Bolsonaro 2.0, corruption, ingérence trumpiste... Au Brésil, une présidentielle aussi incertaine que tendue

Le président sortant Lula affronte Flavio Bolsonaro, fils aîné de l’ex-chef d’Etat d’extrême droite, lors du 1er tour du scrutin ce dimanche. Le duel de 2nd tour s’annonce serré.

C’est le match retour ? Près de quatre ans après sa victoire serrée contre Jair Bolsonaro, Lula espère rempiler pour un nouveau mandat à l’issue de la présidentielle brésilienne dont le premier tour se tient ce dimanche 4 octobre. En face de lui, le président sortant de gauche ne retrouve pas le « Trump des tropiques »… mais son fils aîné Flavio.

Pour cause, même si Jair Bolsonaro reste une figure appréciée dans son camp, il a été condamné en 2025 pour tentative de coup d’État après sa défaite à la présidentielle. Il est désormais assigné à résidence, interdit de participer au scrutin et même de le commenter publiquement. C’est donc son fils, le sénateur Flavio Bolsonaro, qui a repris le flambeau.

Pour comprendre la stratégie de cet homme de 45 ans, avocat de profession, il suffit d’écouter son discours lors de son investiture par le Parti libéral le 25 juillet dernier : « J’ai peut-être un tempérament plus calme, je souris davantage et j’ai l’air plus pacifique, plus modéré, mais juste ici [montre son bras], coule le sang Bolsonaro. »

Bolsonaro 2.0, corruption, ingérence trumpiste... Au Brésil, une présidentielle aussi incertaine que tendue oppose le président sortant Lula (à gauche) au candidat d’extrême droite Flavio Bolsonaro (à droite).

EVARISTO SA, MAURO PIMENTEL / AFP

Bolsonaro 2.0, corruption, ingérence trumpiste... Au Brésil, une présidentielle aussi incertaine que tendue oppose le président sortant Lula (à gauche) au candidat d’extrême droite Flavio Bolsonaro (à droite).

Une stratégie qui en convainc certains : les sondages donnent Flavio Bolsonaro et Lula au coude-à-coude. Les enquêtes compilées lundi par l’agence Reuters montrent que le président sortant creuse l’écart au 1er tour, avec 4 à 5 point de pourcentage d’avance, mais pour le duel de 2nd tour, les deux hommes sont donnés à égalité, ou bien l’un ou l’autre devant de seulement un ou deux points.

Un scrutin sous le signe de la corruption

Les deux candidats ont beau être diamétralement opposés et le revendiquer, leurs campagnes respectives pâtissent d’un seul et même scandale : la « crise de Banco Master », résumée dans The Conversation par Guilherme Casaroes, professeur à l’université internationale de Floride et spécialiste du Brésil. L’affaire tourne autour de Daniel Vorcaro, directeur de la banque Master inculpé pour fraude bancaire, corruption et blanchiment d’argent.

Au départ « scandale financier » sur les irrégularités de l’établissement bancaire, il tourne au scandale politique quand l’enquête révèle que Daniel Vorcaro « aurait constitué un vaste réseau » comptant « hauts fonctionnaires », « responsables politiques » et « juges » pour qu’ils ferment les yeux sur le problème… voire favorisent des investissements publics dans les produits financiers bancals de la banque Master.

Des responsables des rangs bolsonaristes comme du parti de Lula sont concernés. Flavio Bolsonaro lui-même était en relation avec Daniel Vorcado, puisqu’il lui a demandé des dizaines de millions de réaux pour financer un biopic glorifiant son père. Le candidat d’extrême droite est aujourd’hui visé par une enquête, soupçonné d’avoir reversé les fonds à son frère Eduardo, « pour soutenir [ses] activités de lobbying » à Washington, pointe Le Monde.

Lula n’est pas en reste : le célèbre juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, détesté des soutiens de Jair Bolsonaro qu’il a condamné en 2025, est lui aussi soupçonné de collusion avec Daniel Vorcaro. Une aubaine pour Flavio Bolsonaro, qui « a tenté d’associer le juge […] au président de gauche », espérant remonter dans les sondages, décrit le journal du soir. « Le consortium entre Lula et Moraes va prendre fin », clamait-il lors d’une mobilisation à São Paulo début septembre.

L’ombre de Trump plane sur la campagne

L’autre mot qui revient pour décrire la présidentielle de cet octobre est « ingérence ». Le discours de Lula à la tribune des Nations Unies, le 22 septembre dernier, a donné le ton. « Nous ne laisserons pas les ennemis de la démocratie, qu’ils soient nationaux ou étrangers, entraver la volonté populaire », a lancé le tribun de gauche, assurant que « le Brésil continuera d’être un pays souverain ».

Si le président argentin Javier Milei avait fait le déplacement pour l’investiture de Flavio Bolsonaro, c’est sur Donald Trump qui était visé par Lula dans son discours, analyse la chaîne américaine PBS, rappelant que la Maison Blanche a déjà interféré dans la politique brésilienne. Elle soutient Flavio Bolsonaro et avait imposé par le passé d’importants droits de douane au Brésil, en représailles du procès contre Jair Bolsonaro, assimilé à une « chasse aux sorcières ».

Lula entend rentabiliser électoralement ces ingérences : la « souveraineté » est l’un des thèmes de sa campagne et il a qualifié Flavio Bolsonaro de « traître à la patrie », l’accusant d’avoir défendu auprès de Washington la guerre commerciale contre le Brésil. Le candidat d’extrême droite dément, reste que son frère Eduardo a bel et bien encouragé les États-Unis à exercer des représailles douanières en lien avec le procès de leur père.

« Nous ne pouvons pas laisser le président Trump oublier qu’il été élu pour gouverner les États-Unis, a enfoncé Lula le 21 septembre lors d’une intervention à la télévision citée par franceinfo, il n’a pas été élu empereur du monde. » L’histoire dira si ces harangues anti-trumpiennes relanceront la campagne de la gauche brésilienne. Une chose est sûre : selon les sondages aucun candidat ne dépassera les 50 % au 1er tour, ouvrant la voie à un duel final le 25 octobre pour savoir si le Bolsonaro 2.0 saura venger le père quatre ans plus tard.