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  • 2026-07-23 19:05:03 +0000 UTC

    Jul 23, 2026

    Ascension mythique, l’Alpe d’Huez peut-elle bouleverser la fin du Tour de France ? L’avis du spécialiste Jean-Paul Vespini

    « L’Alpe d’Huez, c’est la consécration des coureurs. C’est le lieu où ils viennent se racheter, s’affirmer et conquérir quelque chose de l’ordre du mystique », résume finement Jean-Paul Vespini au moment de livrer quelques réminiscences sur les 19 et 20e étapes à venir.

    Cet ex-journaliste de sport (70 ans) est un féru de vélo qui y a consacré sa vie, et sa plume, à travers quelques ouvrages. Le dernier en date, « Le Tour se joue à l’Alpe d’Huez », est le fruit du choix d’ASO, l’organisateur de la Grande Boucle, de placer deux arrivées consécutives (24 et 25 juillet) dans la « montagne des Hollandais ».

    Pour Jean-Paul Vespini, pas de doute, cette ascension mythique pourrait bien nous réserver, cette année encore, quelques moments d’histoire. Et ce malgré l’avance considérable prise par Tadej Pogacar (4’32 sur son dauphin Remco Evenepoel).
    « Tout peut toujours arriver sur le Tour de France. Personne n’aurait imaginé la chute de Vingegaard (l’ayant contraint à abandonner au terme de la 15e étape). C’est aussi cela, la magie du Tour », juge cet ancien suiveur avisé du Tour.

    Il faudrait malgré tout plus qu’un miracle pour empêcher le Slovène de filer vers sa quatrième victoire sur la Grande Boucle après 2020, 2024 et 2025, et Jean-Paul Vespini ne s’y trompe pas : « Je ne pense pas que Pogacar perdra le Tour à l’Alpe d’Huez. Au contraire, je pense qu’il voudra y frapper un grand coup. Après ce qui s’est passé face à Jonas Vingegaard en 2022, lorsqu’il a perdu le maillot jaune au Granon avant d’échouer à reprendre l’avantage dans l’Alpe, je pense qu’il voudra un jour s’imposer là-haut en maillot jaune », explique-t-il.

    « Un vainqueur du Tour doit marquer l’histoire à l’Alpe d’Huez »

    Sauf tremblement de terre, donc, Tadej Pogacar devrait conserver son maillot jaune et la magie de l’Alpe d’Huez ne devrait rien y changer. Selon lui, elle devrait toutefois être le lieu d’autres batailles acharnées : « Je crois, en revanche, que le podium peut encore s’y dessiner. Les jeunes coureurs, je pense notamment à notre Paul Seixas, sont très impressionnants, mais ils commencent aussi à accumuler la fatigue. Beaucoup de choses peuvent encore changer pour les places d’honneur. Le combat qui me passionne le plus actuellement est celui du maillot blanc. »

    Alors, après l’échec de 2022, l’heure est peut-être venue pour Tadej Pogacar de s’offrir une victoire de prestige pour faire la légende, sa légende : « Comme autrefois on disait qu’un grand champion devait passer en tête à la Casse Déserte dans l’Izoard, on considère aujourd’hui qu’un vainqueur du Tour doit marquer l’histoire à l’Alpe d’Huez. C’est devenu un passage obligé », synthétise Jean-Paul Vespini. Le Tour de France va-t-il se jouer à l’Alpe d’Huez ?

    Lucien Aimar (à gauche), coureur cycliste français vainqueur du Tour de France en 1966, et Jean-Paul Vespini (à droite), journaliste spécialiste du cyclisme et auteur de l’ouvrage « Le Tour se joue à l’Alpe d’Huez ».
    Lucien Aimar (à gauche), coureur cycliste français vainqueur du Tour de France en 1966, et Jean-Paul Vespini (à droite), journaliste spécialiste du cyclisme et auteur de l’ouvrage « Le Tour se joue à l’Alpe d’Huez ».
    Photo DR

    Un livre pour comprendre comment l’Alpe d’Huez a construit sa légende

    Pourquoi l’Alpe d’Huez est-elle devenue une étape mythique ?

    La première raison est toute simple : c’est une arrivée au sommet. Chaque virage est numéroté, ce qui permet d’associer précisément un lieu à une attaque, un exploit ou un souvenir. La montée se déroule presque comme un sablier géant. La deuxième raison est évidemment la télévision. Elle a largement contribué à construire le mythe. Enfin, l’histoire du Tour de France a fait le reste.

    D’où vient le surnom de « montagne des Hollandais » ?

    Pendant longtemps, on appelait cette ascension « la montagne des Hollandais », parce qu’ils y gagnaient très souvent. Kuiper, Peter Winnen, Steven Rooks et d’autres s’y sont imposés. Kuiper disait même que, pour un Néerlandais, gagner à l’Alpe d’Huez était plus prestigieux qu’un titre de champion du monde.

    Il y avait aussi une importante communauté hollandaise à l’Alpe d’Huez, ce qui a contribué à cette tradition. Quand on monte en voiture, il faut d’ailleurs penser à fermer les vitres avant d’arriver au virage des Hollandais. Sinon, on ressort couvert de mousse à raser et de bière.

    Des retournements de situation à l’Alpe d’Huez ?

    Il y en a eu plusieurs. Je pense notamment à Carlos Sastre en 2008 : il gagne à l’Alpe d’Huez, prend le maillot jaune et remporte ensuite le Tour de France. C’est l’exemple parfait d’un Tour qui bascule dans cette montée.

    Votre plus beau souvenir ?

    En 2006, je suivais le Tour de France et j’étais très proche de Damiano Cunego. Il était échappé avec Andy Schleck et rêvait de remporter l’étape de l’Alpe d’Huez. Il termine finalement deuxième, terriblement déçu. Le lendemain, je lui ai simplement dit qu’il devrait peut-être viser le maillot blanc plutôt que de rester focalisé sur cette victoire manquée. Il a suivi cette voie. Des années plus tard, dans sa biographie, il a écrit qu’un journaliste lui avait donné ce conseil décisif. Cela m’a beaucoup touché : c’est l’un des rares moments où je me suis senti à la fois journaliste et, modestement, acteur de l’histoire.

    Jean-Paul Vespini est l’auteur de 28 livres. Il a couvert 25 fois le Tour de France.
    Jean-Paul Vespini est l’auteur de 28 livres. Il a couvert 25 fois le Tour de France.
    Thomas Pantel / Nice-Matin
    2026-07-23 19:05:03 +0000 UTC