Après cet été, quel visage pour les fruits et légumes vendus dans le Saint-Quentinois ?
Les épisodes de canicule ont fragilisé la production. La grande distribution est invitée à faire preuve de bienveillance à l’égard des producteurs. Comment les uns et les autres perçoivent-ils cette situation hors norme ? Témoignages.
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En langage policé, on les qualifie de « décalibrés ». Plus explicitement, ils sont décrits comme « moches ». Ces fruits et légumes victimes des canicules des dernières semaines ne répondent pas aux critères habituels en termes de volume et d’esthétisme. Qu’en est-il par chez nous ?
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Conseiller spécialisé en agriculture biologique auprès de la chambre d’agriculture de l’Aisne, Pierre Durand est sans filtre : « Une année comme celle-ci est assez catastrophique en termes de production et de qualité de légumes. Pas forcément sur le plan gustatif et nutritionnel, mais sur le visuel et le calibre ».
« C’est plus compliqué de produire »
Le technicien cite des premiers rôles de nos assiettes : « Quand il fait très chaud, les tomates déjà fécondées sont très impactées et finissent de grossir plus tôt. Ce problème de fécondation s’observe chez les courgettes, le bout est rabougri et pas uniforme ».
Interrogé sur les difficultés attendues pour écouler cette production, sa réponse est nuancée. « C’est surtout plus compliqué de produire. Mais si vos tomates, vendues 3,50 euros le kilo, font la moitié de la taille normale, le consommateur ne les achètera pas », affirme-t-il.
On a augmenté de 20 centimes le prix au kilo pour du petit calibre, c’est compliqué pour le consommateur, ce qui est tout à fait normal
Le gérant du verger d’Aubigny-aux-Kaisnes ne dit pas autre chose : « La vente au détail représente 1 000 clients par semaine. On a augmenté de 20 centimes le prix au kilo pour du petit calibre, c’est compliqué pour le consommateur, ce qui est tout à fait normal », déclare Sébastien Wan-Esbroock. La coopérative avec laquelle il travaille tolère cette saison un diamètre de pommes ramené à 5 cm. « Le reste, on le laisse sur les arbres et si elles ne grossissent pas, elles resteront au sol pour les animaux sauvages », déplore l’exploitant qui a perdu « au moins 30 % de la production ». Le talc utilisé comme crème solaire n’a pas suffi.
Des frites au format réduit
À Bellenglise, Pierre-Louis Lambert craint de récolter ses champs de pommes de terre. « Elles seront plus petites, avec le risque de voir des choses hors calibre. Grosso modo, ce sera une année perdante, affirme-t-il. Il nous faut de gros calibres pour y tailler des frites. En quelques années de production, ça ne m’est jamais arrivé qu’elles soient déclassées. Il y aura peut-être des systèmes de pénalités, mais les clients seront obligés de les accepter et de respecter les contrats. »
Nous ne sommes pas décideurs, nous achèterons ce qui nous sera proposé
Méthode Coué ? Pas en ce qui concerne la grande distribution si l’on écoute deux acteurs locaux. Il y a quelques jours, le directeur d’Intermarché Ribemont avouait ne pas avoir forcément la main, mais ne pas être opposé par principe à ces articles alimentaires inhabituels : « La quasi-intégralité de nos fruits et légumes provient de la structure interne au groupement des Mousquetaires. Elle nous fait une offre quotidienne et nous achetons selon nos besoins, révèle Guillaume Legrand. Nous ne sommes pas décideurs, nous achèterons ce qui nous sera proposé. Par ailleurs, nous sommes tout à fait disposés à acheter auprès de producteurs indépendants ce type de production, il faut être intelligent. »
« Un geste solidaire et citoyen »
Laurent Prache va dans le même sens. « Il existe déjà des accords nationaux interprofessionnels en cas de crise conjoncturelle. Sur cette spécificité-là, nous avons eu l’information mais les approvisionnements liés ne sont pas arrivés en magasin au moment où je vous parle », nous répond au téléphone le directeur de l’hypermarché d’Harly, ce vendredi 11 septembre.
Son enseigne s’approvisionne à 95 % auprès de grossistes et via une centrale d’achat régionale. Il n’a donc pas la main sur la sélection des fruits et légumes, mais les acceptera quel que soit leur aspect : « Nous saurons l’expliquer aux consommateurs. C’est un geste solidaire et citoyen ».
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