Arthur Fils, mission US Open : « Je veux trouver ce grand rendez-vous et, quand il sera là, il ne faudra pas que je passe à côté »

L’espoir s’était levé quelques semaines avant Roland-Garros alors qu’Arthur Fils avait enchaîné les bons résultats. Une blessure l’avait éloigné de la Porte d’Auteuil. Le retour a été triomphant : la semaine passée, il a remporté le tournoi de Cincinnati, première victoire d’un Français en Masters 1000 depuis Jo-Wilfried Tsonga en 2014 ! Une éternité ! Et un rendez-vous : celui d’être en pleine forme à l’US Open, qui commence ce 30 août, et de faire partie, sinon des favoris, du moins des outsiders. Depuis Tsonga, rarement un Français avait été en position de remporter un Grand Chelem et de mettre fin, chez les hommes, à une disette de 43 ans ! À 22 ans, le chemin est encore long, mais la tête de série numéro 10 garde la tête sur les épaules. Avant son premier tour contre Stefanos Tsitsipas, le joueur né à Courcouronnes s’est longuement confié à Paris Match.

Paris Match : Arthur Fils, vainqueur du Masters 1000 de Cincinnati, à une semaine de l’US Open. Comme on dit à New York : « Not too bad ! » (pas trop mal, NDLR)

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Arthur Fils : C’est pas mal, oui ! (Rires.) C’est sûr que ça fait plaisir, c’est un grand titre, et je suis assez content d’être allé le chercher. C’est rare — on ne gagne pas souvent des Masters 1000 -, donc je l’apprécie vraiment.

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Avez-vous pris le temps de fêter ça ?

On a dîné à New York avec l’équipe, c’était très cool. Rien de fou !

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Revenons sur cette finale contre Frances Tiafoe. Il vient de revenir à un set partout sur un 6-1 sans appel. Vous allez au vestiaire - que faites-vous, que vous dites-vous ?

J’ai eu une petite discussion avec moi-même, je me suis regardé dans la glace, bien dans les yeux. Et je me suis dit : « Arthur, tu ne peux pas faire pire ; en revanche, tu ne peux que mieux faire, alors bats-toi jusqu’au bout. » Si ça penche pour toi, tant mieux ; si tu ne l’emportes pas, ce n’est pas grave, mais au moins tu n’as pas de regrets. Au final, ça s’est bien goupillé pour moi.

Il y a un moment qui nous a frappés dans cette finale : le premier jeu du troisième set. Vous démarrez au service - faute coup droit, faute revers, 0-30 -, la suite est cruciale. Et là, service gagnant, coup droit très croisé ligne, tangent, deux services gagnants, et vous repassez en tête !

C’était le plus important. Quand on perd un set aussi sèchement, aussi rapidement, les premiers points du dernier set sont décisifs. Les deux premiers n’étaient pas au top, mais prendre ce premier jeu m’a permis de casser son élan, de reprendre une bouffée d’oxygène, et ça m’a beaucoup aidé.

Arhtur Fils après sa victoire à Cincinnati.

Arhtur Fils après sa victoire à Cincinnati.

© IMAGN IMAGES via Reuters Connect

Brad Stine, le grand coach américain, nous confiait récemment : « Arthur a tout ce qu’il faut pour aller très haut ! »

Je m’entraîne au quotidien dans ce but et j’essaie de tout mettre en œuvre avec mon équipe. On se donne tous les moyens. Si c’était aussi facile, tout le monde le ferait - il y a une part d’incertitude. Mais ça fait du bien de se prouver qu’on est capable de gagner des titres de ce niveau. De gros titres, ce n’est pas anodin ; c’est bien pour la confiance.

Le regard de vos collègues a-t-il changé ?

On me pose pas mal cette question depuis Cincinnati ! Franchement, non - on m’a toujours regardé avec respect et je pense que c’est toujours le cas.

En France, sentez-vous une attente, une curiosité, une affection de la part des fans ?

Une attente, oui. Tout le monde espère un grand résultat, un Grand Chelem. Mais ça ne me pèse pas trop, je n’ai pas de pression particulière. J’essaie de bien m’entraîner et de faire le travail sur le terrain. Si j’arrive à un bon résultat, tant mieux — tout le monde sera content. C’est comme ça que je prends les choses.

Je ne suis pas quelqu’un de très inquiet

Vous êtes actif sur les réseaux sociaux. Quelle place tiennent-ils dans votre vie ?

Ce n’est pas moi qui gère. Je n’ai pas les réseaux sociaux sur mon téléphone — je passe par mon community manager. Comme ça, je ne fais pas de bêtises.

Vous êtes donc très détaché de ça, et assez prudent…

J’essaie d’être très détaché… j’essaie ! On est dans une génération où les réseaux sociaux sont importants, mais moi j’essaie de ne pas trop y être.

Arthur Fils, favori de l'US Open ?

Arthur Fils, favori de l'US Open ?

USTA via Getty Images / © 2026 United States Tennis Association

Avant ces semaines de plénitude, il y avait eu plusieurs galères physiques. Qu’est-ce que ces périodes vous ont enseigné ?

Je ne suis pas quelqu’un de très inquiet, et je ne l’ai pas été davantage à ces moments-là. Je sais que même blessé, je vais revenir. Le travail, c’est le plus important : cela montre que lorsqu’on s’investit vraiment, les résultats finissent toujours par tomber. C’est pour ça que j’essaie toujours de bien bosser.

On n’a pas besoin de jouer à son meilleur niveau pour gagner beaucoup de matchs.

Durant cette double absence - une longue, une courte, avec de très bons résultats entre les deux -, y a-t-il eu un déclic ?

Lors de ma première blessure, je me suis dit qu’il allait falloir être très sérieux si je voulais avoir une chance d’y arriver. J’ai été très sérieux, mais je me suis reblessé quand même ! Ce n’est pas grave, ça fait partie de la vie d’un athlète. Je n’avais pas de regrets parce que j’avais l’impression d’avoir tout fait correctement. Ce sont les risques du métier.

Vous avez 22 ans. Quel est la chose concrète que vous avez le mieux assimilé récemment ?

On n’a pas besoin de jouer à son meilleur niveau pour gagner beaucoup de matchs.

C’est étonnant. On parle souvent du jeu, du physique, du caractère des champions. Mais il y a aussi chez eux une certitude absolue d’être taillé pour les grands rendez-vous. Vous l’avez, cette assurance incassable ?

J’en suis sûr et certain. Il faut juste que je trouve ce grand rendez-vous - et quand il sera là, il ne faudra pas passer à côté. Je suis sûr que je serai présent.

Avec Alcaraz, en finale de Dubaï en début d'année.

Avec Alcaraz, en finale de Dubaï en début d'année.

© Noushad Thekkayil/NurPhoto

Vous avez chambré Carlos Alcaraz sur ses tresses, vous avez vous-même changé de coupe. Ce chambrage, c’est naturel chez vous. Comment ça répond en face ?

Ça répond bien. On se taquine, on est de bons potes, on rigole. Je lui envoie une petite remarque, et quand on se voit, il m’en renvoie une.

Un exemple de chambrage subi, avec une réponse bien sentie ?

Ça reste dans les vestiaires !

Prudent comme un Sioux- c’est parce que vous êtes aux États-Unis ?

Il faut toujours faire attention !

Le domaine que vous avez le plus amélioré ces derniers mois ?

Le service. C’est quelque chose qui m’a apporté beaucoup de points gratuits, et c’est de mieux en mieux.

Votre revers est plus stable aussi. En quoi l’aimez-vous aujourd’hui ?

Il me permet de bloquer souvent les adversaires dans la diagonale, et d’utiliser ensuite mon coup droit. J’essaie de les emmener loin côté revers, puis je joue coup droit décroisé ou « inside-in ». Toucher le maximum de coups droits, ça passe par un revers très solide.

Comment décririez-vous votre identité de jeu ?

Je n’en ai aucune idée ! Parfois je défends, parfois j’attaque. Honnêtement, je ne sais pas. J’essaie d’être un joueur complet.

Vous ne vous dites pas : « Mon salut, c’est vers l’avant » ou « Ma zone de confort, c’est derrière ma ligne de fond » ?

Non, ça change selon les matchs. Je n’ai pas trop de certitudes là-dessus.

J’essaie de me contrôler davantage.

À quelle attitude peut-on voir qu’Arthur Fils est dans le dur ?

Je ne sais pas si ça se voit, mais mon équipe le remarque vite : c’est quand j’ai le regard qui flotte, un peu dans le vide. Et quand je ne m’encourage pas, ils se disent : « On va devoir le pousser, parce que là, ça ne va pas être facile. »

Nous avons été très frappés par votre quart de finale de Miami contre Tommy Paul - peut-être un match fondateur -, avec les quatre balles de match sauvées. L’énergie débordante entre les points était-elle encore présente à Cincinnati ?

J’essaie de me contrôler davantage. Mais à Miami, j’en avais besoin pour gagner - c’était un match très compliqué. Ça m’a coûté ma demi-finale contre Lehecka. Au moins, j’en ai tiré une leçon : je n’ai plus besoin de faire ça pour très bien jouer contre de très bons joueurs. Mais si un jour j’en ai vraiment besoin, j’irai chercher ces ressources.

Quel est votre premier souvenir tennistique en tant que spectateur ?

Peut-être la finale Roger-Rafa en 2017 en Australie. J’avais 13 ans, je m’en souviens bien - cinq sets, un truc de dingue à la fin !

Ce n’est pas un match ou un joueur en particulier qui vous a donné envie de prendre une raquette ?

Non, pas du tout.

On a beaucoup évoqué la génération 2003-2004 du tennis français - vous, Giovanni Mpetshi, Luca Van Assche. Auprès de qui êtes-vous le plus proche sur le circuit ?

Je suis très proche de Giovanni, forcément. De Ben Shelton aussi. Et de Focky - l’Espagnol Davidovich Fokina. Voilà mes trois collègues les plus proches !

En 2024 lors de l'ATP Finals Next Gen.

En 2024 lors de l'ATP Finals Next Gen.

© 2024 Getty Images via AFP

Gaël Monfils et Roger Federer faisaient-ils partie de vos idoles ?

Oh oui. Roger, je l’ai toujours dit : quand j’étais petit, c’était le joueur que je regardais le plus - il était magnifique à voir. Et Gaël, je le regardais énormément aussi parce qu’il donne envie d’allumer la télé. C’est un showman aux qualités tennistiques flamboyantes, et ça me donnait vraiment envie de regarder.

Federer a été intronisé au Hall of Fame. Il regrette la disparition du revers à une main, l’efficacité prenant le pas sur l’esthétisme. Et vous, l’esthétisme joue-t-il un rôle ?

Bien sûr ! Un beau geste, une belle technique, c’est agréable à regarder - pour moi comme pour le public. Le plus important reste l’efficacité, évidemment. Mais si on peut allier les deux, c’est parfait.

Vous pensez parfois à jouer pour la galerie ?

Non, j’essaie de ne pas le faire. Sauf si c’est vraiment impossible - dans ce cas, je tente quelque chose, de toute façon j’ai peu de chances de garder le point.

On perd Gaël Monfils, mais on ne récupère pas une sorte de Gaël Fils, a priori !

On récupère simplement Arthur Fils.