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  • 2026-08-02 17:16:50 +0000 UTC

    Aug 02, 2026

    Après les frictions, Esperanzah! a passé un week-end rêvé avec 26.000 festivaliers: "Probablement le dernier à l'abbaye de Floreffe"

    À la direction du vaisseau Esperanzah !, Arnaud de Brye et Florence Higuet seront passés par toutes les couleurs, ces six dernières semaines. Entre les bâtons dans les roues, les doutes, le sentiment de ne pas être bienvenu dans cette abbaye qu'il occupe à la lisière de juillet et août depuis 2002 et l'amour du public retrouvé, durant trois jours fastes. Interview avec Florence Higuet.

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    Bonjour Florence, quel bilan tirez-vous de cette édition ?

    Le festival s'est passé magnifiquement bien. Nous avons bien vendu et sommes dans les chiffres que nous voulions, 26 000 entrées. L'objectif financier que nous voulions atteindre. Nous avons assisté à plein de concerts superbes. Colt a ouvert le dimanche après-midi. C'est un groupe du cru régional qui a une belle réputation. Il a allumé le public, apportant une vague de bonheur et d'énergie. C'est un test : nous mettons de l'émergence d'ici et d'ailleurs à des chronos forts. Et en même temps, nous programmons des choses déjà assez confirmées à des créneaux d'ouverture. On remue vraiment les codes dans tous les sens, à contre-courant.

    Puis, il y a eu le rappeur Inno Casablanca, qui était malade, presque aphone et, qui, au final a cartonné. Ça a vraiment été très beau. Les retours sont excellents pour Lia Kali. Mady Street, à la Rugissante, a vraiment fait de l'unanimité. Tous les gens qui l'ont vue ont fait wow. Les Vulves assassines ont mis la dose de punk et de punch qu'il fallait.

    Les Neg'Marrons, c'est peut-être un peu moins dans la mouvante du festival actuel, Ce n'est pas de l'émergence mais on les connaît tous et toutes, mais ce fut fédérateur. Et, avant eux, Luiza, c'était superbe.

    Nous faisons les choses qui nous ressemblent tout en étant dans l'éclectisme, l'audace. Et qui clairement mettent les valeurs d'Esperanzah ! sur le devant de la scène : ouverture sur le monde, tolérance, féminisme, antiracisme, anticolonialisme, anticapitalisme, respect de la nature, du vivant, bienveillance, inclusivité. Avec toujours cette notion de faire les choses collectivement. Ça ne sert à rien d'être à 2 ou 3 pour porter un mouvement. Ce qui est important c'est de faire société. Avec des gens qui nous ressemblent mais pas que, avec des gens différents. Parce que faire la société c'est se mettre d'accord même si on n'est pas au départ, sur les choses essentielles et qu'on ne peut pas outrepasser.

    Malgré cette volonté, les préparatifs ont été compliqués.

    La construction et la logistique qui ont précédé l'événement ont été relativement complexes, sur les points politiques, logistiques et organisationnels (désaccords entre les autorités floreffoises et le festival sur la programmation de Rokia Traoré et la communication autour de celle-ci, la suppression du parking le long de la N90 mais aussi la prise en charge de la signalisation qui a failli leur incomber). En plein milieu du montage, une redevance communale est tombée du ciel, inattendue, alors qu'avec le collège communal, nous nous voyons quand même souvent lors de réunions.

    Pourtant, on entre dans le festival, tout le monde s'entend, sourit. Au contraire des réseaux sociaux qui s'en sont encore pris violemment à ce que vous représentez, selon eux.

    On est pas mal bâchés ici et là mais ça devient presque risible pour être honnête. Ça devient tellement caricatural, quand on nous dit qu'un drapeau palestinien est islamiste.

    Ce drapeau qui a été déroulé, vendredi soir, que signifie-t-il ?

    Évidemment que ce n'est pas pro Hamas. Il y a plein de luttes en cours. Qu'elles soient ici, qu'elles soient au Congo, qu'elles soient au Soudan, que ce soit le combat pour le peuple palestinien pour avoir droit à un territoire en toute sécurité ou le combat pour une partie du peuple israélien. Ils sont légitimes, ces combats.

    Nous sommes inscrits dans la campagne Free Apartheid depuis deux ans. Nous sommes contre cette force d'occupation israélienne, qui n'est pas récente. Et ça s'est clairement renforcé par l'extrémisme montant aussi en Israël. L'envie de montrer notre soutien au peuple palestinien, ce n'est en rien antisémite. Ce n'est pas parce qu'on montre son soutien à un peuple qu'on veut détruire un autre.

    Il y a eu des artistes israéliens d'ailleurs invités ici.

    Plusieurs, ces dernières années. Alors, ça n'a pas toujours été simple pour eux, de monter sur scène, de prendre position face au pouvoir politique en place en Israël.

    Mais cette cause fait partie d'un ensemble d'autres, soutenant les citoyens opprimés. Que ce soit toutes les personnes en situation de précarité, que ce soit tous les mouvements de solidarité qui sont complètement criminalisés maintenant. La solidarité devient presque un acte suspect en 2026 et ce n'est pas normal. Parce que c'est le fondement d'une démocratie.

    Et les Floreffois, viennent-ils au festival ?

    En comptant les quelques centaines de places qui ont été vendues à des Floreffois, et les quelques centaines d'autres qui ont été données gratuitement (deux pass trois jours) à tous les riverains impactés directement parce qu'ils se trouvent sur le chemin du public. Au moins un huitième de la commune, qui compte 8000 habitants, est venu. C'est pas mal.

    Puis, cette année, nous avons eu la visite des floreffois le jeudi soir, pour découvrir les coulisses. Ils étaient 80, c'était une première et c'était inattendu. Nous aurions dû le faire beaucoup plus tôt. C'était plein d'émotions.

    Arnaud de Brye et moi, alors qu'on ne connaît pas, loin de là, tout Floreffe ; depuis trois jours, nous sommes fréquemment arrêtés au milieu des allées par des Floreffois qui nous disent tenir à nous, nous aimer, venir depuis des années. Ça fait chaud au cœur parce que, clairement, ces dernières semaines, nous avons eu le sentiment que nous n'étions pas les bienvenus, que ce n'était pas notre place, comme des invités non désirés qui débarquent chez vous le vendredi soir, que vous n'aimez pas mais que vous devez voir.

    De quoi amener de la nuance dans vos relations compliquées avec la majorité communale.

    Moi, ce qui me rend perplexe dans tout ça, depuis deux-trois ans, et s'est renforcé ces derniers mois, c'est qu'on ne peut plus ne pas être d'accord. À un moment, ça devient presque un outil de chantage. Mais, non, parlons, communiquons, échangeons. On n'est pas d'accord sur tout mais soyons quand même dans une optique d'échange et de construction. On construit ensemble. Le monde, il ne se fait pas tout seul, ni avec trois élus, ni juste avec Esperanzah !. C'est un projet collectif qu'on doit imaginer.

    Et avec les nouveaux propriétaires de l'abbaye, la famille Bouvier, comment ça se passe ?

    Il y a eu un petit tournant quand même. Nous avions plutôt des bons contacts avec une partie de la famille alors qu'avec une autre, depuis 2-3 semaines, c'est plus compliqué, on ressent moins de compréhension. Des passages nous ont été finalement refusés alors que nous avions les accords depuis des semaines. Ça a ajouté des bâtons dans les roues. On s'en serait bien passé à six semaines de l'organisation d'un festival d'envergure. Il y a presque un mépris de notre travail.

    Puis, sur la protection de l'abbaye. Nous aimons cette abbaye comme notre propre enfant. On tente d'en prendre soin depuis 24 ans. On la rend toujours plus propre que ce qu'elle l'est quand nous la recevons. Et à deux semaines du festival, les portes se ferment de manière inattendue. Ça refroidit.

    Comment envisagez-vous le futur alors ?

    Dans les circonstances actuelles, vu toutes les complexités d'ordre politique, économique, en lien avec les propriétaires de l'abbaye, logistique – que nous avons toujours eue avec l'abbaye qui est quand même très contraignante -, nous avons du mal à nous projeter à l'abbaye pour l'avenir. Nous avons prévenu nos équipes et nos coopérateurs, il y a quelques jours, en toute transparence et confiance : c'était probablement la dernière mais rien n'est acté. Nous ferons les évaluations avec tout le monde, en prenant du recul. Nous avons le pressentiment que c'est probablement la dernière. Nous avions en tout cas envie de communiquer pour que les gens vivent pleinement et en toute conscience l'événement.

    Mais attention, nous ne lâcherons pas Esperanzah ! Ce n'est pas mort. Peut-être qu'une page se tourne et que nous en ouvrirons une autre ailleurs. Nous sommes créatifs.

    Vous avez eu des visites officielles ?

    Nous avons eu durant les trois jours la visite du bourgmestre, mielleux, gentil, tout allait bien au niveau de la sécurité. C'est très particulier parce que ce n'est pas comme ça par mails interposés.

    Regardez, il est 17h, il y a 2 000-3 000 personnes réunies devant un concert, avec une artiste française en pleine émergence. Pas un mégot, pas un déchet par terre, aucun débordement. Nous ne troublons pas l'ordre public, comme on a pu le lire, nous n'attisons pas les émeutes et la violence, ça n'a jamais été le cas. Ils peuvent être contents, ce week-end mais il faudrait qu'ils s'en souviennent les 361 prochains jours. Il faut passer au-delà des dissensions sur des faits récents ou plus anciens..

    Pour nous aussi, c'est intéressant de nous remettre en question, on l'entend aussi, c'est comme ça qu'on grandit. Mais via le débat et en mettant de la mesure aux choses. Nous avons invité pas mal de ministres (Engagés notamment) qui nous soutiennent, le gouverneur de la province, Denis Mathen aussi.

    Quid de la mobilité qui a dû être totalement revue à quelques semaines du festival ?

    Les bus sont bien remplis, mais l'ambiance est super chouette, les chauffeurs sont magnifiques. Ce fut un peu chargé vendredi, mais on a très vite réagi.

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