Arnaque à la cryptomonnaie : "je ne peux pas rembourser", assure le jeune Biterrois visé par une quinzaine de plaintes
Neuf plaignants déjà entendus par la justice et une quinzaine au total accusent un Biterrois de les avoir arnaqués sur des prétendus investissements dans la cryptomonnaie. Selon les victimes, l’homme, âgé d’une trentaine d’années, a ciblé ses amis proches et "se pavane depuis les poches pleines et se croit tout-puissant". Ayant à cœur de donner sa version des faits, le mis en cause a expliqué à Midi Libre ne pas être en capacité de rembourser. Témoignage.
Morgan, un Biterrois, assure avoir été victime d’une vaste arnaque à la cryptomonnaie. Il n’est pas le seul. Selon plusieurs témoignages recueillis par Midi Libre, la duperie, orchestrée par un homme basé entre Montady et Béziers, aurait fait des dizaines de victimes. Certaines auraient perdu jusqu’à 17 000 euros. Depuis 2023, une quinzaine de plaintes pour abus de confiance ont ainsi été déposées contre ce jeune Biterrois d’une trentaine d’années, qui a par ailleurs été plusieurs fois chroniqueur anonyme dans l’émission Touche pas à mon poste, animée par CyrilHanouna.
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Interrogé par Midi Libre, le mis en cause a tenu à relativiser sa responsabilité. "Au début, tout se passait pour le mieux. Nous étions une quarantaine d’amis dans le business. J’ai effectivement commencé à investir dans la cryptomonnaie, puis, quand ça n’a plus fonctionné, on est passé sur les paris en ligne. On a amassé beaucoup d’argent, puis perdu beaucoup. Au final, ils n’ont pas pu récupérer leurs gains et ont porté plainte", explique le trentenaire.
Le mirage initial d’un remboursement échelonné
Il soutient même avoir remboursé une partie des sommes. Point sur lequel les victimes apportent quelques nuances. "Il m’a parlé d’un échelonnement des paiements pour que je récupère ma mise. Il m’a fait un ou deux virements et puis a arrêté et m’a bloquée", soutient Ikrama, qui s’est laissée séduire en juillet dernier, après avoir rencontré le mis en cause par bouche-à-oreille. Mère de famille, la Biterroise a perdu 5 000 € d’économies.
J’avais une vie paisible, j’étais chroniqueur pour une célèbre émission télévisée. Maintenant c’est un cercle vicieux…
Le Biterrois se justifie en expliquant que même s’il était juridiquement forcé à rembourser les plaigants, il n’aurait plus les fonds nécessaires. "Les gens pensent que j’ai la totalité de l’argent et que je ne veux pas rembourser. La vérité, c’est que je ne peux pas", avoue-t-il. Il assure aussi n’avoir pas utilisé l’argent de ses supposées victimes pour lui. Lors de la première procédure ayant abouti à l’audience du 16 décembre 2025, l’enquête de la brigade financière de Montpellier révélait que le prévenu avait perdu 102 000 € en paris sportifs sur la période 2023-2024. "Quand la crypto puis les paris se sont effondrés je me suis retrouvé seul, déprimé", témoigne-t-il.
Reste que sur les réseaux sociaux, le mis en cause s’affiche régulièrement dans les meilleurs restaurants et hôtels mais assure tout financer lui-même. "On aurait pu régler ça à l’amiable mais il a arrêté de me rembourser et coupé le contact. Depuis, il se pavane les poches pleines et se croit tout-puissant", lâche Laurent, qui assure avoir perdu 17000 € et a porté plainte.
Forcé à déménager après avoir reçu des menaces de mort, harcelé pour rembourser, le trentenaire peine à envisager une issue positive à cette affaire. "J’avais une vie paisible, j’étais chroniqueur pour une célèbre émission télévisée. Maintenant c’est un cercle vicieux…"
Une pyramide de Ponzi ?
De quoi éprouver des regrets sur ses agissements ? "J’ai fait une erreur en voulant faire gagner de l’argent aux autres", lâche-t-il. Mais pourquoi avoir partiellement remboursé s’il n’avait rien à se reprocher ? "Au début, j’ai voulu rendre les sous car c’était mes amis. Mais ils ont été impatients et ont porté plainte." Se plaçant dans une position victimaire malgré sa condamnation en première instance, il nie les abus de confiance qui ont pu lui être reprochés. "Je ne me suis jamais fait passer pour un musulman. Demandez la preuve, vous ne l’aurez pas car c’est faux. J’ai toujours été transparent sur la nature des investissements."
"Il était très pressé que je lui envoie l’argent"
Une large majorité des personnes approchées ont cédé, envoyant parfois jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros par virement bancaire. Mais d’autres ont su sentir l’arnaque à plein nez. C’est le cas de Dalila, une amie d’Ikrama qui a évité de justesse de se faire avoir, à distance. "Il a utilisé les mêmes techniques qu’avec mon amie pour m’amadouer", témoigne la jeune femme. Comme les autres victimes ont pu le souligner, l’homme a fait usage de procédés assez insidieux pour parvenir à ses fins. "Il s’est fait passer pour un musulman. En me disant que ça n’était pas proscrit par la religion de faire ce genre d’investissements. Il m’a assuré qu’il avait fait sa chahada (profession de foi islamique et premier des cinq piliers de l’islam, NDRL). Il cherchait à nous rapprocher pour me pousser à faire un premier virement", raconte Dalila, montrant à Midi Libre ses échanges de SMS avec le jeune homme.
Cherchant à la convaincre, le mis en cause lui raconte que son ex-compagne, aussi musulmane, a investi dans la cryptomonnaie. Malgré cet hameçonnage, Dalila ne mord pas. "Il était très pressé que je lui envoie l’argent, c’était étrange. Il ne me forçait pas, mais me mettait la pression pour que je me décide. C’était oui ou non dans la journée, sinon l’opportunité s’envolait", poursuit-elle. Finalement, elle n’enverra pas d’argent. Son pressentimentsera confirmé quelques jours plus tard lorsqu’elle discutera avec Ikrama.
Si l’on en croit le dépôt de plainte d’Ikrama datant du 28 juillet dernier ainsi que les autres témoignages récents recueillis par Midi Libre, l’individu a donc poursuivi ses activités, malgré l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de sa tête. De quoi alimenter la colère des victimes, mais aussi l’hypothèse d’une pyramide de Ponzi vouée à rembourser les anciens investisseurs avec l’argent des nouveaux.
La justice devra démêler, comme elle l’a déjà fait en décembre 2025, le vrai du faux. Le 16 décembre 2025, le trentenaire était en effet reconnu coupable d’abus de confiance par le tribunal de Béziers pour des agissements commis entre janvier 2023 et 2025. L’enquête de la brigade financière de Montpellier révélait un total vertigineux d’1,2 M€ de transactions et démontrait que le prévenu avait disposé au maximum de quelque 680 000 € sur son compte en banque. Il écopait d’un an d’emprisonnement avec sursis. Le prévenu a fait appel. Pour l’heure, aucune date d’audience n’a été communiquée.