Au tour de l’école d’intéresser les politiciens en campagne
Tout en s’affrontant sur l’« école à trois vitesses », des partis en lice se sont accordés mercredi sur quelques idées en éducation, comme la lutte contre le décrochage et la pertinence de tenir des états généraux pour repenser le système en profondeur.
Les fleurs sont rares en campagne électorale, mais on en cueille à l’occasion. En point de presse mercredi, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a ainsi salué l’idée de Québec solidaire (QS) de se donner comme objectif de réduire de moitié le taux de décrochage scolaire, pour le faire passer de 14 % à 7 %. « C’est une bonne idée de QS que de fixer une cible. Je les félicite de faire ça. »
Le pot n’était toutefois pas très loin.
La co-porte-parole du parti de gauche, Ruba Ghazal, a de nouveau dénoncé l’association faite par PSPP entre les écoliers issus de l’immigration et la surpopulation dans certaines écoles. Elle s’est notamment offusquée du fait que le chef péquiste ne fasse pas de distinction entre les élèves immigrants de première génération et ceux de deuxième génération. « Moi, j’ai une question pour M. Paul St-Pierre Plamondon : c’est qui, pour lui, les Québécois ? » a demandé Mme Ghazal. « Tout le monde est Québécois. Il faut arrêter ce discours de division. »
En mêlée de presse en route vers Val-d’Or, le chef péquiste a maintenu sa position. « Apporter des politiques publiques qui vont recréer un équilibre [dans les écoles], ce n’est pas raciste et ce n’est pas de l’intolérance », a-t-il rétorqué.
Certaines idées du PQ en éducation font aussi légèrement écho à celles d’un autre parti, le Parti libéral du Québec (PLQ). Les deux partis se rejoignent dans leur volonté de tenir des états généraux pour réfléchir en profondeur à l’état du système québécois d’éducation, mais cette parenté s’estompe quand on en examine les détails.
Les états généraux souhaités par le PQ s’articuleraient autour de cinq chantiers prioritaires en éducation, comme celui de remettre la culture québécoise au cœur de l’école et de favoriser la mixité socioéconomique. Le parti se dit préoccupé par la forte présence d’élèves issus de l’immigration dans certaines écoles, ce qui « rend très difficile l’intégration des personnes immigrantes ». « À l’école secondaire Pierre-Laporte [à Mont-Royal], il y a trois fois plus d’élèves qui ont l’arabe comme langue maternelle que le français », a mentionné PSPP.
Comment s’y prendrait-on pour changer la situation ? En déplaçant des élèves ? Et si oui, comment ? À ce sujet, le PQ est resté vague, s’en tenant à évoquer des « programmes de jumelage » entre des écoles des régions et des villes pour « ouvrir les horizons de tous les élèves ». Même chose pour la sélection des classiques québécois et francophones qui deviendraient obligatoires dans les cours de français ; M. Plamondon entend expliquer plus tard qui les sélectionnerait, et comment.
En après-midi, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a vilipendé l’idée de forcer la mixité scolaire. « On n’est pas en l’Union soviétique. On ne peut pas obliger les gens à être avec d’autres gens et les mélanger contre leur volonté. » Le chef conservateur a toutefois relevé qu’un autre « chantier » en éducation évoqué par le PQ — l’imposition d’un minimum de 60 minutes d’activité physique par jour — rejoignait des propositions déjà avancées par son parti.
« À trois vitesses » ou non ?
En parallèle, le débat sur l’« école à trois vitesses » a commencé à s’imposer comme l’un des sujets de la campagne électorale en cours.
Mercredi, le PQ a reproché à la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, de ne pas reconnaître l’existence de ce phénomène. « Pas vraiment », avait-elle répondu mardi au Devoir, qui lui avait demandé s’il existait « trois vitesses » dans le système scolaire — l’école publique, les programmes publics particuliers et l’école privée.
La journée a aussi permis d’apprendre que le PLQ reconnaît l’existence du phénomène, mais refuse d’imposer des contraintes en la matière aux écoles privées. « Effectivement, il y a différents types d’écoles au Québec », a affirmé le chef libéral, Charles Milliard. « Mais moi, ce que je veux, ce n’est pas abolir l’école privée […], je veux que les programmes particuliers [dans le système public] soient le plus élargis possible. Je ne veux pas qu’il y ait d’étudiants au Québec qui étudient dans “rien de spécial” », a-t-il résumé.
Le PQ, lui, reconnaît l’existence d’un système « à trois vitesses ». Mais il n’appuie pas pour autant les revendications du mouvement École ensemble et de QS, qui réclament qu’on mette fin aux subventions des écoles privées qui ne voudront pas mettre fin à la sélection des élèves, tout en rendant les programmes particuliers du public accessibles à tous. « Ce n’est pas ça que je propose », a précisé M. St-Pierre Plamondon.
Infrastructures et taille de l’État
Mercredi, deux chefs de parti avaient convié les médias devant des écoles pour leur point de presse : ceux du PLQ et du PCQ. Charles Milliard a ainsi pris la parole devant une école de Louiseville pour dénoncer le délabrement des infrastructures québécoises ; son parti entend augmenter la part des investissements en infrastructures consacrés à l’entretien. Puis, en après-midi, c’était au tour d’Éric Duhaime de faire une sortie devant une école de Lévis ayant fermé ses portes pour des raisons de sécurité.
La journée a aussi été marquée par une nouvelle sortie sur le manque d’efficacité de l’État. La CAQ a annoncé qu’elle comptait éliminer l’équivalent de 2900 postes de fonctionnaires d’ici le 31 mars 2029 en mettant sur pied un programme volontaire de départs à la retraite pour les employés de 55 ans et plus. À l’instar des libéraux, les caquistes souhaitent d’ailleurs réduire la paperasse en imposant le principe « une exigence ajoutée, deux retirées ».