, 'Sagrada Familia', l'autrice valaisanne Béatrice Riand envoie valser l'image d'Épinal de la maternité épanouie. Un chemin de croix jubilatoire mené tambour battant au fil des quatorze semaines de congé maternité.

"Qu'est-ce que la vie exige de moi? Hein? Que je renonce à tout pour un gnome incontinent qui dans vingt ans se prendra peut-être pour un arbre?" Le ton est donné dès les premières lignes: chez Béatrice Riand, la naissance n'a rien du conte de fées cotonneux.

Après avoir abordé des tragédies sombres comme l'inceste ('Ces gens-là'), le harcèlement ('J’aurais préféré Baudelaire heureux') ou la violence scolaire ('Si vite que courent les crocodiles'), l'écrivaine tenait à s'emparer de la maternité par le rire: "J'avais envie de m'amuser. [...] Mais je me suis rendu compte que faire rire, c'est comme une espèce de mécanique et l'on doit être très précis dans le rythme. Cela a été quelque chose de l'ordre de l'apprentissage, mais j'ai beaucoup aimé", explique l'écrivaine valaisanne dans Vertigo du 16 octobre.

Exit l'image douce de la maternité

Avec 'Sagrada Familia', son nouveau roman d’une centaine de pages, elle prend le contre-pied absolu des représentations lissées de la maternité. Pour casser cet imaginaire, elle prête sa plume à Jade, une jeune éditrice neuroatypique de 33 ans, brutale de franchise, catapultée du jour au lendemain dans un face-à-face déroutant avec un nourrisson braillard prénommé César.

"Si l'on veut dynamiter l'image d'Épinal de la maternité, on doit sortir les gros moyens", revendique l’autrice dans Vertigo du 16 octobre. "C'est le récit sans fard de la maternité, [loin de ce] que l'on nous vend dans les magazines (...). Je voulais vraiment montrer l'espèce de violence qu'il y a dans la maternité."

Loin du ravissement obligé, Béatrice Riand dépeint le choc physique et psychique infligé par l'arrivée d'un enfant. "Une grossesse, ce n'est rien d'autre que d'être squattée, sans le bénéfice d'un loyer d'ailleurs, et sans possibilité d'expulsion du locataire", souligne-t-elle avec humour.

Dépossédée de sa vie

Avant d'écrire son livre, Béatrice Riand s'est demandé ce qu'il resterait pour les femmes de la maternité si l'on enlevait le côté affectif. Jade, son héroïne, se sent pour sa part dépouillée de sa propre vie. "On est complètement défaite, complètement détruite. Vous avez le cerveau en vrac, les hormones qui partent dans tous les sens et il faut être absolument disponible pour un petit tyran. Donc oui, on est dépossédée de son temps, de son corps, de son cerveau, de ses hormones, de sa vie sociale, de sa vie professionnelle, souvent de sa vie amoureuse", analyse l'écrivaine.

Pourtant, sous la satire féroce, l'œuvre esquisse une rédemption intime. "On a l'impression que c'est le chemin d'une destruction, mais en fait, c'est plutôt le chemin d'une reconstruction. (...) [Jade] reprend les rênes de sa vie. Elle subit au début et ensuite elle crée autour d'elle de vraies relations, de vraies rencontres. C'est l'histoire d'une femme qui se reconstruit", analyse Béatrice Riand, qui se définit elle-même comme une "mère imprécise" et plaide pour le droit élémentaire d'"être des mères imparfaites".

Propos recueillis par Rafael Wolf Adaptation web: Melissa Härtel

Béatrice Riand, 'Sagrada Familia', BSN Press, septembre 2026

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