Assassinat de Federico Martin Aramburu: au procès, des parties civiles unies pour dénoncer une "légitime défense fictive"

Croquis d'audience montrant Loïk Le Priol devant la cour d'assises de Paris le 21 septembre 2026

Croquis d'audience montrant Loïk Le Priol devant la cour d'assises de Paris le 21 septembre 2026 - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP

Ce mercredi 23 septembre, au procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, la journée a également été marquée par les plaidoiries des parties civiles.

L'unité et la cohésion de la famille Aramburu n'auront échappé à personne tout au long de ces trois semaines d'audience. Ce lien fort qui s'est terriblement renforcé après la mort de Federico Martin Aramburu, abattu par balles en pleine rue à Paris, s'est ressenti dans les différentes plaidoiries des parties civiles. Quand l'un reprend un mot de l'autre, un autre lui répond. Tous se complètent.

Me Félix Pelloux se lève, s'avance vers le micro et marque un temps d'arrêt. Ce mercredi 23 septembre, il porte la voix de la soeur et du frère de Federico Martin Aramburu. Il veut nous ramener au 19 mars 2022, à Buenos Aires, la capitale argentine. Il nous y raconte l'insomnie d'une jeune maman. "Elle ne dort pas car elle est en train d'allaiter son fils de 30 jours." Son téléphone sonne. "C'est Maria", la femme de Fede. L'avocat raconte une suite connue de tous dans la salle d'audience: la mort de Federico Martin Aramburu. La mort d'un frère pour elle.

"Dissimulation"

"Elle s'effondre. Elle me dira qu'à ce moment-là, ce n'est plus elle qui porte son bébé, mais que c'est lui qui la tient", rapporte l'avocat. Sa voix est douce. Pas un mot au-dessus de l'autre. Sa cliente devra rappeler Maria pour comprendre que son frère n'a pas perdu la vie dans un accident de voiture. "Elle lui dit qu'ils l'ont tué." Me Félix Pelloux nous accompagne jusqu'au 22 mars 2022. "On est au cabinet où je travaille. La famille Aramburu est dans le bureau. Une image me marque." Les yeux du frère de Federico Martin Aramburu, procureur adjoint en Argentine, sont "écarquillés" lorsqu'il lui raconte le déroulé de la soirée.

"Je leur explique dans ce dossier, mais ils le comprennent très vite - la sœur de Federico Martin Aramburu travaillait aussi dans la justice - que cette légitime défense (axe de défense de Loïk Le Priol ; Ndlr) dans le cadre de cette procédure n'a pas grand sens, que l'accusé essaie de faire entrer des carrés dans des ronds." Pour Loïk Le Priol, "la vidéosurveillance, c'est la vérité, mais elle ne montre pas tout", poursuit l'avocat. "La scène est pixélisée et dans ces interstices ont glissé des éléments" pour appuyer une "légitime défense fictive".

Les yeux du frère s'écarquillent aussi en apprenant que Loïk Le Priol et Romain Bouvier dissimulaient leur appartenance aux idées d'extrême droite et dédiabolisaient ce mouvement. "À quel moment on dit dans un sms 'J'ai failli me battre avec un nègre Uber Eats'. À quel moment on ne dissimule pas quand on dit que c'est une faute de frappe. C'est ça la réalité de leur dissimulation." Ce message avait été envoyé par Loïk Le Priol qui, interrogé par la cour d'assises de Paris, avait sorti cette excuse bidon.

"Il s'est mis à trembler de tous ses membres"

De cette dissimulation, Me Véronique Massi en parle aussi. L'avocate de Shaun Hegarty précise d'ailleurs que son confrère en a parlé quelques minutes avant elle. Elle s'arrête aussi sur les derniers mots de Federico Martin Arambu à son ami Shaun Hegarty après avoir reçu six balles dans le corps: "Je vais mourir, appelle la police." "Il savait qu'il avait été tué ou assassiné et son dernier mot a été pour la justice. Ce devoir de vérité, on le doit évidemment à Fede", poursuit l'avocate.

Me Véronique Massi s'attaque aussi à la défense de Loïk Le Priol. L'accusé sort à l'envie la carte du stress post-traumatique qui lui a été diagnostiqué, à partir d'un auto-diagnostic, à son retour de son déploiement en tant que militaire à Djibouti.

"Le PTSD (Stress post-traumatique en anglais, NDLR) il y a celui qui l'invoque devant les instances judiciaires (...) et il y a celui qui n'en parle pas, il y a celui qui ne veut pas en parler depuis quatre ans et demi. Il est juste derrière moi." Elle parle de Shaun Hegarty.

Elle nous demande de nous replonger dans la déposition d'un témoin cité à la barre. "Il vous a dit ceci: 'ils veulent en découdre. Les tirs, c'est la volonté de tuer'. À ce moment-là, Shaun s'est mis à trembler de tous ses membres." L'avocate rapporte les mots qu'il lui a alors glissés: "Enfin, je ne suis plus le seul à le dire". Quant à Romain Bouvier, "vous savez ce qu'il fait?", poursuit l'avocate. "Il vole le verbatim du traumatisme de Shaun Hegarty pour se positionner en victime."

"Leur père a été réduit au silence"

Me Marie Tortos représente les trois enfants de Federico Martin Aramburu. Elle rebondit aussi sur les "interstices" cités par son confrère plus tôt. Federico Martin Aramburu "a été réduit au silence", rappelle-t-elle. "Il ne pourra pas s'exprimer sur les interstices dans ce dossier." En effet, la scène des tirs de Loïk Le Priol n'a pas été filmée par les caméras de vidéosurveillance, l'accusé le sait parfaitement.

"En revanche, il y a des éléments factuels. Les enfants n'ont pas besoin que ce dossier soit plus noir que ce qu'il est déjà. Il faut que la décision prise par la cour d'assises soit raisonnable, cohérente et de bonne foi", comme l'a demandé Maria Aramburu plus tôt à l'audience.

Me Marie Tortos a aussi cette lourde tâche de raconter la vie des trois enfants du couple. Elle nous plonge alors dans la vie d'une jeune enfant qui a perdu son papa. "Quand elle avait 10 ans, en mars 2022, elle a nourri en elle un secret que dans le détecteur installé dans un recoin de la maison il y aurait une caméra", rapporte Me Marie Tortos. "Et que si elle gardait ce secret pour elle, alors peut-être qu'on viendrait lui dire que tout cela est faux, que tout cela n'est pas réel, et que tout ça, c'est pour la caméra." Elle ajoute: "ils ont décidé que la victimisation ils n'en veulent pas. Ils vous la laissent, messieurs. Maria leur a appris qu'il y a un autre chemin."

"Monsieur Le Priol, vous êtes hors jeu"

Me Yann Le Bras, lui, tente de comprendre le chemin criminel des deux hommes la nuit des faits, et le point de départ. Il s'attarde sur le geste de Federico Martin Arambu en terrasse du Mabillon lorsqu'il attrape la capuche de Loïk Le Priol et le fait basculer vers l'arrière. L'avocat de Maria, de son père et du père de Federico Martin Aramburu, voit en son geste une action bien connue des passionnés du ballon ovale: le hors-jeu. Me Yann Le Bras explique la règle: "Il arrive sur le terrain, et attrape quelqu'un pour le déplacer". Puis il livre son interprétation à la cour d'assises de Paris. "Il n'y a que comme clé de lecture, monsieur Le Priol, vous êtes hors jeu. Monsieur Le Priol, je vous emmène sur la touche. C'est la seule explication à ce geste."

Me Sophie Thonon, avocate de la mère de Federico Martin Aramburu, elle, évoquera la vie d'avant, en Argentine. Une vie sous dictature que n'a pas connue l'Argentin. "En 2023, il y aura une commémoration pour la mort de Federico", rappelle-t-elle. "Et Cecilia va comme dans beaucoup d'occasions prendre la parole. Elle va dire que dans des situations différentes et dans des lieux différents, le fascisme tue, et son fils est mort sous les balles de l'extrême droite."

L'avocat général a requis des peines allant jusqu'à 27 ans de réclusion criminelle.

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