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  • 2026-07-27 10:30:23 +0000 UTC

    Jul 27, 2026

    Incendies en France : la gestion des forêts est "une vraie bombe"

    Si l'incendie massif en Gironde compte lundi "moins de foyers actifs", il n'est toujours pas stabilisé et pourrait repartir de plus belle. Face à ces phénomènes qui s'aggravent, des spécialistes préconisent de repenser l'entretien des forêts.

    Les pompiers mènent lundi une nouvelle journée de combat en France contre les gigantesques incendies qui ravagent la région bordelaise, à la veille d'un nouvel épisode météo de fortes chaleurs risquant de nourrir les brasiers: Météo-France prévoit une vague de chaleur sur le sud-ouest dès mardi avec des maximales jusqu'à 40 degrés et des vents moins forts mais plus secs.

    >> Lire à ce sujet : Totalement imprévisible, l'incendie près de Bordeaux pourrait s'aggraver avec la canicule qui s'annonce

    Après plusieurs journées de progression ininterrompue en Gironde, les flammes ont ravagé 42'000 hectares de forêts et de landes, poussant quelque 200'000 personnes à quitter leurs habitations. L'incendie se situe désormais à 15 kilomètres de la ville de Bordeaux, dans une situation jugée "très défavorable" par les autorités.

    >> Le point de situation dans La Matinale de lundi :

    Des habitations proches de l'incendie à Le Porge, en Gironde. [NurPhoto via AFP - ALBERT LLOP]NurPhoto via AFP - ALBERT LLOP

    Le point sur les incendies en Gironde / La Matinale / 2 min. / aujourd'hui à 06:20

    Feu convectif et orage de feu

    "C'est inédit en France", observe Sébastien Lahaye, ancien pompier et président du bureau d'études Warucene, spécialisé dans le risque de feux de forêts et d'espaces naturels, lundi dans La Matinale de la RTS.

    "C'est un feu qu'on appelle convectif, ce sont les plus imprévisibles. Alors que les autres feux sont guidés par le vent ou le relief, là il est guidé par une végétation très sèche et continue, qui génère ses propres aléas et sa propre météo", développe-t-il. Il est notamment lié au phénomène du pyrocumulonimbus ou "orage de feu", qui s'est créé vendredi 24 juillet alors qu'il n'avait encore jamais été observé en France (lire encadré).

    Par ailleurs, l'incendie "se joue du vent, peut se diriger dans toutes les directions et projette des sautes de feu à des distances très importantes", indique encore le spécialiste. "Et surtout, il développe un front d'une intensité extrême contre lequel on ne peut absolument pas lutter."

    Le "brûlage dirigé", un outil parmi d'autres

    Si le centre-ville de Bordeaux est hors d'atteinte, "toutes les habitations en périphérie et en interface avec les milieux naturels peuvent potentiellement être menacées", dit-il. "Il est très difficile de dire aujourd'hui où sera le feu dans deux-trois jours."

    Une propriété touchée à Le Porge, en Gironde. [NurPhoto via AFP - ALBERT LLOP]
    Une propriété touchée à Le Porge, en Gironde. [NurPhoto via AFP - ALBERT LLOP]

    Si la fixation puis l'extinction de l'incendie risque donc d'encore prendre plusieurs jours, Sébastien Lahaye estime qu'il faut repenser la gestion des paysages pour faire face à ces épisodes appelés à se multiplier. Il préconise notamment de recourir à la technique du "brûlage dirigé", soit de provoquer des feux localisés et maîtrisés dans certaines zones afin de créer des "discontinuités de combustibles aux endroits stratégiques", qui aident à stopper les incendies.

    "C'est un outil parmi d'autres, ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la prévention", note-t-il toutefois. "On l'a réintroduit en France depuis plusieurs années, mais c'est compliqué, on ne peut pas le faire partout. À l'interface des villes, on génère de la fumée, par exemple", explique-t-il.

    Réinvestir l'agriculture extensive

    Selon lui, il s'agit davantage de se réapproprier un ensemble de pratiques et de techniques de gestion des forêts: "À une époque, on gérait mieux la végétation en hiver, on laissait notamment moins les broussailles se développer partout, donc moins de continuité. On entretient globalement moins bien les forêts, les espaces agricoles, les espaces d'interface", déplore-t-il.

    "Ces dernières décennies, en France, en Europe et dans beaucoup d'endroits dans le monde, l'agriculture et les pâturages extensifs se sont repliés sur des zones plus réduites dans nos paysages. À la place, on a des grands espaces de friches, de lande ou de forêts complètement fermées, et on a multiplié la présence humaine autour de ces espaces. C'est une vraie bombe qu'on a créée!"

    Par conséquent, conclut-il, "il faut vraiment se réapproprier toutes ces techniques de gestion du territoire et remettre en place de l'agriculture, du pastoralisme extensif. Il y a plein de choses qui peuvent permettre de maîtriser la végétation au bon moment."

    >> Écouter l'interview de Sébastien Lahaye dans La Matinale :

    Des pompiers luttent contre un incendie de forêt à San Martin de Valdeiglesias, à l'ouest de Madrid, en Espagne, le dimanche 26 juillet 2026. [Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved - MANU FERNANDEZ]Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved - MANU FERNANDEZ

    En France et en Espagne, les pompiers luttent contre de très violents incendies: interview de Sébastien Lahaye / La Matinale / 7 min. / aujourd'hui à 07:18

    Pierrik Jordan avec afp

    Propos recueillis dans La Matinale et Tout un monde

    Le pyrocumulonimbus, ou orage de feu, un phénomène extrême

    Un pyrocumulonimbus, ou "orage de feu", a été observé pour la première fois en France vendredi 24 juillet. Il s'agit d'un nuage généré par l'incendie lui-même, formé par les fortes différences de chaleur et la condensation des végétaux brûlés et chargé de fumée et de suie.

    Les feux en Gironde, aux abords du Cap-Ferret, ont généré le tout premier pyrocumulonimbus observé en France. [AFP - ROMAIN PERROCHEAU]
    Les feux en Gironde, aux abords du Cap-Ferret, ont généré le tout premier pyrocumulonimbus observé en France. [AFP - ROMAIN PERROCHEAU]

    L'élévation de la température au sol, au cœur de l'incendie, est telle que la chaleur intense monte en colonne et rencontre des masses d'air plus froides au sommet. Ce contact crée un pyrocumulus qui peut s'intensifier et devenir un pyrocumulonimbus.

    Le nuage ne génère pas de précipitations, mais plutôt des orages secs, qui déclenchent de nouveaux foyers d'incendie en générant des éclairs ou en projetant des "attaques de braises" au sol. Il peut aussi créer des tornades ou des tourbillons de feu.

    Un pyrocumulonimbus photographié en Australie en décembre 2023. [Anadolu via AFP - JEN OSBORNE]
    Un pyrocumulonimbus photographié en Australie en décembre 2023. [Anadolu via AFP - JEN OSBORNE]

    S'il n'avait jamais été observé en France, un tel orage de feu n'est "pas du tout" inédit en Europe, rappelle Sébastien Lahaye. "On a déjà eu ces phénomènes extrêmes en Espagne, au Portugal ou en Grèce ces dernières années. Mais c'est un marqueur de ce que vont être les incendies de plus en plus souvent désormais."

    Prévention et mécanisme d'entraide à l'échelle européenne

    Face à ces feux, le mécanisme européen d'entraide a été activé. La France y a fait appel dès le 23 juillet. "Depuis le mois de juin, un peu moins de 800 pompiers issus de quatorze pays européens sont positionnés dans plusieurs pays à risque, dont la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Portugal", résume sa coordinatrice, la commissaire européenne Hadja Lahbib, chargée de la gestion et la préparation des crises.

    Interrogée dans l'émission Tout un monde sur la manière dont l'UE se préparait à la multiplication de ces incendies dans le futur, elle indique que la Commission est active sur ce sujet: "Nous avons anticipé, avec une stratégie présentée en mars 2025 et des recommandations aux Etats-membres cette année. Et nous continuons à travailler sur un plan d'adaptation des Etats-membres aux changements climatiques."

    Un A400M français largue du produit retardant sur le feu. [AFP - ABDUL SABOOR]
    Un A400M français à l'œuvre. [AFP - ABDUL SABOOR]

    "Six milliards d'euros y sont consacrés", indique-t-elle, ajoutant que "le programme de protection civile européen est en train d'être réécrit pour le prochain cadre financier multiannuel. Nous avons demandé aux Etats-membres de nous donner les moyens de notre ambition avec un budget augmenté à 10,7 milliards".

    Ce mécanisme comprend notamment la formation commune de sapeurs-pompiers européens, l'hébergement et prise en charge des personnes déplacées ou sinistrées, la gestion de la pollution ou encore la reconstruction et la restauration des espaces naturels.

    >> L'interview de Hadja Lahbib dans Tout un monde :

    La commissaire européenne chargée de l'égalité, de la préparation et de la gestion des crises, Hadja Lahbib. [KEYSTONE - OLIVIER HOSLET]KEYSTONE - OLIVIER HOSLET

    Incendies hors de contrôle: la solidarité européenne à l'épreuve, l'invitée Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises / Tout un monde / 13 min. / aujourd'hui à 08:12

    Quant à l'échelle plus individuelle, pour se protéger dans les zones à risques, l'ex-pompier Sébastien Lahaye indique qu'il faut avant tout se poser les bonnes questions et anticiper. "Il faut se demander, si le feu arrive, par où va-t-il arriver et s'il peut se propager de la végétation alentours aux habitations. Cette réflexion doit mener à couper les végétations qui sont des mèches entre l'extérieur et l'intérieur", indique-t-il, rappelant qu'il faut aussi réfléchir à un espace où se mettre en sécurité.

    "Et puis peut-être supprimer des éléments combustibles, du mobilier ou des éléments en plastique, des choses qui pourraient transmettre le feu de l'extérieur vers l'intérieur de la maison. Sachant que globalement, les maisons en construction traditionnelle sont plutôt des refuges face au feu."

    2026-07-27 10:30:23 +0000 UTC