« Aujourd’hui, les drones font pleinement partie du combat naval » : avant sa visite à La Londe, le Pdg de Naval Group met en avant sa stratégie sur les drones et systèmes autonomes

Sa parole est plutôt rare. Avant de venir dans le Var pour la pose de la première pierre du nouveau site des Bormettes à La Londe-les-Maures, Pierre Éric Pommellet, le Pdg de Naval Group, nous a accordé une interview.

Que représente pour vous cette pose de première pierre, plus de quatre ans après l’annonce de la création d’un centre d’excellence dédié aux drones ?

C’est un jalon extrêmement important dans une stratégie que nous avons construite et que nous continuons à déployer. Il faut se rappeler qu’en 2022, quand nous avons redessiné la stratégie de Naval Group autour de la France, de l’international, des drones et des systèmes autonomes, nous étions au tout début de la guerre en Ukraine. À l’époque, parler d’investir pour devenir un champion des drones navals n’était pas un sujet dont on parlait beaucoup. Aujourd’hui, avec les retours d’expérience en mer Noire ou en mer Rouge, les drones font pleinement partie du combat naval. Notre stratégie est donc parfaitement confortée par la réalité. Le site des Bormettes à La Londe-les-Maures est le point de regroupement industriel de ces activités drones, systèmes autonomes et armes sous-marines. C’est un site centenaire auquel nous redonnons une existence en le projetant vers l’avenir.

Ça date un peu, mais en juillet 2025, dans une interview au journal Les Échos, vous déclariez : « Nos drones d’attaque seront en mission en mer dès la décennie prochaine. » Le site des Bormettes n’arrive-t-il pas un peu tard ?

Le site abandonné des Bormettes derrière la plage Miramar à La Londe-des-Maures où Naval Group va investir pour développer un site de drone.

En réalité, cela va plus vite que prévu : nos drones sont déjà à la mer ! Ils réalisent des missions et sont très régulièrement testés par la Marine nationale et d’autres marines européennes. Ce sera encore le cas la semaine prochaine lors de l’exercice Wildfire en Méditerranée, où l’on testera nos drones, mais aussi nos systèmes de lutte anti-drones. Parce que quand on développe le glaive, il faut aussi penser au bouclier. Pour être plus précis, sur les drones de surface, nos solutions sont déjà opérationnelles. Sur les drones sous-marins de grande performance, de grande élongation, nous avons des démonstrateurs qui naviguent et nous serons à la mer bien avant la fin de la décennie. Les choses s’accélèrent fortement.

Pouvez-vous nous donner quelques détails sur les drones que vous concevrez et fabriquerez éventuellement sur le site des Bormettes ?

Les Bormettes regrouperont des activités de conception, de fabrication, d’intégration et d’utilisation. Je le répète, Naval Group utilise déjà des drones. C’est le cas notamment à bord du navire de guerre des mines qu’on a développé, notamment avec notre partenaire Exail, pour la Belgique et les Pays-Bas et qui assure la première mission dronisée des flottes de l’Otan. Ce sera aussi le cas pour la France avec Thales, qui réalise également des drones de guerre des mines et avec qui nous allons aussi travailler. Mais dans le cadre d’un contrat d’équipement de frégates françaises, Naval Group intègre aussi des drones aériens hélicoptères, que ce soit le Schiebel ou l’Airbus VSR700. Et puis nous développons également nos propres drones, comme le Seaquest, un drone de surface d’une dizaine de mètres dédié aux missions de surveillance ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance, ndlr). Enfin, en partenariat avec la DGA et le ministère des Armées, on travaille sur le programme UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle), un drone sous-marin de combat à grande élongation dont nous préparons le prototype pour les deux ans à venir.

Tout cela demande de la main-d’œuvre. Où en êtes-vous en termes de recrutement ?

On est une entreprise dont les effectifs continuent à croître : de l’ordre de 300 à 400 personnes par an dans le Var et entre 1 000 et 1 200 personnes au niveau national. En termes de compétences souhaitées, on est parfaitement en ligne avec nos objectifs. Ce qui démontre que nous sommes attractifs aujourd’hui vis-à-vis des jeunes. Et le site de La Londe-les-Maures va être l’étendard de cette attractivité. Avec 4 500 salariés dans le Var, répartis entre Toulon, Ollioules, Saint-Tropez aujourd’hui et demain La Londe-les-Maures, Naval Group est une entreprise qui permet d’avoir des carrières, des métiers, partant d’un domaine pour aller à un autre, démarrant ouvrier pour être technicien et ingénieur. Voilà, on offre des profils de carrière. Je crois que c’est une marque de notre attractivité.

Vous ne rencontrez aucune difficulté ? Les métiers industriels intéressent encore la jeunesse française ?

L’industrie est redevenue dans le discours public un élément extrêmement important de notre souveraineté. La défense de la nation également, notamment depuis la guerre en Ukraine. Quant au nucléaire, il a aussi retrouvé des lettres de noblesse. Et il se trouve que Naval Group c’est la défense, le nucléaire et l’industrie. Mais il ne faut pas chômer. Aussi, on mène énormément d’actions vis-à-vis des jeunes, on prend des stagiaires en troisième, en seconde pour leur faire découvrir nos usines. On fait des partenariats avec les centres de formation, on travaille beaucoup avec l’UIMM pour adapter les formations à nos besoins. On travaille aussi sur la diversité. On est très actifs avec l’association « Elles bougent » pour aller convaincre des jeunes femmes de nous rejoindre. Donc on est attractifs, on tient nos plans de recrutement, mais il faut en permanence défendre nos métiers, rappeler ce que l’on est et se projeter dans l’avenir.

Principal constructeur des navires de guerre français, vous êtes également présents à l’export où la compétition est rude. Pouvez-vous faire le point sur les contrats que vous avez remportés ?

La compétition est rude, mais nos succès récents sont majeurs ! À l’international, nous avons gagné au Brésil, en Indonésie où j’étais tout récemment avec la ministre des Armées pour la visite du chantier des sous-marins Scorpène. La performance de Naval Group à l’international est très importante ces dernières années, tout particulièrement en Europe. En 2019, Naval Group réalisait 0 euro de chiffre d’affaires en Europe ; en 2026, nous ferons un milliard d’euros. Nous avons, je l’évoquais précédemment, remporté le contrat des navires de guerre des mines en Belgique et aux Pays-Bas, la compétition pour les sous-marins néerlandais (Orka), les frégates en Grèce, et nous venons tout juste de remporter un contrat en Suède à l’issue d’une compétition très rapide. L’international représente entre 35 % et 40 % de notre activité globale.

Le programme majeur reste le France Libre, le porte-avions de nouvelle génération. Quelles seront les retombées pour les sites varois ?

Elles seront considérables. Pour nos activités varoises à Ollioules, cela va être l’occasion de lancer le développement d’un nouveau système de combat lui-même de nouvelle génération. Mais avant même l’arrivée à Toulon du « France Libre » en 2035, de gros travaux d’infrastructure, qui ont aussi démarré, vont être réalisés dans le port militaire. Et puis nul doute que ce porte-avions portera des flottes hybrides et qu’il aura donc besoin de travailler avec nos activités systèmes autonomes pour être capable de les mettre en œuvre.

L’annonce par Donald Trump d’un possible abandon des catapultes électromagnétiques américaines pourrait-elle avoir des conséquences pour le projet de porte-avions ?

La DGA a déjà apporté une réponse claire sur ce sujet : il n’y a pas d’inquiétude. Notre choix technologique et nos demandes auprès des Américains sont sécurisés, notamment par le fait qu’il s’agit d’une technologie destinée à naviguer pendant des décennies au sein de la marine américaine et de la Marine nationale.

Où en est votre plan de charge ?

Notre plan de charge est extrêmement soutenu et assuré sur plusieurs décennies. Notre chiffre d’affaires augmente d’environ 5 % par an pour accompagner les besoins des forces armées. Nous sommes dans une phase de croissance qui combine le développement de nos systèmes conventionnels et l’essor de ces nouveaux systèmes autonomes et drones, qui prennent une place centrale dans le combat naval collaboratif.