Après la mort de Ludovic Granet à Frontignan, sa famille accuse une société d’aide à domicile de graves défaillances et veut porter plainte auprès du procureur de la République

Après le décès de Ludovic Granet, lourdement handicapé, deux jours après une fausse route à son domicile à Frontignan, sa famille veut porter plainte contre la société chargée de son accompagnement. Elle dénonce de graves défaillances.

Depuis une bonne vingtaine d’années, Ludovic Granet, sourd, muet, en fauteuil roulant, et incapable de s’alimenter seul, était reconnu handicapé à 95 % et bénéficiait, de ce fait, d’une prise en charge 24 heures sur 24.

En juillet 2025, sur recommandation, sa mère, Marie-Ange Granet Olivier, fait appel à la société d’aide à domicile Amabilis 34, domiciliée à Frontignan. "Une fois que nous avons eu recours à des sociétés d’aide à domicile, toutes habilitées par le Département, nous sommes allés de catastrophe en catastrophe", raconte-t-elle.

Le goûter vire au drame

Avec Amabilis 34, tout se passe bien jusqu’en octobre, où un premier problème survient avec une intervenante, aussitôt remplacée. Le 16 mars 2026, alors que la nouvelle aide à domicile lui donne son goûter, Ludovic fait une fausse route et s’étouffe. Plutôt que d’appeler les secours, celle-ci contacte la mère de Ludovic pour lui dire, sans entrer dans les détails, que son fils n’est pas très bien.

En arrivant, Marie-Ange Granet comprend la gravité de la situation et alerte aussitôt le Samu. Admis aux urgences du centre hospitalier de Sète, Ludovic fait plusieurs arrêts cardiaques et meurt deux jours plus tard.

La famille demande des comptes

Pour la famille, la responsabilité n’incombe pas à l’aide à domicile, mais à la société, qui n’aurait pas respecté le projet d’accompagnement personnalisé établi. Elle confie alors le dossier à Me Fanny Danet, qui adresse un courrier, le 17 juillet, à Amabilis 34, en évoquant "de graves défaillances dans l’organisation et l’exécution du contrat de prestation de service".

"La personne envoyée n’avait pas a priori les compétences requises pour assurer la surveillance et la sécurité de Ludovic puisqu’elle n’a effectué aucune manœuvre de premier secours. Elle ne l’a pas placé en position latérale de sécurité. Elle n’a pas tenté de manœuvre de Heimlich, ni même de lui taper dans le dos pour tenter de désobstruer ses voies respiratoires. Enfin, elle n’a pas appelé les secours, lesquels sont arrivés trop tard sur place, après l’appel de Marie-Ange Granet Olivier, pour le sauver. Le cœur s’était déjà emballé", détaille l’avocate.

Souhaitant faire valoir l’intégralité de ses droits, tant au pénal qu’au civil, la famille, par la voix de son avocate, demande donc de déclarer sans attendre ce sinistre à son assureur et de transmettre, entre autres, les justificatifs de formation du personnel intervenu au domicile de Ludovic. Avant de préciser que la famille ne s’oppose pas, a priori, à un règlement amiable.

Sans réponse d’Amabilis 34, le 8 septembre dernier, l’avocate envoie un courrier recommandé, avec accusé de réception, de mise en demeure de communiquer tous les éléments demandés sous huit jours, à défaut de quoi une procédure pénale sera engagée.

"Notre priorité est d’apporter à la famille les réponses légitimes qu’elle attend"

"Nos pensées vont en premier lieu à la famille de Monsieur Granet, ainsi qu’au personnel de chez nous qui l’accompagnait, et qui est très affecté par ce drame. Moi, personnellement et nos équipes, nous sommes très concernés par cette situation", précise en préambule Franck Nataf, fondateur et dirigeant d’Auxilife, dont Amabilis est une de ses filiales.

Au sujet d’une réponse qui tarde à venir, le dirigeant explique que "dès que nous avons eu connaissance de cette situation dramatique, nous avons saisi notre assureur. Une procédure est donc en cours pour reconstituer les faits et leur chronologie afin de pouvoir répondre aux différentes demandes de la famille et faire toute la lumière sur la situation dramatique qui s’est produite. Le courrier de leur avocate étant arrivé mi-juillet, en plein dans les congés estivaux, il nous a fallu plus de temps pour réunir l’ensemble des éléments, contacter notre assureur et trouver un avocat, mais notre priorité est bien d’apporter à la famille les réponses légitimes qu’elle attend", explique le dirigeant.

Au sujet des compétences requises de l’aide à domicile pour assurer la surveillance et la sécurité d’une personne handicapée, "notre cahier des charges stipule que tout intervenant doit faire état de trois ans d’expérience ou être en possession d’une formation. L’aide à domicile en charge de Monsieur Ludovic Granet a une formation de premier secours niveau 1, une autre sur le handicap et plus de trois ans d’expérience, ce qui est conforme à la réglementation", détaille le fondateur et dirigeant d’Auxilife.

La justice devra établir les responsabilités

En l’absence de réponse rapide de la société, une plainte sera déposée auprès du procureur de la République sans tarder pour omission de porter secours, mise en danger de la vie d’autrui et homicide involontaire par négligence. "Cette société s’était engagée à protéger leur proche, et c’est le contraire qui s’est produit. Les plaignants estiment avoir été trompés et trahis", ajoute l’avocate.

Si la plainte est classée, la famille pourra alors engager une autre procédure devant une chambre civile du tribunal judiciaire, pour ne réclamer qu’une réparation financière à défaut de réparation dans le cadre amiable. "Il ne s’agit pas d’une quête d’argent de leur part, mais c’est une autre façon de rendre justice et de réparer les préjudices importants soufferts par les proches", explique Me Fanny Danet.

La famille, quant à elle, attend de la justice que la société soit sanctionnée. "Il ne faut pas qu’un tel drame se reproduise avec d’autres. C’est pour cela qu’on a décidé de se battre", conclut Marie-Ange Granet Olivier.